Brave Tin World

The Murder Of My Sweet

06/12/2019

Frontiers Records

J’ai rencontré les THE MURDER OF MY SWEET dans un hôtel cossu à Paris, pour la promotion de Divanity, leur premier album. Je garde l‘image d’une chanteuse aux longues jambes et au sourire ultrabrite, et d’un groupe affable, comme le sont tous les groupes qui commencent leur carrière et qui expérimentent leurs premières journées promo en Europe de l’Ouest. Je garde néanmoins un excellent souvenir de cette journée, durant laquelle j’ai certainement pensé que j’avais affaire à un groupe lambda, malgré l’argument promotionnel de « Cinematic Metal » qui peinait à cacher le côté consensuel de la musique. J’étais alors loin de me douter ce jour-là que neuf ans plus tard, je m’attèlerai à la chronique de leur cinquième album, après avoir traité du cas de deux LP précédents. En 2019, je n’ai toujours percé le mystère du « Cinematic Metal », qui pour moi n’est toujours qu’une forme de Hard-Rock moderne souligné d’arrangements de clavier et d’ambiances léchées, mais j’apprécie toujours autant cette musique énergique, plus humble que son intitulé ne le laisse penser…Mais je ne peux m’empêcher de continuer à voir en THE MURDER OF MY SWEET un groupe éminemment sympathique, au talent indéniable, qui s’affirme de chapitre en chapitre, et qui nous offre aujourd’hui son cinquième album studio. On les a souvent, et presque toujours d’ailleurs comparés à des institutions comme DELAIN, WITHIN TEMPTATION et autres opéras du pauvre pour Castafiores en manque de reconnaissance, mais Brave Tin World, comme Beth Out of Hell prouve le contraire à chacun de leurs morceaux, et les faits sont là. Les suédois ne sont rien d’autre qu’un groupe de Pop arrangeant leur sauce pour faire passer des formats classiques en hymnes Heavy Metal ambitieux, et c’est sans doute pour ça que je les aime tant. Car dans leur créneau, ils sont les meilleurs. Et de plus en plus, de façon toujours plus évidente. Et tout en sachant pertinemment ce qui m’attendait sur cette nouvelle livraison, j’ai découvert un groupe toujours plus sûr de son fait, et maître dans sa catégorie, à tel point que Brave Tin World pourrait bien être son meilleur album.

Angelica Rylin (chant), Daniel Flores (claviers, cordes, chœurs et batterie), Christopher Vetter (guitare acoustique et électrique) et Patrik Janson (basse) semblent unanimes au moment de parler de cette cinquième étape de leur carrière. Et c’est Daniel qui en parle ouvertement, à mots choisis :

« C’est un album plus tranquille et mature. Nous sommes en pleine phase de transition en termes de composition, et nous essayons d’affirmer notre identité. Nous avons fait un grand pas en avant concernant notre son, en nous concentrant plus sur les détails. »

Après plusieurs écoutes, le chroniqueur sera tenté de valider les propos du batteur/producteur. Il validera surtout cette sensation d’immédiateté et de simplicité qui émerge des titres de ce nouvel album, qui semble plus focalisé sur l’efficacité que sur la grandiloquence, ce que les détracteurs du combo ont toujours pointé du doigt par le passé. Non que le groupe ait renié sa nature propre, mais il a appris à proposer des motifs plus simples, sans renoncer à ces atmosphères de film qui toutefois se trouvent reléguées au second plan. Ça n’est peut-être pas ce qui frappe le plus à l’écoute du premier single « Tin Soldiers », le segment le plus long de l’œuvre, mais on le réalise petit à petit. Ce premier morceau est d’ailleurs le plus symptomatique de la carrière passée du groupe, avec ses six minutes bien tassées, durant lesquelles Angelica Rylin fait une fois de plus montre de son talent vocal. Les riffs sont toujours aussi épais, la production tape à l’œil, mais on sent qu’au fond, le groupe cherche l’efficacité d’une Pop Metal solide aux refrains fédérateurs. Ces mêmes arrangements, toujours concentrés sur un clavier officiant comme un orchestre synthétique, occupent moins l’espace, et laissent plus respirer les mélodies et les plans de batterie souples mais percutants. Il semblerait même que les THE MURDER OF MY SWEET se rapprochent des astuces les plus fines de leur école nationale, ce qui permet à chaque titre d’être porté par une idée forte et populaire, sans tomber dans l’excès de séduction bon marché qu’on pouvait reprocher à certains des albums du quatuor. Il est donc bien loin le temps de Divanity, qui projetait l’image d’un jeune groupe aux idées encore un peu génériques et floues, se reposant sur un concept un peu fumeux pour imposer son image sur la scène mondiale.

D’ailleurs, le groupe l’affirme via les propos de Daniel, le but est maintenant d’imposer sa propre identité, et nom de coller à une vision que le public s’est créée. Cette identité se scinde ici en deux parties, l’une clairement traditionnelle, l’autre plus abordable, ce que souligne l’album qui semble avoir été coupé en deux parties bien distinctes. « My Religion » retrouve les optiques anciennes, et développe des arguments amples, étant finalement le morceau le plus prévisible de l’album, et celui découlant directement de l’inspiration de Beth Out of Hell. Mais « Head Of The Snake » prouve que les suédois souhaitent maintenant s’ouvrir à un autre public, plus friand de mélodies mémorisables, et de tempi dansants. Est-ce l’influence de la génération scandinave old-school qui s’en est allé puiser son inspiration dans les coffres Wave des années 80 qui commence à se faire ressentir ? L’envie de croquer dans le gâteau appétissant de la nostalgie ? Pas vraiment, puisque Brave Tin World ne renie pas le passé non plus, avec ce mélange de tendances progressives et métalliques que « Reasons To Live » met parfaitement en relief. Et cet attachement aux détails pourrait bien concerner finalement une recherche de perfection dans la composition, chimère après laquelle le groupe court depuis ses débuts, et qui finit par être de plus en plus visible sur un hit de la trempe de « Hit The Ground ». C’est dans ces moments-là que l’on sent le groupe le plus affuté, alors que l’album commence à prendre une tournure plus légère et de plus en plus Pop, suggérant même un héritage ROXETTE pas totalement assumé (« Everyone Wins »). Et malgré ses cinquante-six minutes, le LP passe comme dans un rêve, chaque titre se démarquant du précédent par une harmonie plus poussée ou une rythmique plus épurée, sans sombrer dans la mièvrerie lorsque l’émotion fait envie (« Memento »).

Difficile de ne pas voir un sans-faute en termes de recherche sonore, et de ne pas réaliser que Brave Tin Worldest sans aucun doute l’achèvement le plus concret et palpable du groupe. Toujours portée sur l’agressivité souple (« Worth Fighting For »), le quatuor a porté sa formule à son paroxysme, toujours aussi à l’aise dans son temps, mais n’en abusant pas des facilités. Les morceaux sont tous solides, et pas seulement des vecteurs d’atmosphère de film cheap. On pourra à la rigueur leur reprocher la pochette la plus moche de leur carrière, mais on ne juge surtout pas un livre à sa couverture. Ce nouveau roman des THE MURDER OF MY SWEET reste leur plus personnel, et le plus attachant par extension.       

                               

Titres de l’album :

                         01. Tin Soldiers

                         02. My Religion

                         03. Head Of The Snake

                         04. Reasons To Live

                         05. Safe In The Shadows

                         06. Hit The Ground

                         07. Everyone Wins

                         08. Memento

                         09. Keeper Of The Flame

                         10. Worth Fighting For

                         11. Alchemy Of Sins

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par mortne2001 le 17/12/2019 à 17:52
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