Il y avait un petit moment que j’avais envie de me prendre une bonne rouste, Hardcore style, le genre de rencontre urbaine virtuelle qui remet les idées en place et le cerveau à l’envers. Et généralement, lorsqu’on souhaite encaisser du rude de chez viril en termes de Hardcore, on ne tergiverse pas, on le cherche du côté de New-York, Brooklyn si possible, puisque c’est de là que la déflagration originelle est plus ou moins partie. Et  je peux vous assurer que malgré la longue tradition locale, il reste encore des groupes capables de mettre le feu de leur franchise, sans pour autant jouer les bas-du-front tout juste bons à recycler les recettes des aînés. Ainsi, c’est totalement par hasard que je suis tombé sur le dossier APPARITION, qui en furent une pour moi, musicalement parlant, et leur nouvel album étant disponible depuis peu en version physique et dématérialisée, l’occasion m’a parue bonne d’en parler. Pour la faire courte, la formation du groupe remonte à 2007, lorsque Jonathan, Gian et Fizzle formèrent WAIST DEEP IN FLESH. Changement de direction en 2012 pour aboutir à la mouture contemporaine, et depuis, le quintette (Gian - guitare/chœurs, Marlo Mayhem - chant/guitare, Dave - basse, Jaimen - batterie, Jason - guitare/chœurs) n’a pas vraiment regardé les oiseaux s’envoler, puisque deux longue-durée sont déjà parus, Merciless en 2013 et Perpetuating Hostility en 2014, tous les deux sur le label local To The Point Records. Jusque-là, rien d’anormal, jusqu’à ce que l’oreille rentre en collision avec leur musique, qui loin d’incarner un Hardcore de base se plaît à le mélanger à des influences Metal, Beatdown, pour un résultat qui cogne à peu près aussi fort qu’un huissier à la porte d’un débiteur peu fiable avant la trêve d’hiver. Alors certes, Stand Your Ground ne sera peut-être pas l’album le plus surprenant de votre année 2018 déjà bien chargée, mais il sera par contre l’un des plus efficaces, puisque ses dix morceaux sont autant de parpaings à se manger sur la tronche en descendant d’un train.  

Et les APPARITION n’en ont pris aucun en marche. Le leur déboule genre métro pris à la bourre, conduit par un clone de Harley Flanagan pas vraiment susceptible de freiner dans les virages, même si la démarche artistique du groupe s’apparente à un Crossover gigantesque qui tolère parfaitement les lourdeurs et les changements. Mais cette démarche à contrario ne supporte pas les dilutions et les compromissions, puisque chaque tranche de vie s’accompagne d’un défilé de riffs à défriser les BIOHAZARD, et de pulsions rythmiques qui ne doivent rien au hasard. Alors, on pogote évidemment, furieux mais intelligent, d’autant que quelques mélodies et arrangements parviennent à se faufiler entre les crises de rage. Le chant partagé entre les backing de deux messieurs pas très tranquilles et une vocaliste au charme équivalent à son timbre de voix troublant est une idée très travaillée, et non pas un simple gimmick, puisque Marlo Mayhem, la chanteuse en question est capable d’aciduler, de grogner, de feuler, de beugler, apportant une énorme plus-value à l’ensemble qui en sonne d’autant plus particulier. De plus, les bougres se sont offert le luxe d’une production vraiment massive, flattant les graves pour caresser les médiums, et dotant l’axe basse/batterie d’une profondeur inouïe, tout en plaçant les deux guitares aux avant-postes. Alors, ça bastonne, grave, mais ça détonne, parce que le but du jeu est bien évidemment de faire mal, mais autrement qu’en assénant beigne sur beigne histoire de ressembler à un pitbull déchaîné. Même si le groupe peut parfois y faire penser.

Et le tout est une musique qui demande à être écoutée, mais aussi vécue, plus que racontée. Car il est assez difficile de décrire avec des faits le déroulé des évènements, les sections purement Hardcore succédant aux modulations Metal, le tout emballé dans une lourdeur de ton supportant très bien les accélérations. Si celles-ci sont souvent soulignées par une double grosse caisse triggée assez insupportable, elles se travestissent parfois en tensions typiquement NYHC, comme le prouve le début de l’album, qui de sa franchise laisse à présager d’une situation claire. Mais elle l’est beaucoup moins que les apparences, puisque le quintette se permet parfois des fantaisies tirant sur le Mathcore expérimental mélangeant les DEP avec VISION OF DISORDER (« Reckoning »), pour mieux nous troubler de sa pluralité. Alternant les instincts épidermiques et les digressions plus pensées (« When All Else Fails », un rouleau compresseur très convaincant en mid tempo, et assez effrayant vocalement), les APPARITION mettent un point d’honneur à respecter la somme des influences qu’ils ont choisies (MADBALL, SHAI HALUD, ANTHRAX, KREATOR, NUCLEAR ASSAULT, D.R.I., INHUMAN, TESTAMENT, CROWN OF THORNZ, DISTRICT 9, FIRST BLOOD, THICK AS BLOOD, 36 DEADLY FISTS, DYING FETUS, ALL OUT WAR, MARAUDER, BIOHAZARD, MAXIMUM PENALTY, TERROR, TERROR AVE, FULL BLOWN CHAOS, et beaucoup d’autres, comme ils le disent), et associent des chœurs en fight purement NYHC à des plans Metal qui ne sentent pas le compromis, mais bien l’excès d’énergie, pour nous concocter une formule mélangeant la Nitro, le TNT et la poudre à canon, comme le démontre avec fougue « Fold » qui entame les hostilités sans round d’observation. Les trois vocalistes se complètent à merveille, les vocaux féminins se voyant parfois mélodiquement traités comme à la grande époque de SENSER, et les guitares fonçant dans le tas tout en acceptant parfois des chemins détournés.

Alors, on encaisse le choc, abrupt mais vicieux, d’autant plus que le métrage est variable, allant de la paire de minutes aux quatre bien tassées. En version courte le groupe défonce (« Prevail », efficace mais versatile), en version longue il travaille au corps (« Awaken », des relents de la vague Néo-Death scandinave dont ils acceptent le legs), et dans l’entre-deux, il module et varie les climats (« Burning In Effigy », qui refile l’un des plans les plus Mosh de l’histoire), soit un passage en revue de possibilités conséquentes, et d’un talent global n’occultant pas les aspirations individuelles. De fait, Stand Your Ground tient admirablement bien ses positions, et prouve que le NYHC a su évoluer avec son temps, pour s’adapter à des exigences plus modernes sans renier ses fondements. Nous avons même droit à quelques soli Hanneman/King style, et surtout beaucoup de gravité et de pertinence, puisqu’aucun morceau ne sonne surfait ou exagéré, malgré l’énergie incroyable insufflée. On pense même parfois à une forme très personnelle de Thrash downbeaté (« Merciless », une dernière branlée et on va se coucher), mais on accepte volontiers ce point de vue pluriel, qui en une demi-heure vous fait redescendre du ciel. APPARITION, ou l’art de s’imposer dans les mémoires, et de coller une dernière rouste avant les fêtes de fin d’année. Ça devrait vous aider à digérer.                    

 

Titres de l’album :

                         1.Kreepin

                         2.Fold

                         3.When All Else Fails

                         4.Awaken

                         5.Prevail

                         6.The Light Inside

                         7.Reckoning

                         8.Vanity

                         9.Burning in Effigy

                         10.Merciless

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par mortne2001 le 26/01/2019 à 14:45
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https://wickedmetalreview.wixsite.com/wickedmetalreview/post/reptilium-adrenochromacy?fbclid=IwAR3mQiBqH-HFePj2K1w3WrzchVjL2mABPa-drsZ2slIrmbxKotYt1qe3r6g


Ah, effectivement : la pochette est terrible !!


merci pour ton report
Je n'ai pas pû me déplacer pour cette affiche monstrueuse, ce qui rend la lecture douce et cruelle à la fois.


Un produit plastique crée de toutes pièces, sasns identité ni âme. Merci Nuclear Blast de cracher sur le patrimoine.


Seul le premier album était excellent, les 2 autres dont celui-ci de moins en moins bons.