Que le hasard est parfois charmant…Autant il nous joue parfois des tours pendables, autant il peut se montrer étonnamment coopératif de temps à autres, spécialement lorsque son calendrier fait coïncider deux surprises à quelques jours d’intervalle. C’est ainsi qu’il a placé en deux occurrences Seattle sur ma route cette semaine, la première fois en me permettant de retrouver le chemin menant au Heavy racé des FIFTH ANGEL, et la seconde en me ramenant dans les couloirs du château d’HEIR APPARENT, deux de mes groupes cultes parmi les légendes les plus tenaces de ma jeunesse. Pensez-donc, c’était hier, ou avant-hier, lorsque je découvrais dans les pages d’Enfer Magazine la pochette du chef d’œuvre intemporel Graceful Inheritance, me triturant le cerveau pour décrypter les dithyrambes auxquels avait droit ce groupe étrange à la musique encore inconnue de mes oreilles…Mais dès qu’elles se furent posées sur l’album en question, la place n’était plus au doute. Ce groupe allait devenir à égalité avec QUEENSRYCHE ma référence personnelle de la préciosité instrumentale, et l’un des trésors les mieux gardés de ma discographie encore naissante…Ce Metal étrange, perméable aux sonorités progressives et semblant émaner d’un autre temps, ce jeu de guitare unique et si facilement reconnaissable, ce lyrisme tout en retenue et en classe internationale…Tous ceux ayant connu ce moment de magie ultime s’en souviennent encore, même si trois ans plus tard, certains modérèrent leur enthousiasme à la sortie du plus controversé One Small Voice…Alors hébergé chez Metal Blade, le groupe avait quelque peu changé de visage, semblant rentrer dans le rang, et paraissant crouler sous le poids des responsabilités, rejoignant le clan des suiveurs plutôt que de rester dans celui des leaders…Si bien évidemment j’avais trouvé ce second chapitre moins séduisant que le premier, puisque plus classique et maîtrisé, je n’en avais pas moins gardé une place au chaud dans mon cœur pour ce groupe qui finalement, n’avait aucun équivalent sur la scène mondiale…

Alors, à l’instar de leur voisins et amis de FIFTH ANGEL, les HEIR APPARENT ont remis le couvert, trente ans ou presque après leur dernière apparition, et le résultat surpasse toutes les espérances, en admettant que certains croyaient encore pouvoir écouter un nouvel album du groupe…Se retrouvant aujourd’hui sur le label des passionnés grecs de No Remorse, les américains nous offrent donc une suite inattendue, et nous adressent avec ce sublime The View from Below un petit salut de leur paradis personnel, qu’ils ont la gentillesse de bien vouloir partager avec nous l’espace de quelques morceaux. Reconstitué autour de trois membres des line-up d’origine, avec la rythmique Derek Peace (basse, 1983-1986, 1987-1990, 2000, 2012 à aujourd’hui) et Ray Schwartz (batterie, 1984-1990, 2000, 2012-aujourd’hui), et surtout le fantastique Terry Gorle (guitare, 1983-1989, 1998, 2000-aujourd’hui), HEIR APPARENT s’appuie donc sur une ossature classique, et accueille deux nouveaux venus, Op Sakiya aux claviers, membre temporaire de 2004 à 2006, et permanent depuis 2015, et le chanteur Will Shaw depuis 2015 aussi, pour trouver une structure en quintette lui allant à merveille, et tenter de se hisser à la hauteur de sa propre légende avec ce nouvel album qui risque fort de faire rêver bien des fans et d’en décevoir bien d’autres aussi de par ses choix artistiques et son optique faussement contemporaine. Car après trente ans d’absence de production, les originaires de Seattle étaient attendus au tournant, et même avant, en plein milieu de la route qu’ils ne devaient surtout pas quitter sous peine de se faire lapider verbalement par une horde de fanatiques pas vraiment décidés à pardonner les éventuelles erreurs. Mais ces mêmes pourfendeurs de trahison pourront remiser leurs pierres dans leur besace, puisque sans vouloir cacher la vérité plus longtemps, The View from Below est bien le troisième album digne que le groupe se devait de nous composer trois décennies après nous avoir abandonnés.

Digne, car respectueux du style d’origine, adapté et légèrement remis au goût du jour sans trahir les aspirations anciennes. Nous retrouvons donc ce Heavy Metal aux ambitions progressives que Graceful Inheritance développait en 1986, mais aussi la douceur et la sophistication que One Small Voice prônait trois années plus tard. Ce troisième chapitre est donc la suite logique des deux premiers, et continue le travail de ciselage entrepris dans les années 80, sans se montrer plus passéiste qu’il ne faut. Et surtout, les cinq musiciens ne se sont pas contentés de resucées à peine masquées de leurs anciens morceaux, mais nous délivrent un répertoire 2018 flambant neuf, même si terriblement ancré dans les schémas de construction d’époque. Coproduit par le groupe et Tom Hall, l’homme qu’on trouvait déjà au crédit des deux premiers albums et qui a tant fait pour la gloire de QUEENSRYCHE, The View from Below roule sur du velours, et nous fait bénéficier d’un confort d’écoute maximal, même si les plus enragés argueront d’une perte de gain et de grain, et pointeront du doigt des médiums un peu trop domestiqués et une basse un peu trop ronde. Mais ce son est parfaitement adapté à l’optique choisie par les HEIR APPARENT et sert admirablement bien les compositions les plus envoutantes, à l’image du majestueux « Further And Farther », l’un des deux plus longs du LP. On retrouve en cette occasion le talent indéniable de musiciens hors normes, qui délivrent tous une prestation au-dessus de tout soupçon, avec une mention spéciale pour Will Shaw et son timbre chaud et puissant qui confère une aura dramatique aux compositions, sans s’enfoncer dans le pathos ni abuser de ses capacités. Avec un vocaliste de la trempe de Midnight ou Geoff Tate, le reste du groupe n’a plus qu’à faire son boulot, et Terry Gorle de tisser des progressions harmoniques irréelles, pour nous emmener dans un monde onirique ou la beauté le dispute à la majesté, et « The Road To Palestine » d’évoquer MARILLION, mais aussi FIFTH ANGEL bien sûr, dans une tentative réussie de marier la finesse et la puissance, évoquant même par instant le génie de Steven Wilson. Et ce nom illustre est employé à dessein, pour tenter de vous faire appréhender la qualité extrême de cette réalisation, qui par touches fugaces, égale la réputation immaculée de Graceful Inheritance…

 

Vous vous dites certainement qu’un fan du groupe n’est pas le critique le plus recommandé lorsqu’il s’agit d’objectivité. Mais la passion et la fidélité n’ont jamais empêché de savoir reconnaître les défauts d’une idole, surtout lorsque la dite idole commet un faux-pas et se fourvoie dans du réchauffé en trompe l’œil pour occuper le terrain de la nostalgie. Il y a de la nostalgie sur ce LP, mais plus à prendre comme une ambiance globale que pour des regrets envers une époque révolue. Plus à prendre comme un choix d’harmonies légèrement jaunies, à l’instar du superbe « Here We Aren't » qui rivalise de pureté avec le QUEENSRYCHE de Rage For Order et le METAL CHURCH de « Watch The Children Pray »…En parlant de QUEESRYCHE, Empire aurait largement pu héberger un morceau de la trempe de « Man In The Sky », sorte d’équivalent biaisé du title-track de cet album mythique, et on en retrouve d’ailleurs le même soin du détail, et surtout, la même production cristalline, permettant à chaque instrument de trouver sa place, et à la basse de Derek Peace de rouler comme celle d’Eddie Jackson…En étant honnête jusqu’au bout, on peut peut-être regretter que l’intensité de The View from Below se cale plus volontiers sur la ligne du parti de One Small Voice, privilégiant la demi-teinte, les climats cotonneux, mais l’alternance de riffs aiguisés et de parties envoutées de ce morceau d’intro à ce petit quelque chose du meilleur DREAM THEATER, sans les prétentions démesurées et le son de clavier aseptisé. Et lorsque déboule « Savior », deux minutes et vingt-sept secondes d’énergie pure, on se dit que les anciens en ont encore sous les bottes, taquinant la dextérité et l’exubérance du RIOT de Thundersteel, dans un déluge de sextolets rendant au grand Terry Gorle son trône. Avec un Will Shaw haranguant les fans comme un pendant démoniaque de Rob Halford et des boucles de basse à la RUSH, ce morceau sert d’exutoire à la violence un peu trop larvée, et trouve un écho favorable dans l’épilogue « Insomnia », clôture impériale nous ramenant directement en 1986 lorsque le Heavy Metal royal du groupe ridiculisait toute concurrence…

Alors oui, le hasard est parfois vraiment charmant…Pouvoir la même semaine de novembre 2018 célébrer le retour de deux des groupes les plus emblématiques du Seattle des eighties n’est pas une chance à prendre à la légère, et c’est avec une joie infinie que j’entérine le comeback inopiné des HEIR APPARENT…Un groupe que ma jeunesse a chéri, et que mes cinquante ans presque tapés adulent encore de leur maturité. Le roi est mort, vive le roi ? Mais le roi n’est pas mort semble-t-il…       

     

Titres de l'album :

                        01. Man In The Sky

                        02. The Door

                        03. Here We Aren't

                        04. Synthetic Lies

                        05. Savior

                        06. Further And Farther

                        07. The Road To Palestine

                        08. Insomnia

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par mortne2001 le 01/12/2018 à 14:36
95 %    108

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


Terry Gorle
@50.35.97.206
02/12/2018 à 08:48:41
Thank you for the honor of your review, and your kind words. We hope to see you in 2019. All the best.

Ray Schwartz (Black)
@73.83.247.77
02/12/2018 à 16:50:42
Truly honored by your review...thank you! Paris 2019???

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chro séduisante, bon morceau également, merci pour la découverte


Franchement meilleur que les dernières prod de Death Fr...


Humungus : +1
Ben oui, normal. Déjà assimiler "vegan" et "antifa" est hors sujet.
Soutenons UADA !


KaneIsBack + 1.


Nefarious + 1.


Non.


Cet album est absolument fantastique !!!


Ravi de lire un report sur Aura Noir


J'ai jamais vraiment écouté Cancer, pourtant je fais partie de cette génération des 90's qui a découvert( le death metal avec ces sorties majeures. Très efficace ce titre , va falloir que je rattrape quelques lacunes.


commandé


Le metal selon les Grammys... Vaste blague.


Candlemass c'est pourris depuis la première séparation des années 90...Avant c'était génial et sombre.


Rien d'autre a faire que d'aller au Botswana ?


Donc Ici on ne peut pas être anti-fa, et vegan sans être aussi une cible...


Les antifas sont effectivement aussi fascistes que ceux qu'ils dénoncent. Pitoyable histoire...


Si Jeff est aussi insipide dans MDB qu'il ne le fut dans Paradise Lost, ça promet de sombres catastrophes. Je me souviens encore de la manière dont il détruisait "As I die" sur scène...


Très très curieux d'entendre ça, surtout avec le retour de Langqvist.


Faut voir le résultat, je suis très méfiant avec CANDLEMASS qui n'a rien proposé de bandant depuis fort longtemps ! Mais sur le papier... oui c'est la classe ultime !


C'est exactement ce que je me disais... La classe !


"Mais aussi que Toni Iommi (ex-BLACK SABBATH) apparaissait sur le titre "Astorolus - The Great Octopus" le temps d'un solo".
Si ça c'est pas la grande classe... ... ...