Obey the Queen

Scarlet

13/11/2020

Arising Empire

Je sens que je vais encore me faire des amis en chroniquant cet album…Je peux presque déjà lire les saillies rédigées la bave aux lèvres, et les archétypaux « Mais c’est quoi cette merde ? », « encore une connerie formatée qui n’a rien à faire dans les colonnes d’un webzine Metal », ou le moins classique « c’est un truisme d’affirmer que ce genre de produit est lancé sur le marché par des forces capitalistes qui souhaitent tuer le Rock n’Roll et par extension la rébellion tels que nous les avons connus ». Mais bon j’assume, et tout comme j’ai encaissé les coups en encensant le premier album de POPPY, je récidive aujourd’hui avec une autre musicienne du même acabit, la belle SCARLET et son maquillage vaudou du plus bel effet. Sortie de nulle part mais surtout de Suède, cette jolie chanteuse nous offre donc avec Obey the Queen son premier témoignage musical, et autant dire qu’il ne risque pas de séduire la majorité des masses hardantes lisant ces lignes. Mais je n’ai cure de l’avis des puristes, les mêmes qui ont condamné KORN et SLIPKNOT, qui ont conchié MUSHROOMHEAD et RAMMSTEIN, et qui ne jurent que par MAIDEN, DIO, GRAVE DIGGER et leur veste à patches. Ceci étant dit, je n’ai pas grand-chose à dire à propos de cette diaphane chanteuse, puisque sa bio est assez sommaire. Disons qu’à l’instar de POPPY, elle aime mélanger les genres, faire appel à la rudesse du Néo-Metal et ses guitares sombres, utiliser les codes du Rap à la DIE ANTWOORD, emprunter aux TOKYO TABOO leur sens de l’à-propos choc, pour proposer une musique sans frontières, sombre, mais terriblement accrocheuse.

D’ailleurs, SCARLET n’hésite pas à décrire sa musique comme étant du Vicious Metal, ce qui en dit long sur son sens de la provocation. Elle non plus n’a cure de l’arrière-garde qui conchiera ses efforts pour insuffler de la violence dans un contexte électronique, astuce pourtant connue depuis les années 80 de MINISTRY et KMFDM. Et pour en savoir un peu plus sur la genèse de cet Obey the Queen, autant lui laisser la parole pour quelques lignes :

« Pour faire cet album, j'ai dû aller au plus profond de l'endroit le plus sombre et le plus douloureux en moi. Creuser des souvenirs cachés derrière des murs d'épines. Cela m'a presque tué. Par la survie vient la grandeur. Je veux que ce disque inspire les gens à être eux-mêmes. Vivre libre. C'est un nouveau monde maintenant. »

A des fins pratiques, je pourrais dire que la belle suédoise incarne une nouvelle version du révérend MANSON, recouvert d’une épaisse couche de sex-appeal mortel. En singeant les tics les plus dansants de notre cher et blafard Brian, SCARLET créé un vortex de Pop enrobé dans un paquet cadeau noir comme la nuit, et il n’est pas étonnant que cet album soit décrit comme un « intérieur d’horreur sous une magnifique enveloppe ». Le monde de la chanteuse n’est pas des plus classiques, et si la légende affirme qu’elle compose seule dans son manoir dans le froid du grand nord, le résultat n’est pas sans charme, et mélange la délicatesse du doute et la brutalité des certitudes. Mais en termes de hits accrocheurs, la blonde au faciès squelettique n’a pas grand-chose à envier à la grande LADY GAGA, spécialement dans les contrastes qui séparent les chansons les plus différentes. C’est ainsi qu’on pose le pied sur la mine « #bossbitch (feat. Thirsty & Åsa Netterbrant) » qui nous explose du beat dancefloor d’une rave un peu louche du côté de l’Allemagne, tout en laissant notre cœur saigner au son de la confession intime « Love Heroin », qui n’est pas sans rappeler le « Coma White » de monseigneur MANSON. Mais ces moments de fragilité sont rares sur ce premier album qui préfère la provocation du chaos à la confidence du repos. Visiblement, l’âme de la musicienne est troublée, et elle tient à faire part au monde de son désordre intérieur, taquinant parfois un Hard Rock plus classique pour faire passer son message (« Beauty & Beast »). La dualité est évidemment le point d’orgue de la construction de ce premier témoignage musical, et si la chanteuse est tout simplement phénoménale dans son interprétation, passant de hurlements à glacer le sang à des murmures pas moins inquiétants, le background qui l’accompagne ne donne pas dans la dentelle, et lâche les beats les plus contagieux pour vous faire décoller de votre fauteuil de certitudes.

Truffé d’arrangements électroniques tirant parfois sur le Metalcore le plus productif, Obey the Queen s’adressera évidemment aux plus ouverts d’esprit, ou à la frange la plus jeune du public Metal. Mais ce féminisme mordant, cette revendication légitime d’un pouvoir depuis trop longtemps réservé aux « males » ne se contente pas de chansons vite composées et enregistrées à la hâte pour tabler sur un sens du marketing élaboré. Le disque n’est pas qu’un simple produit, mais bien une œuvre à part entière, qui de sa brièveté frappe les esprits, et laisse des bleus dans les oreilles. Incroyable de puissance et de brutalité, il explose à la face d’un monde métallique empêtré dans ses œillères qu’il refuse d’enlever, et convoque aux agapes de la modernité les créateurs Nu-Metal que furent KORN (« Devil Twins » aurait sans conteste pu faire partie du tracklisting des deux derniers albums de la bande) et LIMP BIZKIT, tout en laissant une chaise libre au cas où POPPY se déciderait à venir goûter un amuse-dans-ta-gueule.

Je n’essaierai surtout pas de convaincre les réfractaires à l’évolution ici, qui continueront de croire qu’un bon gros riff en mi sur binaire pépère reste la quintessence absolue. D’ailleurs, l’album se défend très bien lui-même, de par ses chansons aussi accrocheuses que profondes. Et un moment de sensibilité final comme « Final Shot » partagé avec Martin Westerstrand (LILLASYSTER, LOK) prouve que SCARLET est bien un projet abouti, qui n’a rien laissé au hasard. D’ailleurs, la chanteuse a collaboré avec les songwriters les plus talentueux de Suède pour parvenir à ses fins, et le résultat est tout bonnement explosif de vitalité sombre. Inutile de résister à « I Spit Fire » qui fait passer la scène K-Pop pour une jolie estrade d’amateurs, ou de tenter de ne pas devenir accro à « Krokodil », aussi addictif et dangereux que la drogue qu’il décrit.

Faites ce que vous voulez, c’est un peu la morale de cette chronique. Insultez-moi pour avoir osé troubler les étagères bien rangées de vos convictions, moi je continuerai d’écouter Obey the Queen comme j’ai dévoré certaines œuvres décriées en leur temps.

                                                                                                                                

Titres de l’album:

01. Obey the Queen

02. I Spit Fire

03. Ugly Fucker

04. #bossbitch (feat. Thirsty & Åsa Netterbrant)

05. Love Heroin

06. Zodiac

07. Krokodil

08. Beauty & Beast

09. Devil Twins

10. Final Shot


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par mortne2001 le 27/01/2021 à 14:47
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@Yolo : Ce qu'il y a de bien avec les opinions tranchées, c'est qu'ça relance le débat. En somme vous êtes une sorte de provocateur, quoi.

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@Yolo : Ce qu'il y a de bien avec les opinions tranchées, c'est qu'ça relance le débat. En somme vous êtes une sorte de provocateur, quoi.

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