Il est effarant de constater le nombre de groupes dont l’existence remonte aux années 80 et qui sont passés au travers de notre radar personnel. Certes, au vu de la quantité de combos recensés par l’histoire, il n’est guère étonnant d’en avoir manqué quelques-uns, mais une fois constatée la qualité de la musique des groupes en question, on s’interroge quand même sur la pertinence d’une attention assez perméable dans les faits. Et considérant que la production actuelle est constamment polluée par des sous-produits dont la seule originalité consiste justement en une absence totale de qualité, autant mettre en avant des œuvres qui en valent la peine et se montrer plus vigilant. C’est en répondant à cette volonté que je suis tombé sur le nouvel album des grecs d’ACID DEATH, Primal Energies, qui sans révolutionner le genre dans lequel ils évoluent, se permettent d’y ajouter leur patte de précurseurs en quelque sorte. Car la genèse du projet remonte à la fin des eighties, lorsque la mouvance extrême était encore méchamment concernée par un Thrash tassé. Nous en venant d’Athènes, capitale hellène, ACID DEATH est l’archétype du groupe qui avait tout pour exploser sur la scène internationale, mais dont le nom reste encore à la surface du succès, une sorte d’indifférence collégiale qu’ils ne méritent assurément pas. Certes, leur parcours erratique et un long hiatus n’ont pas dû les aider à s’en extirper, mais avec cinq longue-durée à leur palmarès, tous plus ou moins d’égale qualité, les grecs pourraient prétendre aujourd’hui se vouloir les égaux d’un ARCH ENEMY ou d’un CARCASS, sans en avoir eu les armes à l’origine, mais en ayant travaillé leur partition d’arrache-pied. Formé en 1989, ce quatuor implacable (Savvas Betinis - basse/chant, Dennis Kostopoulos & John Anagnostou - guitares, Kostas Alexakis - batterie) a patienté jusqu’en 1997 pour offrir à ses fans son premier LP, Places of Mankind, qui ne manqua pas de laisser en haleine de ses rythmiques évolutives et de ses riffs précis. Sept ans passés dans l’ombre d’une scène grecque qui alors ne connaissait pas une exposition médiatique à la hauteur de ses qualités, mais une poignée de démos mises sur le marché, un EP resté sur les étagères (mais publié plus tardivement), et une éponge jetée en 2001, avant une reformation totalement justifiée une décennie plus tard.

Depuis, deux albums, un contrat lucratif avec le label allemand 7hard Records, et un cinquième chapitre qui ne fait que renforcer la validité d’un retour crédible et enthousiasmant. Et en tant que troisième tome d’une nouvelle aventure, Primal Energies a largement les armes pour séduire un public avide de Death progressif et intense, formel, mais d’une puissance indéniable. Pour savoir à peu près de quoi nous allons parler, sachez que les grecs n’hésitent pas à nommer quelques groupes qu’ils affectionnent, dont ATHEIST, CYNIC, DEATH, CARCASS, MESHUGGAH, TESSERACT, DREAM THEATER, et RUSH font partie, mais ce sont surtout les anglais de CARCASS qui dominent les débats de l’inspiration, tant on retrouve le souffle putride de réalisations comme Heartwork, Swansong, Necrotism et Surgical Steel au coin de pas mal de sillons. L’attitude frondeuse du ARCH ENEMY de début de carrière semble aussi avoir été un modèle pour les athéniens, qui finalement atteignirent un sacré degré de pertinence artistique, avec des compositions mélangeant avec bonheur écrasements Heavy et évolutions Death très maîtrisées. Et en plaçant en ouverture de leur nouveau LP un morceau de la trempe de « My Bloody Crown », on sent que le quatuor ne fait montre d’aucun complexe, et se sent très soutenu par ses propres qualités, tant le titre en question fait montre d’une habileté d’interprétation doublé d’un joli culot de précision. Plus foncièrement précieux que progressifs, les grecs n’hésitent pourtant pas à broder abondamment sur un thème donné, sans jamais tomber dans la foire à la démonstration dont le DEATH de fin de carrière avait fait ses dogmes. Ce qui n’empêche pas Primal Energies de se laisser aller à des déambulations parfois assez denses, notamment lorsque le rythme décide de n’en faire qu’à sa tête et de changer de pattern comme de baguettes. Ainsi, « Primal Energies » de rappeler les TESSERACT, mais aussi un subtil mélange entre le ATHEIST d’Elements et le MESHUGGAH de Chaosphere, avec ces guitares qui prônent la saccade comme seule attaque possible, et ces répétitions hypnotiques. Le tout est éminemment rythmique, compact mais suffisamment aéré pour ne pas trop étouffer, et si parfois les mêmes plans semblent se répéter, il convient d’y voir un souci de cohérence plutôt qu’un manque d’imagination.

Sans se limiter et sans admettre de balises nettes, ACID DEATH n’en sombre pas pour autant dans le bavardage ou la redite maladroite, et chaque chapitre d’affirmer son identité. Ainsi, le groupe se souvient parfois de son illustre passé, et nous joue la Traviata Thrash avec une belle assurance, transposant le vocabulaire de la Bay-Area dans une Grèce soumise aux aléas de violence de la Suède, et « Inner Demons » de se montrer aussi impitoyable que froid. Très crédible dans ces poussées d’adrénaline, le quatuor semble sans cesse se remettre en question tout en assumant sa propre histoire, et mélange avec bonheur les mélodies et les crises de fureur, via « Godless Shrines ». Si le duo de guitaristes se montre efficace à tout moment, le chant de Savvas Betinis à la gravité écorchée fait admirablement bien le job, et module, soit pour soutenir le pivot rythmique, soit pour accentuer l’aspect harmonique de l’ensemble, et se veut assez volubile pour capter l’attention. Aussi catchy qu’il n’est violent, le groupe a su parfaitement trouver l’équilibre entre puissance de feu et motifs accrocheurs, et se situe parfois en convergence d’un Heavy Death vraiment méchant, mais toujours pertinent. Les inserts les plus longs dégagent des pistes différentes, travaillant les ambiances au détour d’une intro, avant de s’accomplir dans une pluralité assez jouissive, et « The Rope » de passer en revue toutes les composantes d’un Death bien dans son époque, mais qui n’a pas oublié ses racines. Harmonies en développé, basse qui sinue, soli qui s’envolent, on pense à un RUSH soumis à des forces occultes déstabilisantes, ou à un CREMATORY débarrassé de ses oripeaux gothiques et plus concentré sur un Metal efficient.

Aucune faute de goût à déplorer, et un déroulé qui fait la part belle aux variations, tout en maintenant cette pression de fond. « Fire of the Insane » sonne donc comme un inédit de PRIMAL FEAR durci par les AT THE GATES, tandis que « Reality and Fear » utilise un phrasé très connoté eighties pour mieux nous aplatir d’une grosse caisse concentrée, que des dissonances redondantes mettent en exergue. Juste assez long pour se montrer roboratif, mais suffisamment court pour éviter le piège de la mièvrerie brutale, Primal Energies se termine même par un exercice de style Psycho-Metal, et « H.U.M.A.N. » d’ouvrir une porte sur une dimension parallèle, nous assurant du potentiel de création de ce groupe décidément très attachant. Mais faites attention, et tendez l’oreille. Il serait dommage de passer à côté non d’une révélation, mais de l’assurance d’une qualité indéniable dans les faits, et d’une entité viable dans le fond. Les ACID DEATH méritant bien plus qu’un intérêt poli.    

  

Titres de l'album :

                         1.My Bloody Crown

                         2.Inner Demons

                         3.Godless Shrines

                         4.Primal Energies

                         5.The Rope

                         6.Fire of the Insane

                         7.Reality and Fear

                         8.Regret/Repent

                         9.The Void Before...

                         10.H.U.M.A.N.

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par mortne2001 le 27/07/2019 à 14:50
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