La suspicion. Vous savez ce sentiment étrange que l’on ressent lorsqu’on pressent une arnaque, un piège, un coup facile qui va forcément foirer. Quelqu’un qui vous approche avec un sourire un peu trop mielleux et une bible dans la main ou un couteau dans le dos, un mensonge pas vraiment déguisé en vérité, et une soi-disant épiphanie qui n’est en fait qu’une roublardise vulgaire comme une autre. Souvent, les maisons de disques essaient de nous vendre un groupe comme le « projet du siècle », « l’addition ultime de la multiplication des talents », « un truc qui n’arrive qu’une seule fois dans une vie ». Soit, un nouveau groupe ou un ancien qui revient, et surtout, des projets fantoches avec des anciens héros qui aimeraient bien le redevenir, ou d’actuels surhommes qui aimeraient qu’on les vénère encore plus, « parce qu’ils sont trop cool ». La dernière fois que j’ai ressenti cette émotion, cette sensation désagréable, c’est en apprenant la formation des WINERY DOGS. Sur le papier encore une fois, ça sonnait vraiment terrible. L’association de trois énormes talents de la scène Hard Rock coutumiers des hybridations en plus, un batteur fantasque, un bassiste de légende et un guitariste/chanteur des plus doués et sous-estimés de sa génération. Ça puait la truanderie dans la buanderie, au milieu des chemises propres et pourtant, ça s’est avéré l’opération séduction la plus probante de ces dix dernières années. Alors, ma méfiance est quelque peu tombée en berne, et je me suis dit que finalement, d’excellents musiciens le restaient, même une fois lâchés entre eux. Et en 2014, lorsque l’éponyme de KMX a été lâché sur le marché, j’avais moins d’appréhension malgré le casting de champions. Excusez-moi, mais savoir dans la même configuration des pointures d’horizons aussi différents que Doug Pinnick (chant / basse), George Lynch (guitares) et Ray Luzier (Batterie), soit le frontman de KING’S X, l’axeman de DOKKEN et le frappeur de KORN, il y avait de quoi avoir des suées. Et pourquoi pas un supergroupe avec Corey Taylor, Warren DeMartini et Chad Smith pendant qu’on y était ? Tout était possible. Mais ce qui était presque certain avec ces trois-là, c’est que seul le meilleur en ressortirait.

Depuis, un second LP, Scatterbrain qui n’a absolument rien atténué du choc frontal, et puis ce petit nouveau, habilement dealé par Frontiers Records, et qui aborde le virage du troisième album avec un détachement qui frise la confiance absolue. Une fois encore, plutôt que de tirer des plans sur la comète, les trois comparses se sont retrouvés en studio pour des impromptus, des jams ininterrompues, histoire de voir encore une fois où tout ça allait les mener. Et s’ils savaient pertinemment que ça les mènerait quelque part, ils n’imaginaient peut-être pas enregistrer le meilleur album de leur jeune carrière de cinq ans. Et le pire, c’est qu’une seule preuve suffit pour souligner cette assertion. L’écoute du title-track, « Circle Of Dolls », avec un pattern de dingue du taré Luzier qui une fois de plus prouve quel immense percussionniste il est. Tribal, animal, il se déhanche pour obliger la basse de Doug à tenter la passe de trois avec la plus grande discrétion, alors que les riffs du grand George sortent les dents sur fond de chœurs d’église remerciant les cieux pour tant d’inspiration. Et il eut été difficile de s’attendre à une telle goulée de feeling après avoir encaissé le choc terrible de « War of Words » en ouverture. Sorte de mélange entre « Oblivion » de THE WINERY DOGS et « Hot For Teacher » de VAN HALEN revu et corrigé sauce alternative des années 90, ce premier uppercut en dit long sur la rage tranquille qui animait le trio en studio. Pourtant les trois potes en répète ne se prennent pas la tête, ni ne se la cognent contre les murs. Lynch se pointe, tente des trucs, tricote des plans, en attendant que la section rythmique se greffe dessus. On capte le tout, on y ajoute évidemment le chant, ce chant plein de Soul de Pinnick, George revient traficoter deux ou trois soli, et l’affaire est pesée. Et celle soulevée par Circle of Dolls est lourde, très lourde, certainement la plus dense que la cour a eu à traiter depuis des années lors du procès de supergroupes fumistes ne l’étant pas du tout. Sauf que KXM est un supergroupe dans le sens le plus littéral du terme, et non une addition d’égo boursouflés. Un supergroupe qui propose de superchansons, une superinterprétation, et une superattitude. Parce que franchement, qui de nos jours est capable d’enregistrer à la volée, presque par hasard un petit bijou comme « Time Flies », qui réconcilie RUSH et les WARRIOR SOUL ? Pas grand monde en effet, ou peut-être BLACK COUNTRY COMMUNION et les BLACK STAR RIDERS entre deux sessions. Et encore…

Tout dans cet album respire la joie de jouer, l’absence de tracas, la simplicité dans la complexité (et Lynch se lâche encore de ce côté-là…), le plaisir de se retrouver entre deux obligations plus figées et contractuelles sans que personne ne vous attende au tournant. Ce qui permet de naviguer à vue entre l’ambition et la décontraction, et d’oser des trucs plus progressifs, comme ce « Twice », qu’on écoute deux fois pour bien en comprendre toute la richesse des textures. Pourtant, l’album est long, très long, noyé au milieu d’une vague old-school revenue à des standards de concision, et les sacro-saintes quarante minutes de timing. Mais un album qui adopte la longueur de Hysteria, et qui blinde ses chapitres de morceaux presque Gospel/Heavy comme « Big As The Sun » peut tout se permettre, surtout en remettant au goût du jour le sens aventureux de la fusion des années 90. Celles-là même qui ont noyé DOKKEN dans le torrent de l’opportunisme et des rabibochages/engueulades définitives et qui ont achevé de faire de KING’S X un groupe culte, mais maudit. Les chœurs, très travaillés, confèrent une aura presque christique de prêcheur en quête de rédemption à la voix de Doug, sensation que la batterie chamanique de Ray renforce de ses finesses et autres impulsions tribales. On sent que le batteur est heureux de pouvoir proposer autre chose que ses boulets de canon chez KORN, et il se détend complètement de la baguette, osant des plans que bon nombre de ses collègues pourraient lui envier, comme ce « Vessel of Destruction » qui lui offre quatre bras pour toucher un peu à tout le matos d’un seul coup. Circle of Dolls de fait, est l’album de la confirmation, mais aussi celui de la diversité, presque à tout prix, presque obligatoire. On passe d’une traduction Heavy de Hard Rock béni à des mélanges contre-nature, sur le grandiloquent « A Day Without Me », qu’on imagine chanté par Coverdale et joué par Doug Aldrich avec le soutien du New Orleans Volunteer Orchestra. Religieux, ce troisième LP l’est, dans sa grandeur et son humilité. Il est une prière adressée aux Dieux du Rock pour les remercier de tout ce talent étalé à la face d’un monde qui détale.

Plus objectivement et simplement, on reste captivé de penser que tout cela résulte d’une simple rencontre, d’un échange sur le pouce. Lorsqu’on écoute « Wide Awake », on se dit que QUEENSRYCHE aurait mis des mois à le peaufiner en studio. « Shadow Lover » complique les choses de ses mesures mais ne tombe jamais dans le piège de la démonstration en fatuité. George est allé chercher au plus profond de lui-même de quoi alimenter la machine, mais n’en fait jamais trop, arrête ses soli pile quand il faut, et Doug n’essaie pas de pousser sa voix pour sonner plus vrai. Et lorsque les trois s’abandonnent à leur propre liberté, ça donne des sinuosités comme « Cold Sweats », planqué en fin de métrage, mais essentiel dans son mélange de ténèbres et de lumière. Enfin bref, et avec une beauté comme « The Border » en épilogue, on comprend que finalement, la suspicion, ça a du bon. Parce qu’une fois les doutes mis au placard, on peut se laisser aller à croire que les plus grands musiciens sont aussi les plus inspirés. Parfois, de temps en temps. Aujourd’hui.  

      

Titres de l’album :

                           01. War of Words

                           02. Mind Swamp

                           03. Circle Of Dolls

                           04. Lightning

                           05. Time Flies

                           06. Twice

                           07. Big As The Sun

                           08. Vessel of Destruction

                           09. A Day Without Me

                           10. Wide Awake

                           11. Shadow Lover

                           12. Cold Sweats

                           13. The Border

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par mortne2001 le 29/09/2019 à 14:56
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Très belle pochette.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

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