Dans le monde fabuleux du DIY underground, il n’est pas rare qu’un groupe se voit distribué par une bonne vingtaine de labels différents. C’est le cas de nos Autrichiens du jour, qui savent leur album au chaud dans les bras cajoleurs de WOOAAARGH, Bloody Lips Records, Prejudice Me Records, Vleesklak Records, Hardcore For The Losers, Featherlight Records, Hecatombe Records, Epileptic Media, EveryDayHate, TKxPV Records, High Five, Laissez-faire!, Aktiver Aufstand In Plastik, et je n’ai certainement pas tout listé, malgré l’aide considérable de Discogs, la bible des labyrinthes de distro.

Nonobstant cet étalage de maisons de disques au rayonnement plus qu’intimiste (et qui balancent du vinyle en veux-tu en voilà), le cas des SIX SCORE est assez intéressant en soi.

En lutte permanente contre le système capitaliste mondial, le trio (Bendikt – basse et chant, Markus – guitare et Dominik – batterie) n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’il a déjà publié un maximum de pamphlets anarchiques, dont un premier long, Drudge, il y a cinq ans, auquel ce Lebensraume (maison, habitat, espace vital, comme vous le sentez…) fait donc écho. Mais entre-temps, ils ne sont pas restés inactifs, multipliant les concerts/happening et les EP, splits, et autres gâteries hautement bruitistes.

Car il faut bien l’avouer, les originaires de Linz n’aiment pas forcément la douceur musicale, et c’est dans ce désir constant de bousculer les conventions harmoniques qu’ils ont formé leur entité voilà déjà huit ans.

Du Grind donc, versant scandinave puisqu’ils s’en revendiquent, avec raison puisqu’il fait partie du haut du panier en termes d’agressivité froide et pourtant spontanée.

Grind, mais pas D-Beat, à peine Crust, et plutôt dans le créneau penchant vers le Hardcore Indus où il va tomber.

C’est donc avec un enthousiasme non dissimulé que je me suis envoyé leur dernière livraison, qui il faut le reconnaître, a de quoi faire tomber en pamoison.

Au menu, pas de petits oignons, ni de Wiener Schnitzel, mais plutôt un Grind très affolant et très affolé, qui cavale non sur un laps de temps millimétré, mais qui le prend justement pour instaurer une ambiance grave comme le son de ses guitares. Ce qui est d’ailleurs frappant chez les SIX SCORE, c’est cette propension à accentuer la brutalité sans sonner glauque ni paillard, comme la plupart des combos du cru. Crue, leur musique l’est sans conteste, les chœurs sont collégiaux et efficaces, les guitares froides comme de la glace, et la rythmique sait opposer des latences très lourdes à des accélérations fourbes. L’utilisation de samples judicieusement et parcimonieusement placés est très efficace, surtout pour distiller des intros qui ne prennent pas trop de place, et le résultat global se rapproche autant du costaud made in Sweden que du Grind US qui ne porte pas trop sur la bouteille. Epais mais pas gras, véloce mais pas fier à bras, Lebensraume sait imposer son climat jusqu’au trépas, et les morceaux bénéficient d’une tribune juste assez vaste pour exposer leurs idées.

Ainsi, les Autrichiens ne rechignent pas à faire durer les débats au-delà des deux minutes, et lorsque c’est le cas, la monotonie ne reprend pas ses droits.

Prenez l’exemple du terrifiant « Eingezwängt », qui multiplie les thèmes et les breaks sans risquer l’overdose ou l’emberlificotage de plans à l’infini, et qui tâte du Hardcore heurté limite Indus remué, du Doom léger mais à la noirceur prononcée, et bien sur des blasts délicats posés sur un tapis de riffs en éclats. C’est une leçon d’intensité sur la durée, tout comme « Decease », qui se veut plus gras et traînant que la moyenne, et qui permet à notre ami Dominik d’en faire des tonnes à la batterie, multipliant les cassures, les roulements, les frappes sèches et nettes, et les numéros d’équilibriste à l’aise dans ses baskets.

Mais le format court est aussi une spécialité de la maison, sans jamais tomber dans la déraison. Les SIX SCORE ne raisonnent pas en nano secondes, et ne franchissent qu’en une occurrence la limite des soixante, avec un « Repulsive » qui ose les cinquante-neuf pour un tourbillon de violence qui fait froid dans l’échine.

Pour se mettre au diapason et les doigts dans la prise, le trio ose la reprise, celle des cultes NASUM et de leur « Scoop » auquel ils font largement honneur. Mais entre le morceau éponyme qui débute les hostilités, et cette appropriation qui les achève en beauté, seize tranches de Grind finement découpées, qui parfois se veulent plus Core qu’une corde de guitare des THE KILL (« Circle Of Despair », impitoyable), ou plus épaisses qu’un morceau de couenne tombée d’un sandwich des TRAM THEM (« Contracts »).

Un très bon passage en revue de l’UnderGrind par une bande d’allumés très impliqués socialement, et qui n’ont trouvé d’autre moyen pour hurler leur mécontentement que de le faire via le médium Grind/Crust le plus véhément, qui sait toutefois se montrer poli et charmant. Rien que vous n’ayez déjà entendu ailleurs (mais est-ce encore possible dans le créneau ?), mais de l’envie, de l’allant, et surtout, une volonté de ne pas rester cloisonnés dans les habituels grognements et autres attaques éclairs de déments.

Il vaut mieux parfois prendre son temps pour se dépêcher, et c’est un peu l’enseignement que les SIX SCORE souhaitent nous inculquer.

En tout cas, une confirmation du potentiel entrevu sur Drudge, et une carrière qui continue son bonhomme de chemin, et qui y trouvera toujours matière à se montrer chafouin.

Comme quoi, on peut se lever le matin de bonne heure, mais pas forcément de bonne humeur.

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 25/11/2016 à 17:13
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