En alchimie mystique, l'acronyme V.I.T.R.I.O.L. se développe en Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem et se traduit par visite l'intérieur de la terre et, en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée. Bien des artistes se sont déjà inspirés du concept, le moindre n’étant pas ABSU, qui lui a même consacré un longue-durée complet en 1993. Les fans d’horreur n’auront sans doute pas oublié le long métrage As Above, So Below, qui traitait aussi du sujet, mais aujourd’hui, c’est du côté de l’Allemagne que nous allons nous recentrer puisque le duo VITRIOL s’est fendu au mois d’avril d’un premier EP officiel, intrigant à bien des abords. Je parlais d’alchimie, car justement, le concept ancien s’accorde formidablement bien de la musique de ces deux étranges musiciens sans identité, se cachant derrière des initiales et des photos promo sombres et opaques. Et à l’écoute de leur musique, on devine que le sens caché de leur démarche artistique réclame la même passion et patience dont ont fait preuve les scientifiques des siècles passés qui cherchaient à décrypter le sens de ces formules absconses, afin de dénicher cette fameuse pierre philosophale censée transformer en or toute matière et conférer des pouvoirs particuliers. Et si cette quête s’est avérée infructueuse des siècles après avoir été entreprise, il vous sera tout aussi difficile de percer à jour le mystère de cette aura sombre et bavaroise, puisque Chrysalis n’offre pas plus de réponse claire qu’un vieux parchemin déniché dans une abbaye en ruines. Mais partant du principe qu’une chrysalide n’est qu’une étape larvaire sur le chemin de la croissance, il n’est donc pas étonnant de constater que cette approche particulière de l’extrême reste assez abstraite, expérimentale, et éventuellement, en gestation.

Il n’est pas étonnant non plus de constater que le label germain Iron Bonehead s’y soit intéressé, puisque cette structure est en quelque sorte l’asile d’aliénés préféré des musiciens les plus bizarres de l’underground. VITRIOL rejoint donc un cheptel déjà abondamment fourni en espèces biscornues, et ne fait rien pour s’extraire du magma dans lequel son optique le plonge. Le duo, en à peine vingt minutes s’évertue à déconstruire le Death Metal le plus primaire pour l’assombrir de Black épais, tout en gardant une vision très personnelle de la chose progressive, nous entraînant alors dans les méandres d’une psyché torturée, ne trouvant le repos que dans la complexité et la débauche de violence sourde. Doté d’une production assez touffue et inextricable, ce premier EP succédant à la démo éponyme de 2016 n’est pas une denrée de troc commune et facile à échanger, et se classe dans la catégorie floue justement des inclassables, entre DODECAHEDRON et l’écurie Satan Records, tout en gardant prise avec une certaine lucidité de ton. Ici, tout n’est pas prétexte à des digressions illogiques et gratuites, et on sent une cohérence dans le propos, qui garde suffisamment de liberté pour ne pas se voir emprisonner par des étiquettes. D’une appréhension assez effrayante, Chrysalis est une sorte d’essai sur la brutalité la moins avouée, empruntant des chemins de biais, osant des inserts mélodiques apaisés pour mieux mettre en exergue sa bestialité de ton, et préférant la forme au fond, à tel point qu’on se demande parfois ce qu’on écoute, sans vraiment avoir besoin de précision. Et sans vouloir jouer de comparaisons qui s’avèreraient aussi utiles qu’une petite cuillère dans un paquebot en train de couler, quelques noms pourraient toutefois vous situer un peu plus précisément les débats, dont celui d’OARE pour rester dans des balises récentes. Mais ce petit indice ne vous sera pas d'une grande utilité au moment d’affronter l’ire énorme de « Swarming Segments, Spirit Splinters of Stellar Dust », qui de ses presque neuf minutes, s’ingénie à brouiller toutes les pistes possibles.

Débutant sous des auspices Ambient, ce morceau d’entame est du genre à flouter encore plus un tableau qu’on avait déjà du mal à discerner, et multiplie les ambiances et les degrés d’intensité. Et c’est après une longue intro inquiétante et subtilement occulte que les choses sérieuses démarrent, les blasts se démenant pour nous décoiffer, tandis que la guitare emprunte des postures purement Black. Puis ensuite, les éléments se mettent en place, déformant un peu plus le spectre, utilisant des arrangements psychédéliques pour mieux nous prendre à revers d’un Black/Death maladif mais ample, le tout grondant d’impulsions en gravité extrême. Quelques soli aménagent un espace d’hystérie dans la plus pure tradition du shredding impulsif et hors de gamme, tandis que les vocaux s’évertuent à instaurer un décorum de possession démoniaque et d’exorcisme tournant très mal. Tout s’enfile à la vitesse du son, le groupe ne souhaitant pas casser le rythme, jusqu’à ce que justement l’ensemble bloque soudain sur un passage en son clair aussi incongru qu’imprévisible, achevant de nimber l’œuvre dans une brume unique et envoutante. Certes, les moins enclins à l’expérimentation parleront de foutoir et d’excuse à une technique balbutiante, doublés d’un sens de la provocation facile, mais ceux étant perméables aux errances créatives les plus ouvertes se laisseront peut-être dériver le long de ces flots contraires, et apprécieront le voyage proposé par le second et gros morceau « Soma Somnambulistic Trance », qui emploie plus ou moins les mêmes recettes en les poussant à leur paroxysme. Intro aussi assourdissante qu’une séance d’accordage d’ABRUPTUM, cymbales qui vrillent les tympans, grondements sismiques, coupure soudaine aussi malsaine qu’un inédit de MAYHEM, avant le choc en chaos frontal et toujours cette dualité vocale semblant émaner du purgatoire le moins fréquentable.

Aussi lent qu’ultrarapide, aussi bordélique qu’agencé, Chrysalis est peut-être plus à prendre comme un exercice de style et de présentation que comme un véritable EP, même si on sent parfois en filigrane une volonté de traduire plusieurs langages extrêmes de concert. Un peu de Blackened Death à la sud-américaine, un peu de déviance expérimentale typiquement US, des digressions sur le Black germain le plus dru, et le tout est finalement assez séduisant, quoi que pas encore suffisamment approfondi pour représenter une référence. Mais un ajout de choix dans la collection d’esthètes d’Iron Bonehead, et une surprise qui pourra laisser aussi indifférent que passionné.   


Titres de l'album :

                         1. Swarming Segments, Spirit Splinters of Stellar Dust

                         2. Soma Somnambulistic Trance

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par mortne2001 le 19/05/2019 à 14:31
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Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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