The Songs of the Death

Путь

15/08/2020

Antiq Records

Encore un beau cadeau de la part de notre label national Antiq Records, qui a décidément une optique très puriste apte à satisfaire les fans de BM les plus exigeants de la planète. Aujourd’hui, le label angevin exhume une pépite d’un passé très proche, et propose une réédition du premier LP des russes de ПУТЬ, initialement mis sur le marché en 2018 en digital sur Youtube, puis édité en CD par Depths of Void l’année suivante. Avec plus de six-cent mille vues sur la plateforme vidéo, cet album avait fait beaucoup de bruit au sens propre comme au figuré, et devenu épuisé depuis longtemps en support physique, il était temps de lui offrir une troisième existence, en format de luxe. C’est ainsi que The Songs of the Death connaît une nouvelle existence dans un superbe digipack, dont une édition accompagnée d’un patch, mais ne soyez pas dupe. Au-delà de sa sublime pochette et de ce petit artifice marketing, c’est bien la musique qui se cache en ces sillons numériques qui vaut le détour. Fondé en 2013 en tant que one-man-project par Dmitry Yakovlev, ПУТЬ a fini par devenir un véritable groupe en 2017 avec l’adjonction de cinq musiciens complémentaires, juste avant l’enregistrement de ce fameux premier album. C’est ainsi que Dmitry a intégré à son projet Artem Mnatsakanyan (accordéon), Maxim Markelov (basse), Nikita Platonov (batterie), Mark Shamchinskiy (guitare) et Andrey Kovalev (chant), pour proposer au public underground une vision plus ambitieuse de son concept Post Black, qui s’incarne autour d’une philosophie très ouverte et parfois contemplative, permettant l’insertion d’un instrument aussi incongru et folklorique que l’accordéon dans un contexte de violence mélodique crue. Mais on le sait, le Black n’hésite jamais à aller chercher dans la tradition de quoi faire évoluer son imagination, et concrètement, The Songs of the Death est certainement l’un des plus beaux et fascinants albums du cru de ses dix dernières années.

Ce premier album, considérant le parcours atypique du groupe dont il est né, est saisissant de maturité. L’expression est évidemment un peu cliché employée dans le contexte d’une chronique, mais en sachant que Dmitry Yakovlev a porté le concept sur ses seules épaules pendant des années, et que le sextet au complet n’a eu qu’une année pour assurer la gestation, on reste pantois face à cette démonstration de force mélodique d’une intelligence rare. Mais ce premier album est de ceux qui nécessitent de nombreuses écoutes pour être appréhendés à leur juste valeur, et avec des compositions dépassant souvent les sept minutes, il n’est pas incongru de parler de BM épique, voire progressif, sans que l’ensemble n’en pâtisse au niveau de sa puissance. La recette utilisée est faussement simple. Un thème principal, comme pour le Jazz, et des digressions qui sont tout sauf de l’improvisation, et qui utilisent les harmonies pour dessiner des textures et des couches, fascinantes, hypnotiques, et si souvent dans le Black l’instrumentation folklorique est utilisée comme gimmick, elle fait ici partie intégrante de la violence explicite, et ne se contente pas du rôle ingrat d’arrangement iconoclaste.

Avant de découvrir de quoi il en retourne, voici quelques pistes que le site Metal Archives vous propose pour ne pas vous perdre en amont dans ce mystère musical. La référence du web n’hésite pas à comparer les russes à des icônes bien établies, et cite DRUDKH, PANOPTICON, WINDIR, ALCEST, GRIMA, AGALLOCH ou HERMOÐR, même si ces comparaisons ne sont que des balises floues au moment de situer l’optique des originaires de Pskov. Bien sûr, The Songs of the Death n’est pas l’album le plus innovant que vous pourrez découvrir cette année. Il ne joue pas dans la cour des avant-gardistes, reste prudent dans ses expérimentations, et s’en remet plus souvent au BM des années nordiques qu’au Post Metal américain de ces dernières années. Mais avec de nombreux breaks harmoniques, des cassures intelligemment placées, et une propension à continuer les travaux entrepris par DISSECTION, il représente une somme de travail énorme, et ose parfois des figures tout sauf imposées, comme ce passage lent et sombre sur « Прометей » qui ose des saccades typiques du Thrash. Chaque morceau est évidemment relié au précédent et au suivant, et si la cohérence est de mise, on note un souci du détail qui pousse à classer les ПУТЬ (prononcer PUT, pour Path, ou Pathway en langue anglaise) dans la catégorie des esthètes perfectionnistes. Malgré un timing plus qu’étiré, ce premier LP ne lasse jamais de ses choix, et si l’on sent que les parties d’accordéon sont assez similaires d’un titre à l’autre, on apprécie cette couche de notes qui vient alléger le maelstrom de premier plan.

Violent, ce disque l’est assurément, mais doté d’une énorme production qui permet à chaque instrument de se faire une place honorable. Le chant, souvent doublé dans la tradition de CRADLE OF FILTH alterne les cris perçants et les grondements malsains, et lorsque la brutalité atteint un pic d’intensité, le résultat est prenant et assourdissant (« Над гробом ветхим »). Les morceaux de bravoure sont nombreux, et même si certaines idées auraient pu être concentrées en quelques minutes de moins, on reste admiratif de l’audace des inserts les plus longs, qui semblent raconter des légendes russes traditionnelles, avec bruit de la mer et riff lancinant évoquant les mouvements de l’eau (« В чертоге белом »). Tout aussi BM fondamental qu’il ne sait être Doom, ПУТЬ construit sa propre histoire et nous délivre un disque qu’on se plaît à croire concept, comme un conte ancien émergeant de la mer du temps pour revenir à la terre de la mémoire. Ne se contentant pas d’une charge unidimensionnelle ou d’une simple alternance entre bestialité et nostalgie, le groupe propose des titres aux soli mélodiques et mémorisables (« Волос твоих пепел, Рахиль »), et achève même son parcours d’un diptyque magnifique qui nous accueille avec force cordes acoustiques et basse ronde et parcimonieuse. Les deux derniers chapitres de The Songs of the Death forment donc une longue suite évolutive dont l’intro de toute beauté permet à l’accordéon de rivaliser avec les percussions, tandis que l’harmonie d’arrière-plan, un peu amère, nous entraîne vers d’autres horizons. « Культ I – огни далеких холмов » offre ainsi un long crescendo coupé en son milieu, rappelant le MAYHEM le plus culoté, alors que « Культ II – Сатурн » revient dans le giron de la violence la plus crue et symptomatique du MARDUK de Legion.

Dense, complexe, riche, enivrant, ce premier album méritait bien une réédition à la hauteur de ses ambitions, et Antiq Records fait encore une fois son job en exhumant des œuvres du passé (plus ou moins proche), que les esthètes ont peut-être négligées en leur temps.      

                       

Titres de l'album :

01. Эпитафия

02. Так пела метель

03. Кости первых

04. Прометей

05. Над гробом ветхим

06. Цветы зла

07. В чертоге белом

08. Волос твоих пепел, Рахиль

09. Культ I – огни далеких холмов

10. Культ II – Сатурн


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par mortne2001 le 29/08/2020 à 14:18
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