D’aucuns soulèveraient une question anodine, et pourtant d’importance. BON JOVI a-t-il encore sa place dans les colonnes d’un webzine de Metal ? Objectivement parlant, il est évident que non. L’homme et les siens ont rengainé leur Hard Rock depuis belle lurette, et sont désormais plus à leur place sur les Classic Radios, ces ondes réservées aux plus de quarante ans, qui cherchent un brin de nostalgie sur les stations.

Subjectivement, c’est plus complexe. Eu égard au passé/passif du groupe, et d’albums comme Slippery When Wet ou New Jersey, au respect dû à une carrière dédiée au Rock, à certains morceaux que nous avons fredonné plus que de raison, je pense qu’il est inutile de trop réfléchir…

Alors oui, vous retrouvez le dernier album de BON JOVI dans les pages de Metalnews, et c’est très bien comme ça. Et si ça vous dérange, changez d’article, je ne vous en voudrai pas.

Ces dernières années ont été pour le moins compliquées pour le groupe. Départ de Richie Sambora, le guitariste fidèle depuis 1983, changement de label, au-revoir Mercury/Universal et bonjour Island, l’époque était propice à une transition en douceur ou pas vers un avenir incertain, mais après tout, Richie ou pas Richie, un partenariat de trente-deux ans réduit à néant ou pas, BON JOVI, c’est Jon, et personne d’autre, et nul ne peut contredire cet état de fait.

Un peu réducteur, surtout depuis que le pauvre Hugh McDonald s’est enfin vu intronisé bassiste officiel du groupe, lui qui accompagne Jon, David et Tico depuis vingt-deux ans. Outre cette officialisation tardive, c’est l’arrivée du Canadien Phil X (TRIUMPH, POWDER, PHIL X AND THE DRILLS) qui est à noter sur ce quatorzième album studio officiel, le premier « véritable » album composé et enregistré sans Sambora, qui fait suite à un des meilleurs LP que le beau Jon a publié, Burning Bridges.

Assemblé à la hâte pour satisfaire les exigences marketing d’une tournée, ce précédent effort constitué de leftovers était ce que le groupe avait sorti de mieux depuis des années, et on se demandait bien ce qu’une réflexion plus profonde et « académique » allait produire comme résultat. Ce résultat est désormais là, en version douze titres pour l’album classique, et dix-sept morceaux pour cette édition « deluxe », qui ne rechigne pas à filer une grosse louche de rab’.

This House Is Not For Sale. Cette maison n’est pas à vendre. Jolie métaphore sur l’intégrité d’un homme totalement dévoué à son art et à son médium, et subtile allusion au départ de Richie, dont Jon affirme que le retour est toujours possible, « à condition que ». Ces conditions sont multiples, mais on imagine mal le guitariste rentrer et essuyer ses pieds sur le paillasson de cette maison que Jon a voulue construite sur la confiance et le respect.

Mais que cache donc cette demeure qui finalement, n’est rien d’autre qu’une chaumière de plus sur la longue route/carrière d’un groupe qui depuis quelques années tourne un peu en roue libre, cède à la facilité, et se contente parfois de mélodies archétypales répétées à l’envi, ou de refrains faciles à reprendre en cœur dans les salles du Japon ou les stades Américains ?

Les pièces, au nombre de dix-sept sont plus ou moins vastes et accueillantes, certaines donnent envie d’y rester quelques heures pour se concentrer sur la musique, et d’autres sont pauvrement décorées et dirigent plutôt vers la fenêtre pour humer un air un peu plus inspiré.

C’est le lot de tout album d’un groupe qui traîne ses basques depuis trop longtemps, et qui se satisfait du bon, alors qu’on attend toujours de lui le meilleur.

En ce sens, This House Is Not For Sale, n’est ni meilleur ni pire que The Circle, un cran au-dessus de Bounce, certainement un poil en dessous de Crush, et de fait, des couches de guitares sous le plancher solide de Burning Bridges, qui révélait enfin une spontanéité que Jon et les siens avaient laissée de côté depuis trop longtemps. Mais en restant honnête, c’est un bon disque, avec de bons morceaux, un disque qui panse les plaies, mais qui n’oublie pas de laisser traîner quelques tubes en puissance sur le carrelage histoire de ne pas décevoir tout le monde. Des hits oui, qui n’ont pas grand-chose à voir avec le Hard Rock, ou alors abordé par son versant Pop, comme cette superbe sucrerie surprise « Roller Coaster », qui reste sans doute ce que l’on a entendu de plus ludique et léger sur un album de BON JOVI depuis très longtemps.

En tant que simple, « This House Is Not For Sale » n’a pas la force de « Have a Nice Day » ou « What About Now », mais offre un bulletin fidèle de ce que semble être le BON JOVI de 2016, en version remaniée et regardant toujours vers l’avenir, sans jamais oublier son passé.

Mais il est évident que depuis quelques années, ce ne sont plus les surprises que l’on guette sur un disque du beau Jon, ni ces hymnes anthémiques qu’il était capable de pondre comme des œufs de Pâques il y a une ou deux dizaines d’années. Non, on traque plutôt les petits plaisirs coupables, les subtiles déviances qui l’éloignent de sa sempiternelle révérence à Bruce Springsteen, John Cougar ou Bob Seger, et qu’il prend un malin plaisir à cacher entre deux évidences.

Ces évidences truffent ce quatorzième effort, et sont parfois assez pénibles. « Knockout » en fait partie, avec ces chœurs lénifiants de radiophonie forcée, et ce faux rythme tribal qui peine à faire décoller une mélodie trop usée. Heureusement, la basse de Hugh, moins discrète qu’à l’habitude apporte un peu de ronflant à l’affaire. « Labour of Love » aussi, pour cette façon de singer l’écho fifties de la guitare de Chris Isaak, et de laisser traîner la nostalgie du côté de la ville où personne ne va plus, sinon par nostalgie.

Mais heureusement pour nous, quelques pas de côté nous permettent de piétiner les plates-bandes de la logique, et « The Devil’s In The Temple » de jouer l’ironie musicale, tongue in cheek, et de nous amuser un peu à découvrir une structure en demi-teinte, sur laquelle Jon se permet quelques intonations inhabituelles et un développement un peu décalé par ces touches de synthé très malignes.

L’intimisme se taille aussi une petite place, et se matérialise dans un « Scars On This Guitar », qui pourrait se frayer un joli chemin dans les charts Country. Délicatesse acoustique, chant apaisé, oublié les tics irritants des ballades lacrymales d’antan, c’est un des plus beaux moments de ce nouvel album.

Le Hard Rock un peu plus appuyé de « God Bless This Mess », qui semble faire l’état des lieux des mésaventures survenues lors de ces deux dernières années, sautille gentiment comme un simple de DEF LEPPARD oublié dans les arcanes du temps, et se fond dans l’émotion de « Reunion », qui parvient à faire danser et chanter comme en 1988, quand Jon se rappelait de son New Jersey natal. Et, décision étonnante, la version officielle se termine sur une fausse ballade qui aurait pu se retrouver sur un des albums phares de BON JOVI, « Come On Up To Our House »…

La version deluxe quant à elle offre son lot de bonus, avec pas moins de cinq morceaux supplémentaires, dont « Real Love », entièrement joué au piano et assez envoutant en l’état, « All Hail The King », pas forcément indispensable mais récréatif de son Hard Rock bondissant, et « I Will Drive You Home », surprenant dans son approche moderne et Pop Rock assumée. Mais on retiendra surtout les excellents « Goodnight New-York », qui trépigne de joie de vivre et de composer, comme un BLONDIE version potache qui s’amuse beaucoup de couplets discoïdes et d’un refrain teenage, et bien sur « We Don’t Run », qui explose de rage juvénile et nous rappelle enfin quel grand enfant du Pop Rock Jon est resté. Sorte de Pop song acidulée qui oppose des couplets de pyjama party à un refrain adulte, c’est un gros gâteau qui fond en bouche et pétille dans la tête, et qui offre en plus un excellent solo de Phil X.

Selon Jon, cet album devait être un retour aux sources. Enregistré aux Power Station studios, avec un line-up remanié et assumé, il devait « ramener les fans aux origines de l’histoire », tout en faisant référence aux nombreuses épreuves traversées pendant ces vingt-quatre derniers mois. La tâche est à moitié accomplie, puisqu’il aborde effectivement toutes les complications rencontrées depuis le départ de Richie, mais il est certain qu’il ne nous ramène en aucun cas vers les rivages de 1983/84…Le Hard Rock à paillettes du groupe n’est pas de retour sur les vestes de concert, et BON JOVI, adulte depuis longtemps et grisonnant, n’est pas parvenu à nous faire ressentir les vibrations des premières années, celles qui, selon la légende, auraient donné naissance à ce Hard-FM dont il allait être le meilleur ambassadeur.

Mais Phil semble s’être fait sa place, Hugh peut enfin jouer en se disant qu’on ne le cache plus derrière un ridicule anonymat de requin de studio, et Jon semble apaisé. Tico joue fun, David fait du Bryan avec un peu plus de plaisir, alors admettons que This House Is Not For Sale décrive en fait un déménagement plus ou moins heureux. Et une maison décorée de l’or de cent trente millions d’albums vendus, de millions de fan suspendus aux murs, et de hits, d’anecdotes, de larmes, de rires, et de tout ce qui constitue une carrière bien remplie.

Non Jon, cette maison n’est pas à vendre. Elle n’est pas la plus belle, ni la plus grande, mais c’est la tienne. Et merci de nous y accueillir une fois de plus sans nous obliger à mettre les patins.


Titres de l'album:

  1. This House Is Not For Sale
  2. Living With The Ghost
  3. Knockout
  4. Labor Of Love
  5. Born Again Tomorrow
  6. Roller Coaster
  7. New Year's Day
  8. Devil's In The Temple
  9. Scars On This Guitar
  10. God Bless The Mess
  11. Reunion
  12. Come On Up To Our House
  13. Real Love
  14. All Hail The King
  15. We Don't Run
  16. I Will Drive You Home
  17. Goodnight New York

Site officiel



par mortne2001 le 28/10/2016 à 17:20
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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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