La Bay Area, terre promise pour tous les fans d’extrême des années 80. Une sorte de Jérusalem de la brutalité métallique, une Mecque vers laquelle se tournent les accros aux syncopes et aux soli écorchés, un lieu de recueillement pour tous les thrasheurs qui ont connu leurs premiers émois de violence il y a plus de trente ans, et qui aujourd’hui encore, représente un culte, une location géographique iconique, inspirant le respect et la nostalgie. C’est de cette Californie qu’a émergé le Thrash dans les années 80, et c’est un endroit vers lequel des milliers de musiciens regardent d’année en année, espérant retrouver l’impulsion d’origine, le souffle primal, la magie ancestrale…Pourtant, peu parviennent à recréer l’ambiance qui planait au-dessus de cette région, non faute d‘essayer, mais faute de n’être pas né à temps et de passer pour d’habiles faiseurs et non de géniaux créateurs. Et une fois encore, les hasards du calendrier me ramènent là-bas, pour y retrouver un groupe du cru, qui après quelques années de disette semble avoir remis le couvert. Les LACERATION, malgré leur patronyme et leur pochette évoquant plus volontiers un Slamming Death insupportable, sont bien des enfants de la région, et leur concept a vu le jour aux alentours de 2006. Mais s’ils ont toujours refusé de s’enfoncer dans la terre de l’ultra-brutalité, ils n’en ont pas moins opté pour une formule un peu plus radicale que la moyenne, se rapprochant alors d’une nuance Thrash/Death assez corsée, leur évitant ainsi d’être amalgamés avec la centaine d’autres projets éclosant régulièrement. On ne donnait pas cher de leur peau pourtant, et ce, pour plusieurs raisons valables. D’abord, parce qu’ils n’existaient plus dans les faits, ayant splitté il y a quelques temps, et d’autre part, parce qu’ils se sont toujours montrés incapables de produire une œuvre conséquente, préférant les formats courts, EP, démos et autres splits qui arrangeaient bien leur inspiration éparse.

Et en découvrant ce Remnants, le chaland inattentif pourra croire à la sortie tardive d’un premier longue-durée, ce qui n’est pas le cas puisque cet effort n’est rien d’autre qu’une compilation habilement déguisée. On y retrouve donc à peu près tout ce que le groupe a enregistré, des premières démos en passant par le EP Consuming Reality, comme les titres gravés sur le split avec TINNITUS, soit la quasi-totalité de l’œuvre des californiens, qui sans se fouler, se replacent sous les feux de l’actualité à moindre frais. Dommage donc d’un certain côté, mais youpi de l’autre, puisque Remnants permet de survoler leur carrière en toute quiétude et exhaustivité, ramenant à la surface des morceaux à la violence franche et à la syncope qui tranche. Objectivement parlant, comment situer ces quatre américains (Luke Cazares - guitare/chant, Donnie Small - guitare, Corey Toleu - basse et Michael Simon - batterie) sur une carte du tendre, en partant d’un ancrage historique nostalgique ? Difficile, même si les sites référentiels ayant abordé leur cas dégagent deux influences leur semblant évidentes. Les premiers SLAYER d’un côté, ce qui n’est pas faux eut égard à la production diffuse de ces chansons qui les rapprochent de l’obscurantisme de Hell Awaits, et DEATH de l’autre, au regard de ce radicalisme qui pousse le Thrash dans ses derniers retranchements. Mais à mon sens, les deux parallèles les plus viables seraient plutôt à chercher du côté des magiques DEMOLITION HAMMER et des atomiques INCUBUS, puisque le mélange Death/Thrash des LACERATION leur permet des accointances beaucoup plus radicales. Et au moment où OPPROBRIUM remet le couvert pour une troisième partie de carrière, il ne sera pas vain de prêter attention à ce Remnants, qui se montre beaucoup plus probant que les dernières productions plus exposées.  

Evidemment, le caractère de compilation pourra rebuter les plus demandeurs de nouveauté, mais au regard de la confidentialité dans laquelle les anciens travaux des californiens sont parus, nous pouvons presque considérer ce premier LP comment étant suffisamment inédit pour susciter l’intérêt. Le reproche majeur qu’on peut formuler à son encontre réside en sa production, puisque les quatre musiciens n’ont même pas pris le soin de réenregistrer leurs propres classiques, préférant les enfiler à la suite, avec tous les désagréments de perte de dynamique et de mixage erratique que cela représente. La cohésion n’est donc pas de mise en termes de son, mais fort heureusement, les compositions sont largement assez homogènes pour pallier à ce déficit, et en se basant sur l’inspiration des américains, on peut largement attendre de l’avenir qu’ils daignent nous offrir une première œuvre inédite digne de ce nom. Se basant la plupart du temps sur des rythmiques rapides mais modérées, et faisant confiance aux guitares pour tournoyer, les LACERATION se placent donc en convergence du Thrash et du Death, incarnant à postériori un équivalent tout à fait honnête de cette période charnière du début des années 90, lorsque la franchise californienne commençait à muter en abomination floridienne. D’une qualité globale excellente, ce sampler traverse donc les arcanes du temps pour nous présenter l’évolution d’un groupe qui est globalement resté fidèle à ses convictions, truffant ses morceaux de breaks malins, de soli dissonants et de ralentissements soudains, rappelant le séminal Tortured Existence de DEMOLITION HAMMER et sa suite non moins honorable Epidemic of Violence. Les différentes périodes du groupe sont clairement identifiables, ne serait-ce qu’au niveau de la régularité sonore qui joue les mouches du coche, mais aussi en termes d’intensité, ce que démontre le grave et plus posé « Critical Biopsy » qui joue volontiers le VRP Thrash jusqu’au bout du riff.

D’ailleurs, la fin de l’album, beaucoup plus sourde et étouffée nous permet de retrouver le groupe en 2009, lorsque leur premier EP Consuming Reality fut publié. On constate alors que le Thrash avait encore une place prépondérante dans leur inspiration, même si quelques lignes vocales plus diffuses et grognantes indiquaient déjà un rapprochement Death palpable. Malheureusement handicapé par un son de batterie assez difficile à supporter, ces quatre morceaux permettent de refermer les portes de la nostalgie avec véhémence, nous laissant sur un sentiment de boucle bouclée avec agressivité. Mais les premiers titres font montre d’une progression notable, et nous donnent clairement envie d’entendre quelque chose de neuf, tant on sent que les californiens en ont encore sous le coude malgré leur décennie de carrière bien tassée. Créativité de basse, arpèges un peu amers, précision accrue, « Realms of the Unconscious » reste une mise en bouche salée, et « Shadows of Existence » une confirmation épicée. Et finalement, le fait que les enregistrements aient gardé leur patine d’époque apporte un petit plus à cette réalisation qui aurait pu rester anecdotique, nous autorisant à découvrir non un groupe novateur, mais un ensemble cohérent qui aurait pu connaître un destin plus clément. Souhaitons-leur de pouvoir relancer leur histoire dans de meilleures conditions, mais en l’état, Remnants pourra tout autant fédérer les fans de Thrash plus violent que la moyenne, et les accros à un Death qui a su garder proportions raisonnables.   


Titres de l'album :

                         1.Realms of the Unconscious

                         2.Self Deprivation

                         3.Shadows of Existence

                         4.Exhausted in Form

                         5.Bred to Consume

                         6.Hobo with a Shotgun

                         7.Critical Biopsy

                         8.Arise Within

                         9.Taphephobia

                         10.Shadows of Eistence

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par mortne2001 le 09/04/2019 à 17:44
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