Le poids. Le poids du passé, des aventures musicales ayant tout défriché, et laissant un champ de ruines d’inspiration pour les générations à venir. Pas facile, dès lors qu’on se réclame d’un Rock authentique de passer après les STONES, les CREEDENCE, CACTUS, LED ZEP, DEEP PURPLE, et les innombrables figures paternelles dont le portrait trône en plein centre du Rock N’Roll hall of fame de toute mémoire pas trop élusive. Et de deux choses l’une, soit vous admettez cet héritage comme incontournable et assimilable, ou vous tentez de vous en éloigner pour tenter d’affirmer votre personnalité. Mais là encore, et à moins de faire preuve d’une présomption énorme, pas facile de se démarquer sans tomber dans le grand n’importe quoi expérimental difficilement domesticable. Alors, autant se la jouer profil bas, et admettre que tout ou presque à déjà été inventé, amélioré, transformé, et prendre la pose si chère aux BLACK CROWES, JET, GRETA VAN FLEET et autres chantres d’un respect à outrance. C’est cette posture que les autrichiens de THE WEIGHT ont choisie, d’abord en optant pour un nom très connoté, celui d’un morceau mythique du BAND de Dylan, qui eux aussi étaient largement là avant tout le monde. Pourtant, les comparaisons entre les deux groupes n’ont pas lieu d’être, puisqu’ici, pas question de Folk électrisé, mais plutôt de Hard Rock respecté, dans la grande tradition des seventies dont ces musiciens doués se réclament corps et âme. Et quel mal à ça ? Aucun, c’est certain, surtout lorsque la musique est bonne, et qu’elle se donne, donne, donne.

THE WEIGHT, c’est plus qu’une musique, c’est un trip, qu’on se plaît à imaginer des grands espaces américains, et qui pourtant, nous vient d’Autriche. Un quatuor plein de malice (Tobias Jussel - chant/orgue/piano, Michael Böbel - guitare, Patrick Moosbrugger - basse et Andreas Vetter - batterie), qui ose enfin tenter l’exercice périlleux du premier longue durée, en mettant toutes les chances de son côté. Il faut dire qu’avec des références revendiquées comme LED ZEPPELIN, THE WHO, DEEP PURPLE, PINK FLOYD, THIN LIZZY, THE BEATLES, CCR, ou GRAND FUNK RAILROAD, on joue la fausse sécurité, puisque pas question de se planter en se rapprochant des racines les plus adulées. Mais si jamais des doutes persistent dans votre esprit, sachez que The Weight, l’album, est l’un des témoignages les plus sincères et puissants de ce début d’année, et qu’il place la barre très haute pour tous ceux qui voudraient lui emboiter le pas. Bien que sorti en fin d’année, ce premier LP souffle un vent de braise sur l’actualité, et mérite largement sa place de premier disque de Hard Rock pur et dur de 2018. Pour quelles raisons ? Parce qu’il privilégie la hargne et l’authenticité à l’originalité, toujours très dure à intégrer à tout projet prenant sa source à la rivière Rock d’il y a trois ou quatre décennies bien tassées. Avec des basic-tracks enregistrées dans la lumière des studios du lac Constance, et une finition plus rude dans les locaux de répétition du groupe, The Weight est donc le produit d’une dualité exposition/introspection, mais sent la poussière des amplis rangés sans protection, et la sueur qui perle au front de musiciens débordant de passion, qui n’ont pas oublié qu’une bonne chanson n’était pas qu’un riff béton, mais aussi un chant profond, des arrangements à foison, et surtout, des mélodies en floraison. Ici, l’équilibre est parfait, et difficile d’imaginer ces musiciens centre européens, tant l’ensemble sent l’Amérique d’hier et de demain, celle des longues autoroutes du petit matin, et des motels miteux qu’on réserve du bout des mains.

En gros, une collection de hits échappés de seventies affamées, qui démarre sur les chapeaux des roues de « Hard Way » et sa batterie Bonhamienne, en rhapsodie de Blues Rock gorgé de soul, mais raidi d’électricité, qui n’empêche toutefois pas le groove de s’imposer, dans un style que les BLACK COUNTRY COMMUNION ou GRAVEYARD n’auraient pas renié. Instrumental imposant mais coulant, voix puissante et lyrique, pour un festival de Hard-Rock simple et direct, qui accepte le binaire pour mieux le mettre à l’envers d’un orgue à la Jon Lord. Vous avez dit LED ZEP ? C’est un fait, mais pas que, puisque le mimétisme n’est pas à l’ordre du jour, et qu’il préfère muter en hommage de toujours, en mélangeant les influences pour tacler le Rock d’un Blues organique en transe. « Trouble », loin de chercher les ennuis, ose les senteurs délicieuses de 70’s amoureuses, et propose un format Pop psychédélique joué façon Rock hystérique pour ne pas perdre de sa crédibilité, sans oublier de séduire les plus nuancés. Et alors que « Inside » vient clore une trilogie d’ouverture basée sur la liberté de son couplet bondissant et de son refrain décapant, on est déjà séduit par l’énergie de ces autrichiens qui en profitent même pour piquer quelques plaqués à Ian Stewart, resté longtemps de ses touches dans l’ombre de Mick et Keith. En moins de sept minutes et trois morceaux, les THE WEIGHT nous mettent en pamoison, alors que la fête vient juste de commencer à la maison. Mais après une telle débauche de puissance, il fallait bien marquer une légère pause apaisante, sifflant une bière corsée pour se donner du courage, estampillée pur malt et houblon et avalée au goulot d’un « Rich Man’s Pride », au riff gras comme un rib cuit au barbecue de saison. La voix de Tobias s’envole, tandis que la guitare de Michael décolle, pour un nouvel hommage aux FREE, CACTUS, SIR LORD BALTIMORE, et évidemment à Page et Plant, dont le déhanché plein de stupre inonde de ses sucs les sillons de ce truc.

Dès lors, c’est la constance et la variété qui s’imposent au détour de titres qui osent, et qui tentent le coup de l’évolution progressive teintée de délicatesse incrustée. « A Good Thing » nous fait le coup de la blue-song transpirant de feeling, et une fois encore module, et laisse une basse qui ondule soutenir des chœurs discrets, mais qui jamais ne reculent. Un son clair, ample, mais suffisamment épais pour ne pas se déchirer, et entre un break au groove contagieux et des lignes vocales sinueuses, le tableau est plus vrai que nature. Et alors qu’on pensait avoir tout compris à cette histoire d’amour entre un groupe et une histoire de toujours, « Hammer, Cross & Nail » déboule de son intro magnifique, dégoulinant de Blues par tous les pores…Motifs oniriques, orgue magique, et enroulé de beauté sur fond de progression sublime, pour un détour du côté des paysages les plus épurés qu’on admire derrière la fenêtre passager d’une voiture qui roule dans la nuit sans s’arrêter. Faisant preuve d’une incroyable délicatesse, le groupe nous joue la carte de la tendresse, avant de nous bousculer d’un crescendo orgiaque jouissant de la découverte fortuite du Made In Japan de DEEP PURPLE, pour une envolée en solo divine qui abuse d’un orgue aux intonations mutines, avant de reprendre le chemin du petit matin. Beau comme un solo de David Gilmour dédié à l’amour d’un progressif qui tente la ruse Blues, ce morceau est sans conteste l’épiphanie d’un album débordant de richesse, qui se nourrit du feeling passé pour nous emporter dans un présent magnifié.

Et si « Get Some » renoue avec la lourdeur sensuelle, « Plenty Of Nothing » rentre en conflit avec son titre, et nous laisse sur un ultime feu d’artifices de guitares southern, histoire de terminer le concert dans le bayou, pour voir si les alligators se cachent toujours sous les cailloux. Les cailloux, les STONES, le ZEP, une allégresse, de l’investissement dans l’adresse, pour un album sidérant de souplesse, saluant au passage les héros d’antan pour un signe de main aussi respectueux qu’équivalent. Une allégeance à l’authenticité, une foi sans bornes en l’humanité, pour une musique aussi simple que riche, et aussi intelligente qu’humble au bord du précipice. Celui qui nous sépare des générations précédentes, dont le regard est toujours aussi troublant. THE WEIGHT, ou comment se montrer poids lourd dès son entrée en matière, pour accorder hier aux attentes d’aujourd’hui. Et les combler évidemment, de riffs suintants, de pulsions rythmiques pesantes, et de déchirures vocales envoûtantes.


Titres de l'album:

  1. Hard Way
  2. Trouble
  3. Inside
  4. Rich Man's Pride
  5. A Good Thing
  6. Money Ain't for Keeping
  7. Hammer, Cross & Nail
  8. Jam
  9. Get Some
  10. Plenty Of Nothing

Site officiel


par mortne2001 le 17/01/2018 à 14:11
95 %    551

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Orthostat

Monolith Of Time

Obscenity

Summoning the Circle

Psy-no-ark

Nodvs Gordivs

Stranguliatorius

Rope Soap Tabouret

Nebula Orionis

Starthrone

Valiant Bastards

Harbingers of Chaos

Samarium

Right to Get Violent

Split/cross

Rise of Discontent

Executioner

Bone Collector

Northern Light Orchestra

Greatest Hits

Ploughshare

In Offal Salvation

Conjure

Releasing The Mighty Conjure

Death Chaos

Bring Them to Die

Atomic Death Squad

Brain Dead

Blackwater

Good As Evil

Scorcher

Systems of Time

Virginia Hill

Makin' Our Bones

Psython

The Last Days of the Good Times

Nacht Und Gnosis

Det Warder Sådt I Skröplighet Och Skal Upstå Ur Kraft

Concerts à 7 jours

+ Father Merrin + Dragunov

02/03 : Black Baron, Nancy (54)

Photo Stream

Derniers coms

Merci pour ce petit clin d’œil à Heavy Sound et content de t'avoir eu au sein de l'équipe dès les tout débuts de l'aventure... et longue vie à Sleeping Church Records et Metalnews !


Rien qu'avec ces deux noms ça promet d'être très poétique en effet !


Allons allons, j'ai des gens qui m'aident bien autour de moi, tu sais de quoi je parle Jus de cadavre... c'est aussi grâce à des personnes comme toi que tout cela est possible.


Cool oui l'interview ;) Un groupe, un label et le zine... Je sais pas comment tu fais Simo ! :D


Merde, mais c'est mortel RITUALS ! J'étais complètement passé à côté... Chouette interview encore une fois et bonne continuation à Sleeping Church Records ;-)


@Kerry King : Si tu aimes Gus Van Sant, tu aimeras...


J'ai jamais regardé le "Last Days" je me demande si il vaut le coup ?

Lords of Chaos je me demande quand il sera dispo ça fait longtemps qu'on annonce le film.


Ca sent mauvais tout ca...


Tout pareil Simo ! Bienvenue Acid, ça fait plaisir une nouvelle plume ! :)


Et voilà c'est corrigé...


Parce que dans la com' du label, c'est le pays qui est indiqué... j'avoue que je n'ai pas vérifié mais effectivement en voyant Vindsval, j'aurais du corriger de moi-même, désolé c'est bien Français...


Avec cette chronique, nous accueillons dans notre équipe Acid
Vous retrouverez d'autres articles de sa part prochainement mais toute l'équipe de Metalnews.fr lui souhaite la bienvenue, en espérant que sa plume vous séduise et qu'elle vous fasse découvrir de nouveaux groupes ou vous confor(...)


Pas mal, rien d'extraordinaire et ça reste du black Telerama-compatible (ça m'empêche pas de beaucoup aimé BaN) mais il y a 2 choses que j'apprécie :

1) Ils avaient fait une itw du gars de Throane et je m'étais dit, c'est bien mais ils pourraient quand même s'intéresser à BaN q(...)


les Vegan et auters Veggie nous les cassent sévère


Ouais le "Rock" c'est la grande mode, c'est hype. Faut profiter du filon avant que ça s’essouffle !
Et si Nirvana a eu son "Last Days" de Gus Van Sant, fin c'est sur Cobain plutôt. Plus une palanquée de docu plus ou moins bon.


J'avais adoré le premier album... celui-là ne m'a pas déçu. Un groupe qui mériterait d'être plus connu.


C'est entraînant


Débat intéressant.
Autant la gars de Tyr assume complètement son truc, et c'est son droit, du moins tant que le pays d'où il vient maintient la légalité de cette pratique. Autant une asso qui se veut vegan, moi je trouve ça étrange qu'elle cautionne ça en étant partie prenante de l'(...)


Avec tout ça, TYR ne fera jamais la 1ere partie de GOJIRA . Je ne suis pas vegan je n'ai jamais écouté TYR, mais on peut aussi boycotter les concerts dont les groupes sont chasseurs ou bossent dans des abattoirs. Pour les chasseurs , il y a de tout du saoulot, du viandar mais aussi du responsabl(...)


Cette année ça y va les films qui retracent l'histoire d'un groupe...

Queen, Mayhem, Motley Crue les trois a la fois, a qui le tour ? Limp Bizkit lol

Nirvana ils ont jamais rien fait ? Je me demande.