The Weight

The Weight

17/11/2017

Heavy Rhythm

Le poids. Le poids du passé, des aventures musicales ayant tout défriché, et laissant un champ de ruines d’inspiration pour les générations à venir. Pas facile, dès lors qu’on se réclame d’un Rock authentique de passer après les STONES, les CREEDENCE, CACTUS, LED ZEP, DEEP PURPLE, et les innombrables figures paternelles dont le portrait trône en plein centre du Rock N’Roll hall of fame de toute mémoire pas trop élusive. Et de deux choses l’une, soit vous admettez cet héritage comme incontournable et assimilable, ou vous tentez de vous en éloigner pour tenter d’affirmer votre personnalité. Mais là encore, et à moins de faire preuve d’une présomption énorme, pas facile de se démarquer sans tomber dans le grand n’importe quoi expérimental difficilement domesticable. Alors, autant se la jouer profil bas, et admettre que tout ou presque à déjà été inventé, amélioré, transformé, et prendre la pose si chère aux BLACK CROWES, JET, GRETA VAN FLEET et autres chantres d’un respect à outrance. C’est cette posture que les autrichiens de THE WEIGHT ont choisie, d’abord en optant pour un nom très connoté, celui d’un morceau mythique du BAND de Dylan, qui eux aussi étaient largement là avant tout le monde. Pourtant, les comparaisons entre les deux groupes n’ont pas lieu d’être, puisqu’ici, pas question de Folk électrisé, mais plutôt de Hard Rock respecté, dans la grande tradition des seventies dont ces musiciens doués se réclament corps et âme. Et quel mal à ça ? Aucun, c’est certain, surtout lorsque la musique est bonne, et qu’elle se donne, donne, donne.

THE WEIGHT, c’est plus qu’une musique, c’est un trip, qu’on se plaît à imaginer des grands espaces américains, et qui pourtant, nous vient d’Autriche. Un quatuor plein de malice (Tobias Jussel - chant/orgue/piano, Michael Böbel - guitare, Patrick Moosbrugger - basse et Andreas Vetter - batterie), qui ose enfin tenter l’exercice périlleux du premier longue durée, en mettant toutes les chances de son côté. Il faut dire qu’avec des références revendiquées comme LED ZEPPELIN, THE WHO, DEEP PURPLE, PINK FLOYD, THIN LIZZY, THE BEATLES, CCR, ou GRAND FUNK RAILROAD, on joue la fausse sécurité, puisque pas question de se planter en se rapprochant des racines les plus adulées. Mais si jamais des doutes persistent dans votre esprit, sachez que The Weight, l’album, est l’un des témoignages les plus sincères et puissants de ce début d’année, et qu’il place la barre très haute pour tous ceux qui voudraient lui emboiter le pas. Bien que sorti en fin d’année, ce premier LP souffle un vent de braise sur l’actualité, et mérite largement sa place de premier disque de Hard Rock pur et dur de 2018. Pour quelles raisons ? Parce qu’il privilégie la hargne et l’authenticité à l’originalité, toujours très dure à intégrer à tout projet prenant sa source à la rivière Rock d’il y a trois ou quatre décennies bien tassées. Avec des basic-tracks enregistrées dans la lumière des studios du lac Constance, et une finition plus rude dans les locaux de répétition du groupe, The Weight est donc le produit d’une dualité exposition/introspection, mais sent la poussière des amplis rangés sans protection, et la sueur qui perle au front de musiciens débordant de passion, qui n’ont pas oublié qu’une bonne chanson n’était pas qu’un riff béton, mais aussi un chant profond, des arrangements à foison, et surtout, des mélodies en floraison. Ici, l’équilibre est parfait, et difficile d’imaginer ces musiciens centre européens, tant l’ensemble sent l’Amérique d’hier et de demain, celle des longues autoroutes du petit matin, et des motels miteux qu’on réserve du bout des mains.

En gros, une collection de hits échappés de seventies affamées, qui démarre sur les chapeaux des roues de « Hard Way » et sa batterie Bonhamienne, en rhapsodie de Blues Rock gorgé de soul, mais raidi d’électricité, qui n’empêche toutefois pas le groove de s’imposer, dans un style que les BLACK COUNTRY COMMUNION ou GRAVEYARD n’auraient pas renié. Instrumental imposant mais coulant, voix puissante et lyrique, pour un festival de Hard-Rock simple et direct, qui accepte le binaire pour mieux le mettre à l’envers d’un orgue à la Jon Lord. Vous avez dit LED ZEP ? C’est un fait, mais pas que, puisque le mimétisme n’est pas à l’ordre du jour, et qu’il préfère muter en hommage de toujours, en mélangeant les influences pour tacler le Rock d’un Blues organique en transe. « Trouble », loin de chercher les ennuis, ose les senteurs délicieuses de 70’s amoureuses, et propose un format Pop psychédélique joué façon Rock hystérique pour ne pas perdre de sa crédibilité, sans oublier de séduire les plus nuancés. Et alors que « Inside » vient clore une trilogie d’ouverture basée sur la liberté de son couplet bondissant et de son refrain décapant, on est déjà séduit par l’énergie de ces autrichiens qui en profitent même pour piquer quelques plaqués à Ian Stewart, resté longtemps de ses touches dans l’ombre de Mick et Keith. En moins de sept minutes et trois morceaux, les THE WEIGHT nous mettent en pamoison, alors que la fête vient juste de commencer à la maison. Mais après une telle débauche de puissance, il fallait bien marquer une légère pause apaisante, sifflant une bière corsée pour se donner du courage, estampillée pur malt et houblon et avalée au goulot d’un « Rich Man’s Pride », au riff gras comme un rib cuit au barbecue de saison. La voix de Tobias s’envole, tandis que la guitare de Michael décolle, pour un nouvel hommage aux FREE, CACTUS, SIR LORD BALTIMORE, et évidemment à Page et Plant, dont le déhanché plein de stupre inonde de ses sucs les sillons de ce truc.

Dès lors, c’est la constance et la variété qui s’imposent au détour de titres qui osent, et qui tentent le coup de l’évolution progressive teintée de délicatesse incrustée. « A Good Thing » nous fait le coup de la blue-song transpirant de feeling, et une fois encore module, et laisse une basse qui ondule soutenir des chœurs discrets, mais qui jamais ne reculent. Un son clair, ample, mais suffisamment épais pour ne pas se déchirer, et entre un break au groove contagieux et des lignes vocales sinueuses, le tableau est plus vrai que nature. Et alors qu’on pensait avoir tout compris à cette histoire d’amour entre un groupe et une histoire de toujours, « Hammer, Cross & Nail » déboule de son intro magnifique, dégoulinant de Blues par tous les pores…Motifs oniriques, orgue magique, et enroulé de beauté sur fond de progression sublime, pour un détour du côté des paysages les plus épurés qu’on admire derrière la fenêtre passager d’une voiture qui roule dans la nuit sans s’arrêter. Faisant preuve d’une incroyable délicatesse, le groupe nous joue la carte de la tendresse, avant de nous bousculer d’un crescendo orgiaque jouissant de la découverte fortuite du Made In Japan de DEEP PURPLE, pour une envolée en solo divine qui abuse d’un orgue aux intonations mutines, avant de reprendre le chemin du petit matin. Beau comme un solo de David Gilmour dédié à l’amour d’un progressif qui tente la ruse Blues, ce morceau est sans conteste l’épiphanie d’un album débordant de richesse, qui se nourrit du feeling passé pour nous emporter dans un présent magnifié.

Et si « Get Some » renoue avec la lourdeur sensuelle, « Plenty Of Nothing » rentre en conflit avec son titre, et nous laisse sur un ultime feu d’artifices de guitares southern, histoire de terminer le concert dans le bayou, pour voir si les alligators se cachent toujours sous les cailloux. Les cailloux, les STONES, le ZEP, une allégresse, de l’investissement dans l’adresse, pour un album sidérant de souplesse, saluant au passage les héros d’antan pour un signe de main aussi respectueux qu’équivalent. Une allégeance à l’authenticité, une foi sans bornes en l’humanité, pour une musique aussi simple que riche, et aussi intelligente qu’humble au bord du précipice. Celui qui nous sépare des générations précédentes, dont le regard est toujours aussi troublant. THE WEIGHT, ou comment se montrer poids lourd dès son entrée en matière, pour accorder hier aux attentes d’aujourd’hui. Et les combler évidemment, de riffs suintants, de pulsions rythmiques pesantes, et de déchirures vocales envoûtantes.


Titres de l'album:

  1. Hard Way
  2. Trouble
  3. Inside
  4. Rich Man's Pride
  5. A Good Thing
  6. Money Ain't for Keeping
  7. Hammer, Cross & Nail
  8. Jam
  9. Get Some
  10. Plenty Of Nothing

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par mortne2001 le 17/01/2018 à 14:11
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