On va finir par croire que je le fais exprès, alors que seul le hasard décide. Mais c’est bien en Amérique du Sud que je me retrouve encore ce matin, et une fois de plus au Brésil, qui depuis les années 1980 reste l’un des plus gros exportateurs de Metal de la planète. Il est vrai qu’on a tendance à ne retenir que les références les plus établies du pays, pourtant, les lusophones peuvent se targuer de pouvoir compter sur l’un des réservoirs les plus productifs de groupes au monde, ce que les locaux de DEATH CHAOS prouvent ce matin avec la sortie de leur premier longue-durée, publiée l’année dernière. Et autant dire que ces gars-là jouent franc jeu, puisque on trouve dans leurs influences avouées des tendances qui définissent admirablement bien la leur. Car avec une pochette et un nom pareils, nous étions en droit de nous attendre à un carnage Brutal Death, ce qui n’est assurément pas le cas puisque la finesse et la mélodie se sont invitées aux agapes de la brutalité, non pas insidieusement mais ouvertement, ce qui a tendance à transformer ce premier jet en réussite surprise. Formé en 2014, ce quintette (Denir "Deathdealer" - chant, Julio Bona & Gabriel Maciel - guitares, Edson « Mamute » - basse et Ueda - batterie) n’a pas attendu les années 2000 pour roder sa pratique, puisque Julio Bona et Ueda jouaient déjà ensemble dans les années 90 au sein du groupe Thrash LOST OLD WORLD, qui avait rendu les armes en 2002 avant de ressurgir douze ans plus tard sous une forme plus radicale. Et une fois les nouveaux acolytes trouvés, la machine à broyer se mit en branle pour nous écraser les ouïes de son Death plus intelligent que la moyenne, et qui tire une grande partie de son inspiration de la vague suédoise de la fin des nineties. Et si les noms de DISMEMBER, BOLT THROWER et KATALYSM sont dument imprimés sur leur page Facebook, c’est surtout celui d’AT THE GATES qui retient l’attention, puisqu’il représente la principale source d’inspiration artistique de cette horde brésilienne.

AT THE GATES, mais aussi DARK TRANQUILLITY, et évidemment IN FLAMES, pour cette façon de jouer avec les harmonies dans un contexte aussi violent que possible. Ce sont donc les trois axes qui permettent de jauger de la validité du projet DEATH CHAOS, qui ne s’en cache d’ailleurs pas, mais autant dire qu’on retrouve aussi d’autres ingrédients dans la préparation salée qu’est Bring Them to Die. Notamment une grosse pincée du CARCASS le plus tardif, celui-là même qui s’éloignait de ses racines Death pour se rapprocher des origines du Heavy Metal, sur Swansong principalement. Cette piste est frappante sur le très puissant « Facing Innocence Rot », eut égard aux riffs vintage mais épais employés pour soutenir des mélodies ouvragées, le tout répondant donc d’une dualité séculaire séduction/destruction. Impossible de nier le gros travail de fond accompli par les brésiliens qui confirment donc le bien que l’on pensait d’eux après la sortie de Prologue in Death & Chaos, leur premier EP, qui trouve ici un écho de professionnalisme assez impressionnant dans le fond et la forme. La subtilité n’a donc pas été sacrifiée sur l’autel de l’efficacité, et les deux nuances cohabitent sans contrainte, et si les morceaux s’enchaînent sans temps mort, proposant chacun des pistes allant dans la même direction à quelques détails près, le handicap qui pèse sur les épaules de ce pourtant solide Bring Them to Die reste sa durée un peu trop exagérée, l’heure de jeu étant largement franchie, et pas toujours pour les bonnes raisons.

Globalement, ce premier LP est d’une qualité indéniable. Le son tout d’abord, dans la plus droite lignée des productions du studio Fredman de Göteborg, celui-là même qui a vu passer dans ses murs les icones de AT THE GATES, DEATHSTARS, NIGHTRAGE, DIMMU BORGIR, ARCH ENEMY, SOILWORK, DARK TRANQUILLITY, IN FLAMES, MACHINAE SUPREMACY, HAMMERFALL ou OPETH. On peut sentir les graves faire trembler les locaux sur leurs fondations, et les médiums s’insérer dans tous les interstices pour aérer la pièce. Chaque instrument bénéficie donc d’un traitement optimal, à part la basse qui une fois de plus joue le simple rôle de soutien rythmique, et même si le chant de Denir "Deathdealer" est souvent mixé un peu trop en avant, l’équilibre est bon, et permet d’apprécier toutes les nuances sans avoir à tendre l’oreille. Le mix bien dosé n’est pas fatiguant aux ouïes, même si certaines parties un peu trop compressées peuvent fatiguer à la longue. Mais ces dosages permettent à la musique de se déployer en toute tranquillité, et l’optique presque progressive qui est privilégiée donne parfois lieu à des moments de pertinence pure, à l’instar de ce terrassant « Death Chaos », évolutif en diable, qui nous entraîne sur la piste d’un Néo-Death progressif. Mais en optant pour une absence totale de mesure (les titres, à une exception près ne passent jamais sous la barre des cinq minutes), les brésiliens ont pris un risque énorme, qui ne paie pas toujours, puisque les idées se répercutent d’un morceau à l’autre sans être vraiment modifiées. Et on regrette parfois que les accès de fulgurance ne soient pas plus nombreux, puisque les chapitres les plus assommants le sont vraiment, comme le pilonnage systématique en mid tempo de la boucherie « Hammerdown », qui une fois encore paie son tribut à celle de Jeff Walker. Malheureusement, cette facette n’est que peu exploitée, le quintette préférant développer à outrance, en connaissant la plupart du temps une réussite assez flagrante, notamment dans le travail des ambiances, vraiment prenantes, comme cette music box qui introduit le riff incroyablement redondant de « Memories of the Insane »

Il devient donc évident que l’album eut gagné à être ponctionné de quelques minutes dispensables, voire même expurgé de quelques morceaux qui n’apportent rien de plus que les meilleurs. Nonobstant cette conclusion un poil modératrice, il n’en demeure pas moins que chaque entrée propose au moins une bonne idée, que ce soit au niveau rythmique ou sur le plan des arrangements, ce qui a tendance à compliquer la tâche du chroniqueur qui ne peut pas vraiment au final désigner un ou plusieurs coupables de remplissage. Certes, « Forsaken » par exemple incarne l’épitomé de l’art scandinave pour moduler le Death de quelques inflexions Heavy, mais son propos trop convenu empêche d’apprécier les accalmies pourtant très futées, et l’efficacité en rouleau compresseur un peu trop formelle de « Night of Intense Hankering » déprécie les passages en mid vraiment soufflants qui auraient gagné à être un peu plus isolés. Trop de minutes tuant les minutes, et trop de flottement nuisant à la pertinence, la fin de l’album souffre donc d’une baisse de régime créative, les riffs se voulant plus passe-partout (« Malignant Transition »), alors que le final gargantuesque de « Gloomy Days » prouve que le groupe peut occuper les avant-postes avec une facilité assez déconcertante. C’est donc par péché d’orgueil que les brésiliens se voient privés d’une victoire qu’ils méritaient pourtant, et il conviendra à l’avenir de modérer l’enthousiasme d’une lucidité d’impact plus pensée. Mais pour autant, Bring Them to Die n’en reste pas moins une étape très importante sur le parcours des DEATH CHAOS, qui ont largement les moyens techniques et artistiques de proposer un travail plus resserré qui rendra hommage à leurs idées les plus fertiles.   

                      

Titres de l'album :

                        1.Bring Them to Die

                        2.Brutal Death Desire

                        3.Facing Innocence Rot

                        4.Death Chaos

                        5.Hammerdown

                        6.Memories of the Insane

                        7.Forsaken

                        8.Night of Intense Hankering

                        9.Malignant Transition

                        10.Gushing Blood

                        11.Gloomy Days

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par mortne2001 le 14/02/2019 à 16:24
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