Attaquons nous à la scène italienne des années 80, qui comme tout le monde le sait n’était pas l’une des plus prolifiques d’Europe. Mais comme tant d’autres, plus anecdotique que ses homologues espagnole, anglaise et évidemment allemande, elle n’en a pas moins produit des groupes dignes d’intérêt, dont certains ont réussi à passer l’épreuve du temps, sans toutefois connaître un parcours linéaire. C’est ainsi que j’aborderai ce matin le cas éminemment particulier des originaires de Bologne de CRYING STEEL, qui de leur baptême à leur musique évoquent une frange assez précise de l’univers Metal, se cantonnant à ses aspects les plus classiques mais néanmoins efficaces. Si ce nom connoté vous dit quelque chose, c’est certainement parce que l’origine du groupe ne remonte pas à hier. Fondé en 1982, le combo est resté plus ou moins actif jusqu’en 1987, voire au début des années 90 avant de jeter l’éponge au coin du ring, par faute de motivation de certains de ses membres et autres anecdotes plus ou moins importantes. Responsables à l’orée de cette décennie passée d’un nombre conséquent de démos (quatre entre 1982 et 1985, plus une en 1986), d’un EP (éponyme, en 1985), et finalement d’un premier longue durée sur le label LM Records (On The Prowl, qui atteint depuis des sommes indécentes dans sa version CD d’origine), les CRYING STEEL ont souvent été considérés comme partie prenante de la New Wave of Italian Heavy Metal, qui se voulait plus ou moins l’équivalent transalpin de la Second Wave of American Heavy Metal, défendant des valeurs de tradition, et surtout, l’efficacité d’un Metal en fusion. Mais après des années de disette dans les nineties, les amis de Bologne ont donc remis le couvert à l’occasion de diverses invitations à des festivals, avant de se reformer de façon plus formelle, et d’accoucher d’une triplette d’albums aussi traditionnels que fantastiques.

Aujourd’hui hébergés par l’écurie allemande de Pride & Joy Music, ils nous offrent donc le troisième volet de leurs aventures post-reformation. Toujours obsédés par l’acier au point de placer le mot à chaque intervention, le quintette nous en revient donc après The Steel Is Back ! en 2007 et Time Stands Steel en 2013, plus décidé que jamais à mettre la planète Hard’n’Heavy à feu et à sang, et à tremper dans le fer leur plume pleine d’allant. Et cette fois-ci, le destin pourrait grandement leur faciliter la tâche et les sortir de l’ombre pour leur offrir une exposition au grand public, tant ce Stay Steel (décidément…) peut aisément passer pour l’un des plus grands classiques du genre signé après son âge d’or. Comptant désormais dans ses rangs le talent incroyable du vocaliste Tony Mills, que l’on a connu flamboyant au sein de SHY et TNT, CRYING STEEL s’est senti pousser des ailes et nous a troussé douze hymnes à l’électricité, se permettant de multiples clins d’œil ludiques sans pour autant perdre son identité. Au-delà de ses qualités intrinsèques, indéniables, Stay Steel se pose d’abord en postulat d’évidence. Parmi toute cette déferlante de groupe fascinés (voire obsédés) par la nostalgie et les sonorités vintage, seuls ceux qui ont connu en temps et en heure le souffle torride du Heavy Metal dominant parviennent à signer les albums les plus convaincants. Ce qui n’est pas si anormal que ça d’ailleurs, ayant baigné dans ce climat dès leur plus jeune âge, et en connaissant tous les tenants et aboutissants, sans chercher à copier, mais bien à perpétrer. Et ce quatrième longue-durée des italiens est là pour étayer cette conclusion, ne commettant aucune faute de goût, et s’autorisant même un sans-faute assez éblouissant sans chercher l’économie ou la facilité d’un pilotage automatique calé sur les souvenirs. Autant l’admettre, la prise de fonction de Tony Mills ajoute une méchante plus-value à une œuvre déjà bien solide. La voix du blondinet enflammé est toujours aussi puissante, aigue et lyrique, et lorsque toutes les composantes entrent en jeu, le festival est fameux, couvrant un spectre allant du Hard Rock le plus racé au Heavy le plus sincère et effilé. Profitant d’une production extraordinaire, gonflant les entournures sans sombrer dans la démesure, Stay Steel est un petit manuel à l’usage d’une réactualisation des standards dans un contexte contemporain, et se hisse à la hauteur des mètres-étalons du genre, tel le dernier PRAYING MANTIS qui abattait plus ou moins les mêmes cartes.

Si l’inspiration des 80’s n’a pas cédé la place à un malheureux opportunisme, on sent bien que le quintette (Tony Mills - chant, Lucas Ferri - batterie, Angelo Franchini - basse, JJ Frati & Franco Nipoti - guitares) a souhaité adapter ses vues à une modernité fort bien dosée. Et dès le classique instantané « Hammerfall », au titre cliché mais aux envolées burnées, le ton est donné, et le Heavy pur est prôné. Rythmique d’acier, riffs d’airain et chant tout en envolées, l’entrée en matière est dantesque, et évoque une translation de la magie du DEEP PURPLE des 70’s vers la furie d’un STRATOVARIUS des 90’s. On pense même à ce moment-là à une adaptation des canons du QUEENSRYCHE d’Operation Mindcrime (« Spreading The Disease » n’est jamais très loin dans les mémoires…) dans un contexte moins figé, ce que confirme immédiatement le plus posé mais pas moins concerné « The Killer Inside ». GOTTHARD, SAXON, toutes les influences y passent, mais il serait malhonnête d’oublier que les italiens étaient là eux aussi lorsque tout a éclaté, et il convient donc de rendre à César ce qui lui appartient. Le timbre de voix de Tony, toujours aussi pur, adopte les circonvolutions de Geoff Tate pour une digression sur l’un des Metal les plus authentiques, et même si l’ensemble dégage un fort parfum déjà abondamment humé, il exhale de ces premiers morceaux une telle énergie et une telle envie, qu’on fait rapidement abstraction de tout grief de répétition. Et comme pour bien marquer le coup, « Speed Of Light » durcit le ton, et se met à la colle avec un Hard-Rock typiquement allemand, développant un riff des plus entêtants, sans perdre de vue la mélodie qui permet d’alléger des parties rythmiques assez appuyées. On se dit que ce Metal ressemble méchamment à un AOR durci revenu de l’enfer, avant que le dramatique « Born In The Fire » ne vienne tempérer les débats en suggérant quelques amitiés perdues avec Ronnie James et Jorn Lande.

Variété dans les obsessions, légèreté et emphase de fond, Stay Steel refuse le statisme et évite les clichés, dominant du refrain et des couplets des citations typiquement ricaines (« Blackout »), pour mieux revenir dans le giron d’un Hard Rock carton (« Raise Your Hell » et son refrain collant et gluant comme un gimmick de TNT). Niaiserie au placard, clous au rencard, mais allégeance indéfectible qui pulse et reflue les vagues successives de Heavy intrépide (« Crank It Up », subtil mélange de radiophonie US et de puissance européenne), le tout secoué d’accès de colère (« Sail The Brave », speed comme un navire à la dérive), ou de tempérance de romance de fer (« Warriors »). C’est beau, c’est chaud, et c’est finalement un témoignage assez poignant d’une passion qui défie le temps et ne nous fait pas perdre le nôtre. Mais après tout, l’acier inoxydable reste une comparaison valable, et inutile de dire que le fer dans lequel les CRYING STEEL ne risque pas de rouiller.                     

   

Titres de l'album:

                        1. Hammerfall

                        2. The Killer Inside

                        3. Speed Of Light

                        4. Born In The Fire

                        5. Blackout

                        6. Barricades

                        7. Raise Your Hell

                        8. Crank It Up

                        9. Sail The Brave

                        10. Name Of The Father

                        11. Warriors

                        12. Road To Glory

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par mortne2001 le 30/06/2018 à 14:16
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