Tales of Inevitable Death

Soulemission

31/10/2016

Black Lion Records

Dimanche matin, sommeil insuffisant, humeur maussade à l’image d’un ciel gris qui refuse de laisser filtrer le soleil…(Deuxième partie).

Il semblerait que le BM soit le compagnon idéal de ces matinées à l’étoile de l’espoir aussi pale que les rayons du soleil inexistants, puisque je me retrouve encore plongé dans ses méandres lugubres et occultes…Cette fois-ci, c’est bien à un groupe à qui j’ai affaire, et non à un projet, puisque le collectif SOULEMISSION se présente sous la forme d’un trio, soutenu pour l’occasion par un batteur de session.

SOULEMISSION, ce sont à l’origine deux hommes, Benny (guitare et basse) et Roel (guitare), précédemment acteurs de l’underground au sein de PROSTITURE DISFIGUREMENT et CIRITH GORGOR. Vite rejoints par le vocaliste Michel, les trois hommes se lancent alors dans la composition de leur premier long durant l’hiver 2014/2015, travail trouvant donc sa concrétisation depuis la fin du mois d’octobre dans les sillons de ce Tales of Inevitable Death, qui effectivement, trouve son essence dans les fondamentaux de la mort.

Le but initial de Benny et Roel ? Jouer la musique la plus abrasive possible, en se nourrissant des influences basiques du Death et du Black des nineties, l’essence originale qui a permis aux groupes de la vague nordique d’incarner la genèse d’un style qui aujourd’hui, trouve encore un écho indéniable chez la jeune génération.

En résulte un disque qui ne cherche pas à surprendre, mais plutôt à retrouver les sensations éprouvées à l’orée d’un déferlement de haine qui a contaminé le monde entier, du nord des Etats-Unis au sud de l’Asie.

Eux viennent des Pays-Bas, d’Eindhoven plus précisément, mais leur mélange de BM et de Death primal pourrait tout aussi bien être américain ou polonais, puisque les frontières n’ont que peu d’importance dans ce cas précis.

Difficile de dégager des influences claires tant l’approche est générique, et rappelle autant les agressions ambitieuses d’EMPEROR que la sécheresse mélodique de MAYHEM. Si l’option générique tire plutôt vers le Black classique que vers le Death putride, ça n’empêche nullement le trio de jouer crânement sa carte de métissage,  qui ramène parfois à notre mémoire le meilleur CRADLE (entendez celui des débuts, avant que Dani ne se fasse prendre en photo en faisant la vaisselle…), expurgé de ses artifices faussement gothiques superflus (« Luciferian Blood Orders »).

Le trio n’a pas cherché Lilith à quatorze heurts, et se contente d’appliquer avec ferveur des recettes éprouvées depuis deux ou trois décennies. Si leur Black se veut modéré et somme toute assez médian, il n’en reste pas moins efficace, et truffé de petites idées lui apportant une dynamique séduisante. Ainsi, certains soli typiquement Heavy Metal viennent aérer des structures très compressées («Seas of Emptiness », qui nous offre un joli featuring de Niklas Kvarforth de SHINING, et qui fleure bon le métissage MORBID ANGEL/MARDUK), et quelques mélodies douces et agréables se font une petite place dans le marasme ambiant (l’intro délicate et acoustique de l’implacable « Endless Grief » qui mérite son nom sans hésitation). Ce même morceau n’hésite d’ailleurs pas à alterner les tourbillons de blasts et les parties Heavy plus posées, pour une succession de plans complémentaires qui évitent la redondance trop prononcée.

 

Il n’est d’ailleurs pas interdit de penser à un DISSECTION période Storm Of The Lights Bane par moments, pour cette façon d’insuffler des harmonies au sein d’un ensemble de riffs trapus et diffus (« Where Fallen Angels Dare », au titre aussi évocateur de l’inspiration de Jon Nödtveidt, et dont la progression rappelle les meilleurs moments de la discographie de feu le leader suédois), et finalement, c’est dans ce classicisme pas si premier degré qu’il n’y parait que SOULEMISSION trouve sa plénitude la plus équilibrée. En admettant des inserts Heavy dans un maelstrom de colère Black, le trio parvient à un bel équilibre de ton, toujours agressif, mais pas bêtement frondeur et gratuitement bruyant.

Sans vraiment chercher à révolutionner des genres qu’il respecte trop, SOULEMISSION se permet quelques audaces bien senties, qui permettent une écoute souple et toujours prompte à réserver des rebondissements discrets, mais efficaces.  

Tales of Inevitable Death propose donc une mort douce, qui s’achève même avant l’extrême onction par un instrumental de toute beauté qui rappelle un peu le « In Remembrance » du Blessed Are The Sick de qui-vous-savez (« Perished Entity »), avant que le prêtre du mal n’appose ses mains lors du long final « Glorification of Elimination », qui débute pourtant sous des auspices rassurants d’harmonies électriques et acoustiques.

Point d’orgue d’un premier LP qui ne ménage pas ses efforts, cet ultime titre synthétise la formule établie par les Hollandais, et joue une fois de plus le jeu du chaud et du froid, parvenant à atteindre des températures infernales tout en restant près de couches de glaces compactes.

Ballet d’idées ininterrompu, ce dernier morceau se permet une incursion ARCH ENEMY dans un contexte MAYHEM et ose la confrontation entre des guitares Heavy/Death et une rythmique purement BM, le tout supervisé par un chant rauque et incantatoire, dans la plus grande tradition des Ihsahn et autres Maniac.

Rien de nouveau sous le soleil noir, mais une belle tranche de vie qui ose l’ambivalence, sans jamais manquer de pertinence. S’il est vrai que Tales of Inevitable Death se satisfait très bien de postulats édictés il y a des années, il en met à profit ses enseignements pour en tirer sa propre philosophie, comme le démontre son final des dernières minutes qui nous emporte dans l’au-delà par l’intervention de couches de chœurs juxtaposés sonnant enfin le tocsin libérateur.

Le disque fini, il ne reste plus qu’à le remettre pour repartir explorer les confins de la vie après la mort, que les SOULEMISSION ont illustrée musicalement avec formalisme, mais sans renier leur sens de l’aventure, encore un peu timide, mais qui ne demande qu’à murir.

Un LP pour les fans nostalgiques d’une musique brutale mais romantique par aspects, et qui transforme la fin d’une vie en début d’une existence spirituelle beaucoup plus riche.

 Sur la partition en tout cas.


Titres de l'album:

  1. Bellum Omnium Contra Omnes
  2. March against the Storm
  3. Luciferian Blood Orders
  4. Seas of Emptiness
  5. Where Fallen Angels Dare
  6. Endless Grief
  7. Perished Entity (Instrumental)
  8. Glorification of Elimination

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par mortne2001 le 28/11/2016 à 18:38
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