Phase Out

Cara Neir

02/02/2021

Autoproduction

Depuis 2008, j’ai appris à connaître les marsouins de CARA NEIR, et surtout, à n’attendre de leurs albums que l’inédit, la surprise, l’étonnement, et la stupeur. Il faut dire qu’en bientôt treize ans de carrière, les texans n’ont pas chômé. Cinq longue-durée, un nombre incalculable de splits en compagnie des RAMLORD, FLESH BORN, VENOWL, CAÏNA et une poignée d’autres, soit une discographie à la hauteur de leur créneau. Qui justement n’en est pas un. Enfin pas vraiment. Je les suis pratiquement depuis le début, en tout cas depuis leur premier LP énigmatique Part I/Part II. Dès ce premier jet, on appréhendait la réalité des faits comme une alternative au prévisible, une échappatoire à la réalité ambiante. Il faut dire qu’un groupe qui mélange le Post avec le Grind a de quoi surprendre la fanbase extrême de base, ce qui fut le cas tout au long de ces années. Alors, que restait-il aux deux pingouins pour encore dévier de leur trajectoire et nous prendre à contrepied ? L’Ambient ? Non, trop pompeux et facile. Le pur Grind ? Déjà fait, ou presque. Alors, le duo s’est fendu d’une nouvelle fantaisie à même de faire voyager virtuellement ses accros le plus dépendants, en torchant une histoire improbable à la Tron, revu et corrigé Dallas et son univers pas si impitoyable.

Les mecs, soit Garry Brents (tout, mais aussi le reste, et un sacré palmarès avec un CV qui s’étale comme ça : SALLOW MOTH, THO, ex-GHASTRAH PROXIIMA, ex-PARABSTRUSE, ex-SEMEN ACROSS LIPS, BUNRAGE, THEY MOSTLY COME OUT AT NIGHT, ex-WILDSPEAKER, ex-LUNARIAN SEA, ex-NAUTILUSK, ex-SMOOSZ, ex-SUGAR HIGHLANDS, ex-VISION ÉTERNEL, ex-WRITHE), et Chris Francis (juste le chant et les textes, mais c’est déjà pas si mal), se sont dit qu’un bon concept valait bien des discours, et se sont imaginés propulsés dans un vieux jeu 8-bits. Alors, ils vous expliquent sur leur Bandcamp où tout ça doit les mener, et en résumant un peu…

« This album is about us being warped into a 8-bit video game dimension by a sinister alien entity [origins latently go back as far as our first release Part I/Part II]. In this album, this entity is now highlighted as the grand antagonist phasing us out into fantastical RPG-like depictions of ourselves traversing different songs as game levels for his morbid amusement and us trying to beat them to escape. The listener will experience a range of bits, bleeps, beats, and buzzing sounds you might hear from 90's dungeon crawlers and JRPG's, all sprinkled within our shape-shifting genre-bending hysteria. Enjoy the ride.

Pour aller plus vite en français, l’espèce de bestiole dont on croisait déjà le chemin sur le premier LP du groupe est revenue, et défie les deux musiciens à l’intérieur d’un monde virtuel. Donc, en gros, Garry et Chris se sont transformés en personnages de jeu vidéo,  doivent affronter les vilains pour gagner la partie. Une sorte de Ready Player One en plus vintage, mais qui essaie de procurer les mêmes sensations en musique. La musique justement, se devait d’être à la hauteur du concept, et emprunte donc au Nintendocore certaines de ses astuces, et notamment l’utilisation de samples 8-bits qui nous ramènent des années en arrière. Et si j’ai bien pigé mon Shakespeare, chaque chanson est comme un tableau différent, nous dépeignant les pérégrinations des deux zozios dans leur monde digital. De fait, CARA NEIR ne propose évidemment pas la même recette que d’ordinaire, mais ne se perd pas non plus dans la vente de gadgets Pif. Le cheminement logique qui leur a fait enchaîner les sorties continue aujourd’hui, d’une façon légèrement déviante, mais les caractéristiques principales du groupe sont toujours les mêmes. Du Grind, du Post ce-que-vous-voulez, du Hardcore, de la Fusion, pas mal de hurlements mais plus acidulés, des crises de colère imprévisibles, et en gros, un véritable jeu vidéo gravé sur CD pour s’imaginer à leur place.

Et visiblement, c’est chaud quand même. On n’est pas dans Mario et les deux singes n’affrontent pas un gorille, mais leur « entité maléfique » n’a pas l’air des plus avenantes. Plus concrètement, et pour que vous y pigiez quelque chose, l’album est plus ou moins décomposé en deux parties, comme si le jeu déroulait ses ambiances. La première est la plus formelle des deux, et celle où l’on reconnaît le mieux le groupe. D’ailleurs, même si « The Trimjrtle Sanction » lâche une intro style borne d’arcade en invitant le player one et le player two, il faut attendre quelques minutes pour que les samples travaillés par Garry fassent effet. Alors bien sûr, la guitare sonne comme un solo de Marty Frideman à Tokyo, la rythmique est nippone comme il faut, mais le chant et loin d’être fripon, et Chris hurle son désespoir de se retrouver coincé dans une machine virtuelle. De nombreuses cassures mélodiques accentuent la sensation de film score pour les oreilles, et on a vraiment l’impression de jouer avec les mecs sans avoir à débourser des piécettes.

Les hermétiques usuels au monde de CARA NEIR pourront même y trouver leur compte. Il leur suffira d’imaginer un IGORRR parti tailler une bavette avec les IWRESTLEDABEARONCE, et l’affaire sera emballée. Encore faut-il supporter les exactions les moins équilibrées pour encaisser le truc qui ne vous laisse aucune seconde de répit. Sorte de Proto-Grind joué avec des manettes, Phase Out ne suit pas une narration classique, et si « Damnation » se rapproche quand même un peu de la normalité (quoique les riffs de Garry sont complètement barrés et dissonants), dès l’interlude rigolo « Four Seasons in a Day », tout change de couleur, et il faut s’attacher à nouveau.

Plages ambiantes, musique de jeu, samples marrants, pas de Metal évidemment, mais plutôt de l’électronique parfois traitée comme du FRONT 242 ludique (« Phasers Set to Relax »), avant que le duo n’en termine sur le plus consensuel (et encore…) « Legacy of Gnax ».

Certains trouveront ça génial, d’autres ne gouteront pas à la blague de potache, mais tiré à cinquante exemplaires, et doté d’un livret à l’artwork sublime, Phase Out est une sacrée curiosité, même pour des gens comme eux. Ready player one ?

Go.

            

                                                

Titres de l’album:

01. The Trimjrtle Sanction

02. Damnation

03. Shady Blades

04. Valkyrie

05. Floodgates of Doom

06. Four Seasons in a Day

07. Phasers Set to Relax

08. Maestro Infernus

09. Hypogelum

10. Legacy of Gnax


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par mortne2001 le 01/09/2021 à 14:52
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@humu : tu cliques sur le tag "Druid Lord", ça te proposera cette chronique et également celle-ci : http://www.metalnews.fr/chroniques/grotesque-offerings 

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