Lorsqu’on a grandi avec un souvenir en tête, difficile de ne pas ressentir l’envie de s’y replonger lorsque le cœur va mal et que la routine vous brise de ses convenances. On se rappelle de cette maison dans laquelle on a grandi, ce jardin dans lequel on a joué, mais l’idée d’y revenir est souvent beaucoup plus séduisante que le fait lui-même. Une mauvaise décision, et l’on se retrouve devant une façade remise à neuf, ou un terrain de jeu aux dimensions beaucoup plus restreintes que ce que l’on imaginait. Alors, on regrette, et on se dit finalement qu’on aurait mieux fait de rester fidèle à sa mémoire plutôt que de chercher à l’alimenter de regrets. Il en va de même avec les passions adolescentes, et notre musique préférée n’échappe évidemment pas à cette règle…Pour tous ceux qui comme moi ont connu le boom Metal de la seconde moitié des années 80, les spectres sonores se baladant dans les couloirs de notre cerveau ont tous un nom, un son, et une image. Comment oublier ceux qui nous ont tout appris, les IRON MAIDEN, MÖTLEY CRÜE, WASP, SLAYER, POISON, CINDERELLA, HELIX et tous les autres, qui formaient alors à l’époque une bande bigarrée, prenant la vie du bon côté et ne s’embarrassant pas de principes inutiles, autres que ceux invitant à une fête permanente (sans jeu de mot capillaire, mais quand même…)…Depuis, le Metal a changé, il a grandi lui aussi, se concentrant souvent sur des thématiques un peu plus profondes, et cherchant sans cesse à enrichir sa production pour ne plus sonner aussi futile et volatile que la musique jouée il y a trente ans. Sans retomber dans le débat clichesque du Metal old-school qui nous pourrit la vie depuis plus d’une décennie, il est quand même agréable de tomber de temps à autres sur des groupes capables de ressusciter cette euphorie certes passagère, mais tellement cathartique dans une époque où le doute, les craintes, et les névroses ont remplacé l’insouciance, le fun, et les comportements puérils sans conséquences. Et en ces termes légers, nous tenons en quelque sorte des champions du monde avec les canadiens de STRIKER qui sont sans doute le parangon de cette théorie de déévolution, et de régression vers un stade enfantin, loin des vicissitudes de la vie moderne.

Fondé en 2007, ce groupe originaire d’Edmonton au Canada a tracé sa route sans se poser de question, mais en travaillant d’arrache-pied pour devenir aujourd’hui l’une des plus grandes références du Metal old-school mondial. En publiant en à peine dix ans six longue-durée, ces maniaques des néons 80’s se sont évidemment fait un nom, mais surtout un son, sorte d’équilibre parfait entre un Power Metal light, un Heavy Metal digne et un Hair Metal classieux, saupoudrant le tout d’une attitude joyeuse et de sourires de circonstances. Une fois encore, il n’est pas question d’innovation ici, mais d’amour pour une musique qui il y a trois décennies faisait trembler les petites enceintes de nos radiocassettes, et qui continue aujourd’hui de nous rappeler que sous nos costumes d’adultes responsables, nous sommes restés à jamais les éternels branleurs que nous étions à l’époque, et qui ne comptent pas changer en vieillissant. Comprenez bien. Il ne s’agit pas ici de nier les responsabilités dont nous avons accepté la charge, mais juste de s’évader, pour quelques instants, afin de retrouver cette jeunesse qui nous manque tant, ce frisson de découvrir en parcourant les bacs la nouveauté que tout le monde allait s’arracher, et de décrypter les chroniques de disques pour y trouver le dernier combo apte à nous faire craquer. Et de fait, en transposant cette analyse dans des termes purement artistiques et musicaux, Play To Win n’est rien de moins que cette sensation de plaisir, cette aventure constante, et cette possibilité de devenir un héros en mimant un solo dans le miroir, qui depuis 1985 nous renvoie une image sans cesse plus ridée et fatiguée. Mais ce sixième album des canadiens est plus qu’un simple disque, il est une source de jouvence, une sorte de Saint Graal bon marché que tout le monde peut s’offrir pour oublier les cheveux qui tombent et l’audition qui baisse, et nous redonner la vaillance qui nous fait défaut pour affronter un jour nouveau. Pas le genre d’œuvre qui nous rendra plus intelligent, puisque le propos reste coincé dans un hédonisme d’époque tout à fait assumé, mais qui déclenchera des sourires, et nous donnera l’envie de prendre une guitare pour remonter un groupe, et rêver de tracer la route en attendant notre grand soir. On savait que les STRIKER étaient ce genre de musiciens capables de singer à la perfection les tics des chevaliers en cuir des années 80, et un LP de la trempe de City of Gold nous l’avait prouvé de la façon la plus flamboyante qui soit, mais on se rend compte aujourd’hui en écoutant les dix morceaux de ce sixième chapitre qu’il sont en plus tout à fait exceptionnels dans leur constance, même si de temps à autres, les gimmicks faciles le disputent à l’inspiration pour caler le voyage en pilotage automatique. Mais qui est exempt de défauts ? Certainement pas moi, ni vous d’ailleurs.

Troisième album en tant qu’indépendant, Play To Win est d’une euphorie galvanisante et d’une régularité assez bluffante. Sans rien changer à la recette employée par le quintette (Dan Cleary - chant, Tim Brown & Chris Segger - guitares, Adam Brown - batterie et William Wallace - basse), ce nouvel effort semble en faire beaucoup pour nous persuader du bien-fondé de sa démarche et de sa philosophie positive. A cœur vaillant rien d’impossible, tel est donc le leitmotiv d’un disque qui aligne les hits, et qui met un point d’honneur à multiplier les refrains anthémiques, les soli en shred diaboliques, et les couplets qu’on entame la rage au ventre et les poings levés. Mixé et masterisé par Hendrik Udd (FIREWIND, POWERWOLF, HAMMERFALL, DELAIN), il bénéficie d’un son cinq étoiles, qui parvient à ranimer l’aura des tours de magie les plus impressionnants des rois de la console Michael Wagener, Neil Kernon ou Beau Hill, tout en multipliant les allusions à la scène américaine des mid 80’s en accumulant les références aux WINGER, SHARK ISLAND, tout en gardant une optique Heavy empêchant l’ensemble de sombrer dans la guimauve mélodique la plus sirupeuse. Si l’on sent que les dents des jeunes loups sont toujours aussi aiguisées, et si l’ombre du HM anglais plane toujours aussi bas au-dessus de leur ciel ensoleillé (« Heavy Is The Heart »), on sent aussi que l’équilibre parfait entre plaisir coupable et plombé capable est quelque peu faussé, puisque la direction artistique globale de l’album penche plus du côté de la Californie que de Londres ou de New-York. La patine Hard Rock aurait-elle bouché d’encaustique l’ancienne table de diner Heavy Metal ? C’est une constatation qui s’impose d’elle-même, spécialement lorsque l’émotion joue les trublions, lors d’intermèdes sentimentaux (« Hands of Time », du HELIX dans le texte, « Standing Alone », légèrement West-Coast sur les bords et digne d’une B.O d’un épisode de Miami Vice), qui sans trahir l’esprit d’origine, le modulent d’un brin de douceur très connoté. Evidemment, la voix sublime de Dan Cleary permet de faire passer n’importe quelle sucrerie pour une pâtisserie de maître, et le jeu de guitare de Tim et Chris est toujours aussi affuté, alors on accepte ces instants de romantisme qui ne jouent d’ailleurs pas trop sur la corde sensible.

D’autant plus que le quintette se lâche sévère sur une tétralogie d’ouverture en forme d’anthologie d’euphorie, en alignant quatre hymnes à la jeunesse débordant de testostérone. « Heart Of Lies », « Position Of Power », « Head First » et « On The Run », nous font tomber dans leurs filets en un riff miraculeux, et les spectres des RIOT, de SLAUGHTER, de LEATHERWOLF et des TRIXTER  reviennent sur le devant de la scène pour récupérer une place qui leur est due depuis longtemps. On excusera donc quelques facilités, des mid-tempi accrocheurs comme de la barbe à papa coincée dans les poils bientôt quinquagénaires (« The Front »), puisqu’en plus la version japonaise de ce CD (comme à la grande époque où le public nippon avait toujours droit à un dernier bonbon) nous offre une relecture très fidèle et explosive du mythique « You've Got Another Thing Coming » du PRIEST, qui conserve ici son mordant et qui semble parfaitement dans le contexte. Et les STRIKER de frapper une nouvelle fois un grand coup dans notre cœur, en parvenant à retrouver cette impulsion originelle sans vraiment copier à la lettre les partitions de leurs aînés. Et Play To Win de nous redonner quinze ans à nouveau, comme si les années n’étaient pas perdues et que nous étions encore là, dans ce gigantesque jardin, comme à Donington, prêts à donner au public tout ce qu’on avait dans le ventre…


Titres de l'album :

                              1. Heart Of Lies

                              2. Position Of Power

                              3. Head First

                              4. On The Run

                              5. The Front

                              6. Play To Win

                              7. Standing Alone

                              8. Summoner

                              9. Heavy Is The Heart

                             10. Hands Of Time

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par mortne2001 le 25/11/2018 à 14:45
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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

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