Oh, mais je sens que le Chili va devenir ma nouvelle terre d’adoption si ça continue…Entre les flingués noisy qui brouillent l’écoute (et non pas) entre le Black et le Death, ceux qui s’adonnent aux joies du Blackened Core, et les maniaques du Thrash old-school, ma tête n’en finit plus de dodeliner de droite à gauche en une série de mouvements erratiques incontrôlables. A croire que ce peuple comble son retard en matière d’extrême, à condition d’occulter (sic) leur culture passée qui ma foi, n’est pas si maigre que ça. Toujours est-il que depuis cinq ans, les habitants de Santiago ou Punta Arenas se déchaînent pour nous fournir notre pesant de décibels sauvages, et rien que d’envisager la situation globale, j’imagine volontiers les clubs et bars locaux tremblant de tout leur poids sous les à-coups de désaxés du riff venant squatter leur scène à intervalles réguliers. Si vous êtes amateur de ma prose et de mes conseils qui osent, vous savez que je traite avec régularité de l’actualité Metal locale, et j’ajoute ce soir un nouvel exemple de la domination sud-américaine sur le reste du monde, en traitant du cas des fabuleux THROXIC, dont le nom seul est à même de vous aiguiller sur la bonne voie, celle d’un Thrash de tradition qui affectionne les coups de pompes dans les roustons et autres dégustations de saccades aux petits oignons. Et une fois est coutume (dans ce cas précis, oui), puisque ces olibrius se répandent en offrandes purement Thrash, à rendre fous de jalousie les MUNICIPAL WASTE, mais aussi fiers comme des Artaban les ex-VIO-LENCE, RIGOR MORTIS, VIKING et toute la clique des effrénés des BPM endiablés, qui ne concevaient le Metal que sous ses aspects les plus bruyants et culottés.

Alors fabuleux, le terme est choisi, et mesuré. En tant qu’amateur et auditeur de Thrash old-school non dilué, je dois avouer que ce second effort longue-durée des THROXIC m’a fait à peu près le même effet que les deux méfaits de RECIPIENTS OF DEATH, dont ils partagent l’amour de la vitesse et des guitares diablesses. Fondé en 2014, ce quatuor de fins tarés (Eric Alarcón - guitare, Constanza Soto - basse, Fernando Millaquen - guitare/chant et Cristobal Cheuqueman - batterie) a déjà proposé un premier LP il y a deux années (Rise The Revolution), mais aussi un EP en 2014 (Burning The Liars), ainsi qu’un split avec leurs collègues de BROKEN NECK, qui posaient les jalons de leur philosophie en béton. Et si Rage And Rebellion ne la trahit aucunement, autant dire qu’il appuie sur le champignon, pour se montrer aussi convaincant qu’une anthologie, dans une petite demi-heure impartie. Rage, rébellion, tout est dit, et même hurlé, de la voix enragée de Fernando, l’un des brailleurs les plus efficaces du circuit, et dont le timbre maudit tire le combo vers le haut du Hardcore bien chaud, sans pour autant les laisser verser dans le Crossover trop prononcé, alors même qu’ils en atteignent l’intensité. Ce second jet est d’une telle folie instrumentale qu’il serait inconcevable d’essayer de lui résister, tant chacun de ses morceaux est un véritable geyser de lave qui coule le long de vos conduits auditifs, pour finir dans votre cœur en chamade après avoir bien esquinté votre gorge malade. Une telle démonstration de furie musicale n’est pas donnée à tout le monde, et l’art incroyable des THROXIC est de rester dense tout en maintenant la cadence, comme aux plus grandes heures d’Eternal Nightmare ou Final Flight. Et faites-moi confiance, le compliment et pesé, mesuré, et calibré. Car parvenir à sonner purement Thrash tout en faisant des œillades prononcées au public Hardcore adoré, sans jamais mixer les deux, n’est pas une gageure que n’importe qui peut relever. Dont acte.

Alors, je vous vois venir, puisque finalement, nous nous ressemblons comme deux carpes dans un étang, en écoutant l’introductif « Rage And Rebellion », vous allez surement vous dire que cette furie n’est qu’une entame parmi tant d’autres, et que cet entrain hystérique n’est destiné qu’à allumer la mèche sans tout faire péter. Et vous ne pourriez avoir plus tort, puisque cette mise en jambes qui démange n’est que le premier chapitre d’un roman rédigé à la gloire d’un Thrash de frappés, qui connaissent le truc par cœur, et qui n’ont pas besoin d’une heure pour vous rallier à leur cause en une demi-heure. Guitares qui turbinent jour et nuit, rythmique qui part en coup de folie, breaks qui tombent pile au millimètre, et chant pas vraiment champêtre, mais plutôt dans un créneau citadin qui vitupère contre une administration à la con qui l’oblige à ramasser ses feuilles à mi- saison. Surfant sur la vague nostalgique sans pour autant capitaliser sur un passé exhumé, les chiliens nous donnent une leçon de violence que les plus grands maîtres observeraient sans méfiance, et « Hello (Hypocrite Day) » de confirmer que l’ambiance est bien à l’acharnement véloce. Une fois encore, saluons le travail de Fernando derrière son micro, qui file une rouste à tous les apprentis bargeots, mais hochons aussi la tête en approbation d’un duo rythmique qui cogne à faire tomber les murs du salon. En version fast, les trublions éclatent tout de leur puissance, tandis que les intermèdes mid/up leur permettent de faire preuve de persuasion, sans pour autant faire redescendre la tension. Un véritable rêve bruitiste éveillé, qui saura réunir dans un même élan de fraternité les fans d’EXPIRE et de LOST SOCIETY, pour en nommer un pas si au hasard que ça, dans une farandole enivrante de vitesse et de liesse, qui condamne de fait ce premier album à devenir un classique instantané. 

Et alors qu’on se dit que tout ça va bien finir par retomber comme un soufflé, « My Brain, My Riot ! » nous prend de face sans grimace, en distillant même un pur break Core à pogoter comme des ânes. « Antipatriots » nous fait le coup du sample en intro pour mieux nous écraser de son up tempo, tandis que le très franc « AxCxAxBx » assume les accointances Hardcore de son énorme basse rutilante avant de nous hacher menus de ses syncopes flagrantes. Et comme si reprendre notre souffle n’était qu’une option hautement facultative, le combo « Burn The Mother Country » / « Declaro/Deniego » ose l’osmose parfaite de brutalité à coups de machette, juste avant que le terrifiant « Shot (Bang Your Head) » ne nous ramasse à la petite cuillère de son riff surgonflé à l’éther. A ce stade-là de la partie, nous avons déjà rendu les armes, et pourtant le groupe nous a réservé sa salve la plus appuyée pour un final structuré, via les six minutes bien pesées de « Infesting The Enemy », qu’on penserait calqué sur le démentiel « Eternal Nightmare » de l’ex-fiancée de Robb Flynn, et cette façon presque progressive d’appréhender la brutalité sans jamais lever le pied.

Il est tout à fait légitime de se poser la question de savoir s’il faut plutôt ranger les THROXIC du côté Hardcore où ils risquent de tomber, ou dans la case Thrash dont ils semblent déborder. Mais Rage And Rebellion est à ce point enragé que cette problématique devient futile, et si parfait dans sa démesure endiablée qu’il suffit de l’écouter pour comprendre que quatre-vingt-dix pour cent de la production actuelle est méchamment faiblarde à côté.

D’ailleurs, inutile de discuter, puisque j’ai déjà embarqué. Direction le Chili, pas la peine de demander.


Titres de l'album:

  1. Rage And Rebellion
  2. Hello (Hypocrite Day)
  3. My Brain, My Riot!
  4. Antipatriots
  5. AxCxAxBx
  6. Burn The Mother Country
  7. Declaro-Deniego
  8. Shot (Bang Your Head)
  9. Infesting The Enemy

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 23/01/2018 à 14:47
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