Vous êtes là, au milieu de nulle part, en voyage aux confins d’un ailleurs, et vous chargez une bobine dans votre caméra…Avec de bonnes relations, ou par des connaissances un peu louches, vous avez pu vous procurer un film de quarante-cinq minutes au lieu des quinze ou treize habituelles pour fixer un morceau de temps plus conséquent. Non pas parce que TOUT est important, mais parce qu’il ne faudrait justement pas rater ce petit détail qui va rendre votre périple différent…Mais quel périple finalement ? Celui qui est supposé vous donner les clés du sens de la vie, celui après qui tout le monde court plus ou moins ? Non, celui destiné à vous faire rencontrer des gens différents, qui ont une approche du temps autre de la vôtre, qui savent apprécier ces instants fugaces entre deux aéroports, ces cafés bus dans un bar un peu cheap, mais qui de sa fenêtre domine la solitude des paysages fixés par le passé…Un passé qui connaît le présent, mais qui choisit de l’occulter, puisqu’il est obsolète dès qu’il est vécu et prononcé…

Cette bande de film, sonore évidemment, les mouvements n’ayant finalement pas beaucoup d’importance, c’est ce qui a permis au duo franco-américain de LUX de fixer le témoignage d’un premier album qui finalement, ressemble à beaucoup de premiers albums sans vraiment en être un. On y sent une maturité incroyable, une envie d’errance parfaitement justifiée par les anciens boulots qui vous faisaient bouffer, mais qui vous ont donné une soif de liberté que rien ne semble pouvoir épancher. Un genre de trip à la Kerouac, pas à la Kesey non, pas besoin d’altérer la réalité pour la voir différemment, et surtout, des vignettes de villes à la dérive, de villes qui laissent l’avenir s’éroder…

Mais concrètement, LUX, avant d’être un trip ultime entre Paris et New-York, c’est une association, presque improbable, entre un musicien qui s’est fait les dents sur un répertoire qui n’était pas le sien, et une vocaliste/auteur qui joue avec les mots et les ambiances d’une voix fragile, témoignage d’un legs purement US de composers qui connaissent leur pays comme personne. D’un côté donc, le guitariste de Blues/Rock Sylvain Laforge, qui a largement arpenté les scènes aux côtés des RITA, puis de Catherine Ringer alone. Un mec qui connaît la Nouvelle-Orléans et son vocable par cœur, et qui jusqu’ici, mettait le sien au service des autres avant de devenir la tête pensante de son propre projet. De l’autre, Angela Randall, chanteuse, auteure, qui racontait jusqu’à lors l’existence d’une américaine pas si lambda que ça…Le duo, une fois fermement formé, s’est laissé entraîner dans sa propre folie musicale, et nous a proposé un EP, riche de guitares en étincelles, et de nappes vocales substantielles…Des concerts, et un premier LP, enfin disponible, gorgé de ce qu’ils appellent avec tendresse du Velvet Rock, pour cette douceur et cette chaleur qui réchauffent et éclairent même dans les nuits les plus noires…En faisant confiance une fois encore à Peter Deimel (THE KILLS, ANNA CALVI, THE LAST SHADOW PUPPETS) en tant que directeur artistique, et en refranchissant les portes des studios Black Box, le duo a fait le bon choix, et livre avec Super 8 l’un des carnets de voyage le plus pur qui soit, gorgé de feeling US jusqu’au bout de la pellicule, et qui nous livre ses étapes et expériences avec douceur, avec rage, avec courage et honneur, sans chercher à travestir la réalité, ni à la déformer pour la rendre plus romantique…

Ce disque, c’est un disque au grain assez gros, comme imprimé d’un film un peu passé, resté trop longtemps sur une étagère, en état vierge, et qu’un homme + une femme ont décidé d’imprimer avant qu’il ne soit jeté. Un disque qui caresse mais qui démange aussi d’une patine abrasive et sans concession, réfutant le présent, trop moderne et superficiel à leur goût…Un disque qui paie son tribut à l’histoire de la musique US du vingtième siècle, et qui parle tout autant de Bonnie Raitt que de Tom Petty, tout en multipliant les allusions aux R.E.M., Jackson Browne, et finalement, tous ceux qui se sont retrouvés porte-parole d’une génération ou d’une autre, mais qui ont collé au réalisme de leurs sentiments, qu’ils ont livré crus, mais poétisés…

Un disque assemblé de deux faces de vinyle, pour faire comme avant, lorsqu’il fallait retourner les faces pour suivre l’histoire. Et cette histoire-là, c’est celle qui unit un guitariste au talent énorme et une vocaliste à la sensibilité pudique, qui de son timbre réconcilie Nathalie Merchant et Sarah McLachalan dans un même élan de poésie personnelle…Lors des nombreux arrêts du périple Super 8, on croit reconnaître des visages et des figures, celles des 10.000 MANIACS, des COWBOY JUNKIES, mais aussi le spectre d’un VELVET apaisé, enfin, un énorme pan de la culture d’outre-Atlantique à laquelle Sylvain s’est volontiers plié, de ses inclinaisons, mais aussi de son jeu qui en a adapté la clarté des accords en son clair et des soli gardés primitifs et lâchés dans une crise de colère Rock (« While Waiting »).    

On pourrait d’ailleurs tout autant parler d’humeurs que de chansons, des humeurs changeantes, selon la journée charmante qui s’annonce, privilégiant une paresse matinale devant un café chaud et une part de tarte aux pommes (« Horse », au déhanché AMERICA prononcé), puis quelques mouvements chaloupés pour enfin bouger sans trop se presser (« Hijack » DEL AMITRI revu et corrigé Athens sans avoir l’air d’y toucher), enfin, un quotidien, mais un autre, pas celui qui nous mène du lit au métro, celui qui nous laisse tirer les rideaux d’une chambre de motel un peu miteux, sans vraiment savoir si on attend mieux. De la vie, et des autres…Alors on sonde, on interroge ceux qu’on rencontre, pour savoir si leur Amérique est elle aussi coincée dans les arcanes du passé, jusqu’à ce qu’ils vous montrent leur propres films fait maison, encombrés de claps et autres manifestations collégiales qui mettent l’emphase sur la joie (« Super 8 », beat sexy pour Blues moderne et plus enjoué qu’assombri), et puis on tombe sur la carcasse dégingandée de Michael Stipe, qui vous raconte le regard délavé ses lonely days passés à écouter les college radios en se demandant si son R.E.M allait finir par y passer (« Damaged », les blessures d’une jeunesse en guitare déchirée de riffs enragés, et l’âge adulte qui a du mal à s’imposer via une basse ronflante mais décomplexée).

Et puis de petites choses, plus étranges, aux arrangements qui flangent, pour une mémoire qui flanche (« I Am A Martian », comme si le Bowie de début de carrière était tombé par précognition sur un album des B 52’s, raconté par Mick Fleetwood), et un final qui se révèle tard la nuit, lorsque les derniers réverbères meurent d’ennui (« Liquid And Fire », chanté par une voix masculine un peu résignée, mais sublimé d’une slide évaporée, un peu Chris Isaak dégoûté de ne pas avoir compris le Blues…).

Alors, cette guitare, qui nous fait tanguer, qui nous émeut et qui n’a de cesse de nous embraser, et cette voix féminine si fragile dans sa force et si subtile dans sa persuasion, quelle combinaison…Le duo LUX avec Super 8 nous offre le film intimiste d’une génération, celui qu’on écoutera/regardera dans vingt ans, entre initiés, pour se rappeler d’un trip que l’on a fait sans vraiment bouger…Un trip sans bagages commencé à Paris mais fini sur d’autres rivages, dans une Amérique de démesure qui a peut-être oublié ses bleds paumés, fauchés par le chômage ou l’usure. New-York ou ailleurs ?

Ailleurs, là où l’on ne croisera pas le fantôme d’un Lou Reed qui nous les brisera avec ses urbanismes déprimants. Parce que LUX, c’est la lumière, du soleil et des néons, et celle d’une musique qui donne le frisson…


Titres de l'album:

  1. Horse
  2. Hijack
  3. Super 8
  4. Rough Translation
  5. Damaged
  6. Island
  7. While Waiting
  8. Runaway Lights
  9. I Am A Martian
  10. Liquid And Fire

Site officiel


par mortne2001 le 08/10/2017 à 17:11
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Le "renouveau" n'aura pas duré longtemps en effet...


Du death métal on ne peut plus classique mais les morceaux en écoute sont vraiment bons.

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Excellents extraits, comme vous les gars. Voilà un type qui se bonifie avec le temps, sans perdre son agressivité. Un sent une progression à travers ses albums, il est à parier que celui-ci ne fera pas tâche (le riffing de "Luciferian Sovranty" fait mal aux dents).


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