Robby Valentine

Robby Valentine

17/04/2020

Universal Music

Pour un fois qu’une major fait un travail de réhabilitation d’importance, il convient de le souligner. Merci donc à Universal d’avoir fourré son nez dans ses archives, et de ressortir l’un des albums majeurs des années 90, que pourtant peu de gens ont écouté à l’époque…Il est vrai qu’en 1992, l’AOR n’était plus vraiment le genre à la mode, dépassé par le Rock alternatif, l’Indie finaud et l’extrême en mutation…D’autant plus que le style était fortement connoté 80’s, la décade à abattre alors, synonyme d’excès, d’arrangements pompeux, de productions larger than life, de dégoulinades de Yuppies sur fond de claviers envahissants…D’ailleurs, bon nombre de groupes estampillés FM se saborderont à cette époque, ou tenteront de façon malhabile de s’acclimater à l’air du temps, sans vraiment y parvenir. Alors vous pensez-bien qu’un hollandais fagoté comme l’as de pique, la permanente en avant, et les mélodies Billboard proéminentes n’avait aucune chance de s’imposer dans le paysage musical d’alors…ce qu’il fit pourtant d’une certaine façon. Mais Robby VALENTINE et son nom trop stéréotypé était alors tout sauf un débutant, et un musicien plus que confirmé…Né artistiquement sous le parrainage de QUEEN, des BEATLES et de TOTO, ce musicien ayant grandi à Leusden aurait logiquement du voir le jour en Californie, au vu de ses inclinaisons musicales, mais n’a pas choisi les Pays-Bas. Ce qui ne l’empêcha pas, alors qu’il s’appelait encore Robert Kempe de faire partie d’une des aventures les plus mésestimés du Rock mélodique des années 90, 1ST AVENUE. Accompagné de Peter Struijk, Robert tenta donc sa première grande aventure, mais las, alors que le groupe vit le jour en 1987, son premier album ne sortit qu’en 1992…Après cette expérience, le blond rejoignit alors les rangs de ZINATRA, autre référence européenne, pour lequel il composa une grande partie de l’album The Great Escape, en 1990. 1991, Robert devenu depuis Robby se décide à voguer en solo sous son propre pseudonyme, et signe un deal lucratif avec Polydor, pour lâcher sur un marché médusé son premier album, fruit de toutes ses expériences passées…

Découvrir pour la première fois en 2020 un album de cette trempe est une chance qu’il convient de savourer. Chaque seconde de cet album, chaque plan, chaque intervention des chœurs est une mine de créativité, de joie, et de plaisir de jouer un AOR ne faisant aucune concession aux exigences de l’époque. On sent clairement que Robby a voulu perfectionner l’approche qu’il avait définie au sein de 1ST AVENUE et ZINATRA, en poussant à fond tous les poncifs du style, frôlant parfois le ridicule mais touchant toujours la grâce. N’importe qui à sa place serait tombé dans le piège du mielleux à outrance, du sourire ultrabrite excessif, de l’emphase dramatique déplacée, mais avec une naïveté touchante, Valentine atteint les sommets, en mélangeant trois optiques différentes, mais complémentaires. La science mélodique de TOTO et ASIA, le perfectionnisme harmonique de QUEEN, et l’absence de toute retenue du duo Steinman/Loaf. C’est particulièrement patent sur le premier morceau, « The Magic Breeze » véritable blockbuster de l’AOR de plus de six minutes, qui se prend les pieds dans le tapis Xanadu pour mieux atterrir sur la table des agapes d’ELECTRIC LIGHT ORCHESTRA et de Freddie Mercury. Dès l’intro de clavier pomp, on sent que les choses ne vont pas être tout à fait normales, ni mesurées, et que ce qui nous attend est plus qu’un simple disque de Rock FM de plus. Et dès l’entrée en lice du duo guitare/clavier, la démesure frappe, et on se retrouve happé dans un monde de luxure harmonique, d’énergie rythmique, comme si Bonnie Tyler retrouvait la grandeur de Jim Steinman pour la mettre à profit en compagnie de BRIGHTON ROCK. La voix de Robby, très inhabituelle dans ce créneau est belle, pure, et met en avant son génie de compositeur, l’un des rares à pouvoir marier l’approche Pop des BEATLES et la science West Coast de TOTO. En six minutes et vingt-et-une secondes, le néerlandais écrase la concurrence, et anticipe avec vingt ans d’avance la vague rétro scandinave…

Mais loin d’être une coïncidence heureuse, ou un accident chanceux, ce premier morceau n’est que l’amorce d’un des pétards de feux d’artifices les plus puissants des nineties. Le genre de fête musicale qui donne envie de sourire à la vie, d’y croire encore, au son délicat d’un « Broken Dreams » qui ressemble à s’y méprendre à du SURVIVOR chanté par Joseph Williams. Galvanisé par son nouveau statut de star en solo, Robby met à profit le talent de ses musiciens (Arthur Polini - basse, Rob Winter - guitare, Hans Eijkenaar - batterie et John Ewbank - claviers additionnels), alors même qu’il est capable d’assurer seul tous les postes, et délivre une démonstration aux synthés qui laisse pantois, provoquant la Pop la plus dansante pour mieux y intégrer des riffs tranchants (« Live Your Life »). Expert en ambiances transitoires, Valentine nous épate de ses capacités à tutoyer les cimes d’un genre inventé par les américains, et s’offre des intros délicates pour mieux laisser exploser son exubérance sur des couplets parfaitement irrésistibles (« One Day »). L’artiste se permet même de défier ses idoles sur leur propre terrain, et va chercher le QUEEN le plus majestueux pour l’emmener sur un grand huit qu’il avait lui-même inventé à l’époque de 1ST AVENUE, signant l’un des plus grands hits de l’histoire avec « The Gift Of Life ». Mais en 1992, c’est un titre et un seul qui lui ouvrira les portes des charts, « Over And Over Again », l’inévitable ballade lacrymale qui lui permet de mettre en avant des arrangements vocaux dignes de DEF LEPPARD et ELECTRIC LIGHT ORCHESTRA, tout en caressant l’espoir de retrouver un jour la superbe des 80’s. On pense à NIGHT RANGER, à HONEYMOON SUITE, à JOURNEY évidemment, mais aussi aux comédies musicales de Broadway…le spectacle est intégral, alors même que l’album n’en est qu’à sa moitié.

Mais loin de se reposer sur ses lauriers, VALENTINE continue le tour de passe-passe, faisant rugir ses claviers sur un tempo bondissant (« I’m Searchin’ »), pour mieux prendre tout le monde à revers d’une surprenante reprise des BEATLES avec « Here There And Everywhere ». L’original est bien évidemment passé au prisme d’un artiste qui refuse l’épure, et ressemble à s’y méprendre à une appropriation de McCartney par QUEEN, et reste l’une des rares covers des Fab Four qui vaille la peine d’être validée. Du coup, le très classique « Angel » passe comme une lettre FM à la poste de Los Angeles, alors que le long et ambitieux « I Believe In You » confronte SCORPIONS à MEAT LOAF, dans un combat où tout le monde sort vainqueur. Et même en faisant preuve de mauvaise foi, même en cherchant à la loupe auditive, impossible de trouver le moindre défaut à cet album. Que l’on se concentre sur la composition, sur les arrangements, sur l’interprétation, tout est parfait, sans aucune faute de goût, sans aucune mélodie facile ou astuce trop évidente. Publié quelques années plus tôt, et avec la promotion idoine, cet album aurait massacré les charts de sa sublime approche, et il est intéressant de le retrouver aujourd’hui, alors que la vague nostalgique actuelle n’a de cesse de recycler les recettes de ces années-là. Sauf qu’aucun des groupes old-school de 2010 à 2020 n’atteindra jamais le niveau de ce Robby Valentine, qui reste encore à ce jour l’une des réussites les plus époustouflantes du genre. Un OVNI sorti de nulle part, qui se permet des chœurs opératiques, des harmonies célestes, et une démesure totale. Le A Night at the Opera de l’AOR ? Sans aucun doute possible.

                                                                                                 

Titres de l’album :

01. The Magic Breeze

02. Broken Dreams

03. Live Your Life

04. One Day

05. The Gift Of Life

06. Over And Over Again

07. Heaven Is Callin’

08. I’m Searchin’

09. Here There And Everywhere

10. Angel

11. Love Is Alive

12. I Believe In You

13. Love Takes Me Higher

BONUS TRACKS:

14. A World Of You And Me (Love Takes Me Higher B-side)

15. Don’t Make Me Wait For Ever (Love Takes Me Higher B-side)

16. I Can’t Stand Another Day Without You (I Believe In You B-side)

 17. I Believe In You [Classical Version] (I Believe In You B-side)


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par mortne2001 le 01/05/2020 à 17:36
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