Hardcore, Metal, Sludge, Punk, Metallic Hardcore, Post Metal, Néo-Stoner…Sincèrement, vous n’en avez pas assez de ces étiquettes ? Et si finalement, nous écoutions tous simplement…de la musique ? Certes, très amplifiée, aux nombreuses ramifications, mais avec un dénominateur commun, celui de procurer un plaisir immédiat et à long terme ? Quelle importance de savoir si le groupe que l’on adule joue du Thrash, du Punk, du True Metal ou du Symphonic Epic Medieval Néocore ? Nous ne sommes plus à l’époque où il convenait d’apposer un sceau sur une musique, et tout un chacun de reconnaître que de toute façon, la pluralité et le métissage sont l’avenir artistique dont le monde a besoin. Cette notion, les suédois de HORNDAL l’ont bien comprise, eux qui depuis leurs débuts se revendiquent d’influences si diverses qu’il devient impossible de les cerner avec précision. Tiens, d’ailleurs, le site où je les ai dénichés faisait allusion au Sludge, et Stoner, alors même que cette bande ne pratique ni l’une ni l’autre de ces déviances, ou alors d’une façon tellement biaisée qu’elles en deviennent méconnaissables. Et tout ce qu’il y a à savoir sur ces mecs, c’est qu’ils se sont baptisés du nom de leur propre ville de naissance, dont ils dressent un tableau méchamment honnête, et particulièrement désabusé. HORNDAL dans les faits, est une petite ville suédoise perdue dans les bois, qui a subi de plein fouet la crise de l’acier dans les années 70, au point de devenir un hameau fantôme que tout le monde fuyait à grandes enjambées. Le genre de patelin désolé dont les cinéastes français se sont fait une spécialité à la fin des années 70 suite à la crise du charbon et à la fermeture des mines, et que les anglais connaissent par cœur pour les mêmes raisons. De fait, nous aurions pu nous attendre à une traduction artistique morne et grise, à base de Post Hardcore désabusé aux mélodies amères et aux monochromes déprimants, et pourtant, il n’en est rien. Car la musique des suédois, malgré un filigrane plombé très prononcé se veut groovy, entraînante, et entraînante dans son désespoir. Et ce tour de force en est un qui mérite votre attention.

Fondé il y a deux ans, ce quatuor (Henrik, Pontus, Fredrik, Erik) a déjà enregistré un premier EP avec la légende Steve Albini (NIRVANA, IGGY POP & THE STOOGES, HIGH ON FIRE, MOGWAI, NEUROSIS, PIXIES, THE JESUS LIZARD, PJ HARVEY), publié en 2017, et s’est donc construit une solide réputation dans l’underground national et mondial. Il n’est d’ailleurs pas étonnant qu’ils aient travaillé avec Steve, qui a produit de ses mains les œuvres d’artistes que les HORNDAL citent comme référence (NEUROSIS, THE JESUS LIZARD), parmi tant d’autres (PENTAGRAM, ENTOMBED, ANTI CIMEX, SLAYER, INTEGRITY, BLACK SABBATH, HANSSON & KARLSSON), ce qui leur permet aujourd’hui de proposer une approche plutôt innovante, à base de Post Hardcore éteint, de Hardcore métallique certain, de Sludge plutôt léger, le tout teinté d’un parfum Rock N’Roll très prononcé, et d’une légère touche de Death atténuée. Death, ce qui s’explique par leur provenance, ce pays qui dans les années 90 a dévié le Thrash de sa trajectoire pour lui faire épouser les contours d’une agression plus prononcée, mais plus mélodisée, mais aussi Punk, avec l’héritage national et environnemental de la fin de la même décennie, et les REFUSED, combo emblématique de la révolte sociale et du refus de l’inéluctable sans batailler. Les HORNDAL avec Remains bataillent justement, pour que tout le monde se souvienne de leur ville du temps de sa splendeur économique, lorsque les turbines marchaient à plein régime et que les cheminées des usines crachaient leur fumée vers un ciel de plomb. Depuis, le silence a remplacé le boucan des machines et les discussions des ouvriers, mais le témoignage est toujours là, les images aussi, les odeurs, et c’est justement ce que les quatre musiciens nous proposent de ressentir.

Violent, ce premier longue-durée l’est, immanquablement. Il se place dans la directe lignée du Crust et du D-beat nordique avec ces soudains inserts de brutalité larvée, via des morceaux qui cavalent comme des chômeurs en proie au désespoir (« Factory Shutdown », on visualise très bien la panique et la colère faisant suite à l’annonce d’une fermeture, avec le destin en berne et l’avenir terne), mais il n’est pas que ça. Il est aussi harmonieux, par intermittence, tout sauf joyeux mais pas suicidaire à l’allemande, et varié, modulé, orienté, pour ne pas se contenter d’un Hardcore tendance ou d’un Post qui agace. La guitare, au centre des débats, annonce la non couleur dès « Wasteland » qui de son groove NOLA pèse sur les épaules des désabusés, et qui de son déhanché un peu fatigué suggère la démarche des laissés pour compte qui ne croient plus à leur bonne étoile sous perfusion sociale. On pense à EYEHATEGOD et NEUROSIS, mais aussi à la scène Néo-Death locale, avec ce mélange de riffs pataud mais pas dupes, cette section rythmique aux abois, tranquille mais solide, et ce chant sourd et sous-mixé qui hurle son mal-être dans le mégaphone du Hardcore moderne. On pense aussi à la scène Punk nationale, et à son pendant Thrash, lorsque le quatuor brouille les pistes et multiplie les possibilités (« Häng Honom »). Mais en fait, on pense surtout à la vie dans une ville que le progrès a laissé sur la touche, avec ce mélange de haine, de colère, de ressentiment et d’envie d’ailleurs, un ailleurs qui n’existe pas forcément, enfin pas comme on l’entend…

Cette peinture d’une évolution en dégression est pourtant accrocheuse, et animée d’une flamme de vie qui laisse planer le doute. Peut-on s’en remettre ? Une ville peut-elle renaitre de ses cendres ? Si l’on en croit le morceau éponyme « The Horndal Effect », on serait tenté de penser que oui, malgré ces riffs concentriques et ce chant à la NEUROSIS, ce phrasé à la ACID BATH, et cette modulation générale ambivalente. Mais les HORNDAL justement, laissent planer le doute, restent sincères, et se laissent guider par leurs émotions. Des émotions qui les écrasent façon Sludge joué Heavy (« Fornby Klint »), ou qui les galvanisent pour trouver une échappatoire (« Rotting Town », triste, mais étrangement séduisant, comme si les BREACH bossaient en intérim pour les CORROSION OF CONFORMITY des nineties). Et en définitive, malgré le pessimisme ambiant le confinant à la lucidité la plus aveuglante, Remains reste dans les mémoires à cause de son refus de l’inéluctable. Il reste aussi dans les mémoires parce qu’il évite intelligemment toutes ces étiquettes vaines, et qu’il commence et se termine de deux façons différentes (« Horndal's Kyrkogård », éprouvant, mais cathartique), et surtout, parce qu’il incarne une échappatoire à la normalité ambiante sans avoir recours à des artifices de mode grossiers.      

     

Titres de l’album :

                        1.Wasteland

                        2.Rotting Town

                        3.Hin

                        4.Häng Honom

                        5.The Horndal Effect

                        6.Fornby Klint

                        7.Factory Shutdown

                        8.Drudgery

                        9.Horndal's Kyrkogård

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par mortne2001 le 17/07/2019 à 17:44
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Tout est dit... Et c'est d'ailleurs bien pour ça que j'adore ce groupe !
"WE DON'T CARE WHAT YOU SAY !!!"


Moi j'aime bien, mieux que le précédent album : le groupe joue bien, batteur excellent . J'attends la suite.


Arioch91 +1.
Il ne suffit pas de jouer (pathétiquement d'ailleurs) le mec énervé à l'image pour que la musique le soit également.
Je laisse décidément ce groupe au moins de 25 ans.


Ridicule.