Thrash Times at Ridgemont High

Deceased

31/10/2021

Hells Headbangers Records

Les plus érudits de série B US auront immédiatement compris la référence. Les trublions du Death/Thrash ricain de DECEASED nous renvoient donc à l’origine des teen movies américains en intitulant en pied de nez leur dernier album Thrash Times at Ridgemont High. Les fans du genre auront immédiatement reconnu le pastiche de Fast Times at Ridgemont High d’Amy Heckerling, hit improbable de l’année 1982, au scénario malin écrit par la future référence Cameron Crowe. Dans ce faux film de potache, le grand Sean Penn arborait une sémillante coiffure blonde du plus bel effet, qui n’aurait pas fait tâche au sein d’un obscur combo Hard-Rock de l’époque. Mais extrapolons un peu. 1982, la New-Wave, le Funk, les restes de Disco, le Post-Punk et la Pop dominent les charts, et les campus américain résonnent comme un seul radiocassette branché sur le sacro-saint Billboard. Et alors que le Hard-Rock et le Heavy-Metal préparent leur offensive, un an avant le big US Festival, que MÖTLEY CRÜE, RATT, DOKKEN, TWISTER SISTER, QUIET RIOT patientent dans l’antichambre du succès, une autre vague, encore plus violente, est encore en gestation en Californie. Un an plus tard, METALLICA commettrait le premier pêché, faute originelle de vitesse qui allait donner naissance à l’un des sous-genres les plus explosifs du Metal : le Thrash.

De ce nouvel album, les DECEASED font d’une pierre deux coups. Ils honorent la plus grande tradition cinématographique de leur pays, mais aussi une autre, plus underground, qui passionne encore les foules et les jeunes musiciens. Un an à peine après la suite Rotten to the Core Part 2 (The Nightmare Continues), faisant écho à l’original de 2004, le quintet remet le couvert, ou plutôt les assiettes en carton et les gobelets en plastique pour se faire plaisir, et tourner en ridicule la vague old-school en à peine quarante minutes chrono.

Comment ? En continuant de faire ce qu’ils savent faire de mieux, jouer un Thrash affolé et fabuleux, gentiment adolescent mais terriblement solide, et en puissant dans le répertoire inépuisable de ce Metal agressif et corrosif des années 80. Vous l’avez compris, Thrash Times at Ridgemont High n’est pas un « nouvel album » per se, mais plutôt un exercice de style hautement recommandable qui voit les zigues se pencher sur leur jeunesse passée, et par extension…la nôtre.

L’album de covers étant un exercice très difficile et éminemment casse-gueule, il fallait attendre de pouvoir écouter le résultat pour avoir un avis ferme sur le succès ou non de l’entreprise DECEASED. D’autres s’y sont frotté, des plus sérieux aux plus exubérants, et le résultat, assez fluctuant, peut souvent décevoir pour qui apprécie les originaux. Trop déformés, trop adaptés, ou au contraire, laissés en l’état sans faire d’effort, et la sensation est désagréable, comme de retrouver un vieil ami défiguré par le temps au caractère n’ayant plus rien à voir avec celui de l’ami d’enfance. Et, première astuce assez finaude des américains, celle d’avoir pioché dans la discographie plus obscure, évitant les comparaisons peu flatteuses et les références un peu trop évidentes. De ce côté-là, en bons passionnés, les cinq musiciens (Kingsley "King" Fowley – chant, Shane Fuegel & Mike Smith – guitares, Les Snyder – basse et Amos Rifkin – batterie) s’en sont donné à cœur joie en allant chiper à WHIPLASH, ARTILLERY, BULLDOZER, CYCLONE, STONE, BLESSED DEATH ou DARKNESS leurs hymnes d’époque les plus explosifs ou symptomatiques. Pas de SLAYER, pas d’EXODUS, ni d’ANTHRAX, MEGADETH, VIO-LENCE, FORBIDDEN, KREATOR, SODOM ou DESTRUCTION, mais bien la fine fleur de l’underground brutal d’il y a trente ans et plus, pour une visite guidée des arcanes les plus obscures du Thrash des années 80. Et ne feignons pas l’indifférence, la surprise est de taille, et entendre le groupe beugler du WHIPLASH ou du BULLDOZER est un plaisir rare qu’il convient d’apprécier à sa juste valeur.

Etant moi-même un mordu du genre, j’ai souvent eu l’impression de retomber sur ces fameuses compiles que j’enregistrais sur cassette, pour me passer mes morceaux préférés. Le groupe étant un quasi contemporain de certains des groupes cités dans le texte, pour être né en 1984 sous le nom de MAD BUTCHER, on respectera ce choix très connoté, et ce flair dans la démarche. Capable de passer de la sauvagerie primaire et brute de WHIPLASH aux dissonances de VOÏVOD, du radicalisme brutal d’un RIGOR MORTIS, à la finesse rythmique de CYCLONE, DECEASED nous explose les neurones de son enthousiasme, et si la bande instrumentale est largement à la hauteur des originaux en termes de précision et de puissance, le chant incroyablement versatile de Kingsley "King" Fowley survole aisément les débats, et nous surprend de sa capacité à endosser tous les costumes vocaux.

A chacun de choisir son groupe approprié préféré, mais en tant que Thrash addict depuis 1984, j’ai avalé goulument l’intégralité du répertoire, me délectant de la bestialité d’un « Death Squad », ou de l’idiotie perverse et lubrique de « Ilona (The Very Best) ». Véritable déclaration d’amour au Thrash de série B, celui que les encyclopédies négligent mais que les tops du Net honorent régulièrement, Thrash Times at Ridgemont High est un panard intégral, et le plus beau salut qu’on pouvait adresser à un genre qui n’a finalement jamais pris une ride.

La variété des groupes et des morceaux garantissant à l’œuvre une lecture à plusieurs niveaux, et des à-coups rythmiques appréciables, personne ne baillera d’ennui. Et lorsque le quintet s’attaque au séminal « Demons » de RIGOR MORTIS, l’un des tubes les plus incontestables du genre, l’euphorie le confine à un orgasme auditif total, avec tâches sur les rideaux et carte de France sur le matelas. Et peu importe que DECEASED soit moins fou que les RIGOR MORTIS, puisque leur relecture est hystérique juste ce qu’il faut…

Alors, retrouver son adolescence et ces albums qu’on savait difficiles à dénicher est-il un plaisir que l’on peut bouder ? Non d’autant plus que la production casher joue elle aussi la nostalgie, et que DECEASED était sans doute le groupe le plus crédible pour se livrer à cette performance difficile. 

Sur ce, Thrash til’ Death et Fuck Off and Die.

         

                                                                                                                                                                                                        

Titres de l’album:

01. Spit on Your Grave (WHIPLASH)

02. Pray for Death (BLESSED DEATH)

03. Sacrifice (SACRIFICE)

04. Get Stoned (STONE)

05. Into the Universe (ARTILLERY)

06. Take this Torch (RAZOR)

07. Thrashing Rage (VOIVOD)

08. Death Squad (DARKNESS)

09. In the Grip of Evil (CYCLONE)

10. Demons (RIGOR MORTIS)

11. Demon Preacher (DEATHWISH)

12. Ilona (The Very Best) (BULLDOZER)


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par mortne2001 le 30/11/2021 à 15:31
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Jus de cadavre

Ils nous enterreront tous ces cons là ! Même Drucker fera pas le poids !

19/01/2022, 19:20

foja

masters. jamais vraiment

19/01/2022, 19:15

Simony

J'avoue qu'elle est pas de moi, c'est Jus de cadavre qui avait proposé ce style pour SCORPIONS et j'ai trouvé que ça leur allait bien

19/01/2022, 18:10

pierre2

"Never Retired Hard Rock Masters, Allemagne"J'avoue, j'ai ri - merci !

19/01/2022, 15:11

Humungus

Merci grin.(sic)

19/01/2022, 13:36

grinder92

@humu : tu cliques sur le tag "Druid Lord", ça te proposera cette chronique et également celle-ci : http://www.metalnews.fr/chroniques/grotesque-offerings 

19/01/2022, 10:35

Simony

C'est un des groupes dont j'attends leur nouvel album, le titre partagé m'avait beaucoup plu, à creuser car la chronique donne clairement envie.

19/01/2022, 08:12

Humungus

Comment fait-on pour retrouver ta chronique de leur deuxième galette ?

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Humungus

Une de mes découvertes de l'an dernier...Hâte de foutre une oreille sur cet album putain !

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En rappel avec The Number Of The Beast, The Evil That Men Do, Iron Maiden et Sanctuary....   

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Un concert de Maiden sans Fear of the Dark c'est pas vraiment un concert de Maiden.

18/01/2022, 19:02

Simony

Merci Gargan, c'est corrigé.

18/01/2022, 14:32

Gargan

C'est leedET. Suis curieux d'écouter les autres titres, en espérant qu'ils gardent l'urgence de l'extrait mis en avant. Aucune info sur le line-up, mis à part le type de mare cognitum au chant.

18/01/2022, 10:32

Simony

Idem pour moi Eyziel, pas convaincu du tout de ce second extrait. A voir dans la globalité de l'album comme tu dis.

18/01/2022, 08:02

Simony

Ben moi je prends cette idée. Ils l'avaient fait pour A Matter Of Life And Death et c'était vraiment bon. Et comme ce dernier album me plait beaucoup... why not ? Reste à savoir si la date de juin à Paris aura bien lieu...

18/01/2022, 08:01

eyziel

Je l’attends énormément mais je ne suis pas super convaincu des morceaux dévoilés, surtt dark horse. Après on verra un album de Messa ça s’écoute d’une traite. 

17/01/2022, 22:48

Jus de cadavre

Je l'ai trouvé efficace mais très impersonnel. La prod générique au possible y est pour beaucoup.

17/01/2022, 19:13

LeMoustre

Il est très bien ce titre.

17/01/2022, 17:37

Goughy

Le saviez-vous ?2 morceaux (le 1 et le 11) se trouvent sur aussi l'album de reprises d'Helloween "Metal Jukebox"Je ne sais qu'en déduire : influence majeure de ces morceaux sur la scène heavy/speed ? ou perception "différente" (...)

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