Encore une compilation ? On va finir par me prendre pour un baltringue, voire un parjure tant je m’obstine à aller à l’encontre de ma nature…Sauf qu’encore une fois, je ne renie rien puisque cet assemblage est tout sauf une accumulation de titres déjà disponibles en format long. Et qui plus est, une recollection d’un obscur groupe russe n’est quand même pas du tout venant, spécialement en considérant le fait qu’une petite poignée d’indécrottables fans de l’underground le plus poisseux se sentira concerné par cette sortie…Pour les néophytes, et il y en a, PSEUDOGOD nous en vient donc de Perm, en Fédération de Russie, ville qui a vu naître le projet en 2004. Quatorze ans de carrière donc pour ces amateurs de brutalité non diluée, et pourtant, sanctionnées de peu d’œuvres complètes si l’on en juge par le recensement de leur production. Un seul LP à mettre à leur actif, le bien nommé Deathwomb Catechesis paru il y a déjà six ans, et qui venait enfin concrétiser de manière officielle le combat mené contre la musicalité entamé à l’orée du nouveau siècle. C’est peu, mais il convient d’y ajouter une myriade de sorties éditées sur divers labels microscopiques, dont pas mal de splits, quelques EP, et des titres éparpillés sur des compilations, ce qui rend l’exhaustivité de leur travail difficile à résumer. C’est justement le propos de ce Sepulchral Chants, qui se propose de réunir en un seul volume tous les morceaux non disponibles sur l’unique LP du groupe, qui depuis plus d’une décade a progressé, au point de se transformer en machine de guerre blasphémant à tout vent. Mais il est quand même utile de préciser que les russes ne font pas partie des ensembles BM les plus abordables, tant leur chaos à peine organisé à des allures de War Metal pas vraiment assumé, mais aux résonances assourdissantes.

On trouve donc sur cette compilation mise sur le marché par les esthètes morbides de Nuclear War Now de quoi étancher notre soif de chaos, et surtout, un joli listing reprenant à son compte tous les formats épars du quatuor. Composé de Naaz (basse), Yogsothoth (batterie), D.Necros (guitare) et I.S.K.H. (chant), tous ex-ACT OF GOD, ex-SINFUL ou ex-GROTH, PSEUDOGOD pratique donc une forme très hermétique de BM pas vraiment épique, mais aux aspirations délicatement progressives. Dans le fond bien sûr, mais dans la forme aussi, puisque les années passant ont quelque peu changé le visage du groupe, le rendant non plus accessible, mais plus acceptable, spécialement au niveau du son. Celui-ci est évidemment fluctuant selon les époques et les publications, mais colle à la peau d’une musique sans concessions, qui ne conçoit la violence que sous son aspect le plus brut. Pour rentrer dans les détails d’un tracklisting fourni (soixante-dix-sept minutes quand même pour un double LP), sachez que Sepulchral Chants contient les morceaux disponibles sur la démo Illusion of Salvation de 2006, celui du split In Void and Serpent the Spirit is One de 2008 et ceux de l’EP Triumphus Serpentis Magni de 2010, ceux du split Four Wings of Blasphemy and Abomination de 2010 et de l’EP The Pharynxes of Hell de 2015, d’un bonus disponible sur le picture LP Illusion Of Salvation de 2012, d’une répétition de 2007 (au son bien sûr absolument épouvantable) et d’une autre de 2014, au rendu encore plus difficile à supporter. Voilà donc une description exhaustive des pistes douloureuses qui vous attendent sur ce double LP, qui a quand même le mérite de résumer un pan d’histoire assez méconnu de l’extrême russe…

Musicalement évidemment, les maniaques de la précision et de la clarté vont méchamment morfler. Assez proche d’un BM vraiment brut, les PSEUDOGOD ne font montre d’aucune compassion envers la musicalité, mais n’en sont pas de vulgaires brutes assoiffées de sang pour autant. Leur BM a un joli parfum des origines, mais garde cette patine slave le rendant encore plus cru, et l’évolution proposée par la chronologie de la compilation nous permet d’apprécier leurs efforts de concision. Si les premiers morceaux font montre d’une cruauté abominable et prennent la production comme un gimmick dont on peut facilement se passer, le reste du disque est plus accessible aux plus effarouchés, même si la violence développée n’est pas vraiment tamisée. On pense à une version plus professionnelle et malléable des REVENGE, mais les sites spécialisés se plaisent visiblement à comparer nos amis du jour à toute une palanquée d’artistes aussi déviants que tarés. Ainsi, les noms d’IMMOLATION, de NOCTURNAL BLOOD, ARCHGOAT, TEITANBLOOD, MITOCHONDRION, ANAL BLASPHEMY ou ODEM reviennent avec une certaine régularité, tout comme celui de PORTAL, bien que ces références peinent à baliser un terrain accidenté. Et si la vitesse et la crudité restent des valeurs majeures, la lourdeur n’en est pas pour autant occultée, et des morceaux à l’emphase prononcée comme « Awakening Of Archdaemon » ou à l’ambiance modulée comme « Muerte » permettent de ne pas se croire perdu dans un magma sonore sans queue ni tête, ni dans un labyrinthe noisy sans échappatoire possible. Car les russes sont de plus habiles compositeurs que leur première démo ne le laisse croire, et l’évolution notable dans le tracklisting permet de comprendre qu’ils ne se contentent pas de leurs modestes acquis, et qu’ils souhaitent évoluer vers une forme plus ambitieuse et ouverte de Black de tradition.

On trouve même par ci par là de petites surprises en plus-value, comme cette reprise tout à fait digeste des infâmes BEHERIT (« The Gate Of Nanna », tout simplement claustrophobique et cauchemardesque), ou cette réappropriation très crue d’ANTAEUS (« Blood War III »), mais aussi des choses plus personnelles qui nous poussent à croire que le quatuor est largement capable d’accoucher d’une œuvre définitive. Ainsi, le glauque « Azazel » ressemble en tout point à un exorcisme mené avec flair, alors que le futé et cruel « Diving Merging » pourrait donner une leçon à tous les faiseurs de bruit de la création. Certes, et j’en suis le premier conscient, les derniers morceaux captés en plein effort dans une cave abandonnée ont plus valeur de témoignage que d’un réel intérêt musical, mais ils permettent à Sepulchral Chants de conserver ce parfum underground à laquelle nous tenons tant. Et puis, une horreur totale comme « Bleeding With Pus Of Black Plague » mérite à elle seule toute l’attention que vous pourrez porter à ce LP, tant la méchanceté crasse qui en émane nous rappelle que le Black n’a jamais eu vocation à sonner clean ou à séduire…Tout ceci est donc très véhément, vilain, défiguré, mais nous ramène à notre propre condition de sadiques/masochistes en perpétuelle quête d’absolu. Et plus prosaïquement, une façon de découvrir une facette intime du chaos made in Russia, via son versant le plus abrupt, mais franchissable.


Titres de l'album:

   01 Bleeding With Pus Of Black Plague
   02 Illusion Of Salvatio
   03 Branded By Hornz
   04 The Firstborn Of Abhorrence
   05 Illusion Of Salvation
   06 Awakening Of Archdaemon
   07 Diving Merging
   08 Azazel
   09 The Gate Of Nanna (Beherit cover)
   10 Muerte
   11 Blood War III (Antaeus cover)
   12 Bleeding With Pus Of Black Plague
   13 The Firstborn Of Abhorrence
   14 Necromancy Of The Iron Darkness
   15 Azazel

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par mortne2001 le 16/05/2018 à 14:21
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pas le 27 Avril mais c est le 17 Avril voir site;
https://wickedmetalreview.wixsite.com/wickedmetalreview/post/reptilium-adrenochromacy?fbclid=IwAR3mQiBqH-HFePj2K1w3WrzchVjL2mABPa-drsZ2slIrmbxKotYt1qe3r6g


Ah, effectivement : la pochette est terrible !!


merci pour ton report
Je n'ai pas pû me déplacer pour cette affiche monstrueuse, ce qui rend la lecture douce et cruelle à la fois.


Un produit plastique crée de toutes pièces, sasns identité ni âme. Merci Nuclear Blast de cracher sur le patrimoine.


Seul le premier album était excellent, les 2 autres dont celui-ci de moins en moins bons.