Sortant de chez mon médecin pour quelques affections diverses et bénignes, et lui ayant notifié une forte baisse du moral et d’inflexion d’énergie, je m’en allais donc regagner mes pénates en passant par chez mon apothicaire, lorsque ce dernier me fit un sourire complice en relisant l’ordonnance écrite d’une plume impeccable. Ne comprenant pas cet instant de promiscuité expressive, je m’enquérais donc de l’enthousiasme de l’employé, qui se lança dans une homélie honorifique du praticien.

« Votre docteur sait de quoi il parle. Ah, la Floride… »

« Oui ? Quid de cette invective ? »

« Il vous a prescrit le dernier EP des californiens de CARNAL NECROSIS, Origins Of Malevolence, une excellente décision. Six titres le matin, les mêmes le soir, je parie mon salpêtre en gélules que d’ici deux ou trois jours, votre tonicité mentale et votre acuité verbale auront regagné des niveaux plus que respectables. Vous ne présentez pas de caractère allergique à CANNIBAL CORPSE ou IMMOLATION ? »

« Non, je les ai toujours très bien tolérés, comme le lactose, mais à petites doses par contre. Du genre homéopathiques »

« C’est parfait, ce premier EP ne dépasse pas la demi-heure. Vous ne constaterez donc aucune gêne particulière ».

« Vous m’en voyez fort aise… »

 

Quittant l’officine tout en joie, j’éprouvais une hâte certaine à l’idée d’expérimenter ce traitement inédit, faisant une confiance aveugle à cet employé de bonne foi, et à mon praticien surveillant mon foie. Une fois rentré à la chaumière et la soupe avalée, je m’attelais à la tâche et ingurgitais mon traitement d’un trait, pour vérifier les dires de cet homme au jugement somme toute assez fiable. Et il avait raison le bougre ! Pourtant, peu semblaient à même d’approuver l’efficacité de cette prescription, puisque les originaires de Victorville, CA, n’en étaient presque qu’à leur coup d’essai, après une courte démonstration/démo en 2014. Se revendiquant des sempiternels SUFFOCATION, DEATH, CANNIBAL CORPSE, DEICIDE, NILE, NAPALM DEATH, DECAPITATED, HATE ETERNAL, KRISIUN, ORIGIN et autres CATTLE DECAPITATION, le quatuor (Shane Hayes – chant, Eli Castillo – guitare, Andrew J Bowen – basse et Nick Crowell – batterie) ne vise donc pas l’originalité, mais bien un classicisme formel qui leur sied à merveille, puisque leur premier effort officiel transpire de la même sueur que les perles rosées coulant sur le front des floridiens sataniques de MORBID ANGEL (en version subtilement moins technique) et des barbares en barbaque de Buffalo de CANNIBAL CORPSE. Au menu, des tranches plutôt grossièrement découpées, animées de la même sauvagerie que les instincts primaires des origines, avec ce petit plus apporté par une production contemporaine qui ne cherche pas forcément à singer les réglages de console de l’orée des 90’s. Et grand bien lui en fit, puisque par extension, Origins Of Malevolence n’en sonne que plus sincère.

Partant de ce principe simple, CARNAL NECROSIS fait le job avec un investissement total, et se complait à recréer des ambiances déjà développées il y a quelques dizaines d’années par les cadors du style, tout en y insufflant sa propre personnalité, à base de heurts rythmiques provoquées et de riffs charcutés. Le chant tout en absence de nuances rauques de Shane Hayes, sans atteindre les abysses de gravité de Chris Barnes, se rapprocherait plutôt du timbre d’un David Vincent vraiment pas content de s’être vu refuser l’entrée d’un club SM dépravé, et permet à ses petits camarades de laboratoire d’expérimenter toute la panoplie de figures imposées de formules souvent édictées et éprouvées, en couvrant un panel assez étalé. Nous passons donc d’un Death technique de fort bonne facture à la DEATH période Human, basse en avant et batterie à l’avenant (« Infernal Species », mon cachet préféré), au concassage en règle via l’étripage sévère de « Feeble Faith », qui permet quand même à Nick Crowell de faire bon usage de sa double grosse caisse et de fritter sévère ses crashs, usant ses baguettes sur quelques blasts bienvenus une fois la bise parvenue. Ni trop simple, ni trop complexe, le Death des californiens se veut brutal mais médian, et sans tenir forcément en haleine nous convainc sans peine, et truffant ses idées basiques de riffs teigneux et de digressions hargneuses.

Le niveau technique est assez relevé, mais pas trop pour ne pas s’aliéner le public de charcutiers attaché à une certaine tradition de marmiton faisandé. Mais nous avons quand même droit à une opération au maniement d’instruments parfois raffiné, comme le démontre sans complexes « Blood Feasting », qui de son titre salement corsé dissimule avec peine des aspirations un peu plus ambitieuses, et des constructions plus malicieuses. On pense évidemment à des albums comme Covenant à l’écoute de ce (bas) morceau, mais la référence est plus allusive que persuasive, même si la guitare emprunte les accents tortueux de celle de Trey, et que la frappe de Nick s’accorde très bien des fills aquilins de Pete Sandoval. Mais avec des percées comme « Shadow Of The Deep », qui se vautre dans la variation de tempo et la modulation de riffs sans repos, les californiens se permettent quand même de déposer leur propre label de qualité, ce que confirme fort à propos « Demented Tormented », au cheminement lourd et menaçant, qui clôture le EP de façon fort probante, nous laissant sur un sentiment d’achevé, qui permettra au quatuor de nous faire patienter jusqu’à sa prochaine pesée.

Ce charmant employé de pharmacie ne s’y était donc pas trompé. Il avait très bien jaugé/jugé le potentiel de ce traitement de choc, qui finalement, m’a laissé presque euphorisé. Je recommande donc à tous nos chers lecteurs qui subissent un petit coup de mou en ce moment les six titres de ce premier EP des CARNAL NECROSIS, qui vous remet d’aplomb en une petite demi-heure, pourvu que le Death old-school vous mette de bonne humeur.


Titres de l'album:

  1. Necromania
  2. Feeble Faith
  3. Blood Feasting
  4. Infernal Species
  5. Shadow of The Deep
  6. Demented Torment

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par mortne2001 le 06/12/2017 à 17:50
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