Forcément là, ça va moins rigoler déjà. Non que je vous ai habitués à des douceurs fondant sur le palais, mais force est d’admettre que cette fois-ci, j’ai poussé le bouchon encore plus loin. Pas forcément en détail, puisque ce nouveau projet ne tire pas la bourre à ses concurrents en termes de production, d’interprétation ou de composition, mais globalement, l’intensité dégagée par cette démo relègue la fange extrême au délicieux rang de haut-parleur d’une époque trop résignée pour se révolter. Dans le bruit. Mais rassurez-vous, certains s’en sortent encore haut la main et dégagent une chaleur infernale, sans pour autant forcer le destin et basculer dans le ravin. Pourtant, Sean Mahoney s’y tient juste au bord. Une simple accolade un peu forcée pourrait le faire chuter dans les abysses du musical nonsense, tant son approche d’un Death à tendance Black et Grind le fait côtoyer la perte d’équilibre. Dès lors, pas vraiment étonnant de retrouver le gars et ses bagages à la gare Sentient Ruin, qui n’est jamais la dernière à vider ses quais pour faire de la place aux nouveaux tarés entrants. Sortant de quasiment nulle part (les infos sont indisponibles à son sujet), MISRULE se veut donc chantre de l’extrême moderne, et accommode à sa sauce les déviances les plus violentes de l’underground pour nous secouer les puces, et nous fournir une fumigation en règle. En seulement cinq morceaux et huit minutes, le multi-instrumentiste-compositeur torche une des maquettes les plus féroces de ce début d’année, et se compare de fait aux références que son label utilise pour le situer. Lesquelles ? VERMIN WOMB, KNELT ROTE, FULL OF HELL, PLAGUE WIDOW, des noms bien connus des amateurs de sensations fortes, auxquels j’adjoindrai celui de GNAW THEIR TONGUES histoire de rester dans le ton.

Avec des références pareilles, et celle mentionnée des NIGHTBRINGER, auquel Sean a emprunté le nom de son projet, vous savez déjà plus ou moins à quoi vous attendre, et vous aurez raison. Les amalgames sont en effet pertinents, et se rejoignent dans une convergence de cruauté musicale pour vous entraîner dans les bas-fonds les plus sordides de l’âme humaine, pour un voyage qu’on pressent sans retour, mais qui génère suffisamment de souffrance pour qu’on le sente passer. Forced To Suffer s’appréhende donc comme un one-way-ticket pour la douleur, les atrocités en tout genre, et surtout, une caution pour l’inspiration de ce maniaque de l’agression qui refuse tout apriori et toute concession pour parvenir à ses fins. Entre des riffs gigantesques, qui en appellent tout autant au Sludge/Doom morbide qu’au Death Indus sordide, une rythmique écrasante, une voix caverneuse aux inflexions gravissimes, et une ambiance globale qui évoque volontiers quelques enfers personnels, cette première démo mérite son titre à chaque seconde, à chaque plan qui nous enfonce des aiguilles de haine dans les tympans, se réjouissant de sa propre méthode de torture en mouvement perpétuel. Difficile d’y retrouver ses petits, d’autant qu’ils sont déjà tous morts, mais la jouissance de cette dualité Eros/Thanatos (l’amour de la mort et la mort de l’amour, CQFD) est patente, et pourrait même s’apparenter à une version très SM et amplifiée des premiers efforts d’AUTOPSY, agrémentée d’une surdose de brutalité intrinsèque histoire de n’épargner aucune âme sensible. Gageons qu’à l’écoute des cinq morceaux de ce premier jet (de bile), votre moral va chuter au plus bas, à moins que votre (absence de) morale de psychopathe ne se satisfasse pleinement de ces vices bruitistes.

En huit minutes, il n’est pas difficile de se faire une idée d’ensemble sur la chose, et pas sûr qu’on pourrait en supporter plus. Pourtant, il se dégage de cette maquette tant d’agressivité et de puissance qu’on en vient à regretter sa brièveté, et à souhaiter un effort sur la durée pour se faire à l’idée. Laquelle ? Celle que les limites de tolérance sont étirables à l’infini, et que malgré son caractère farouchement nihiliste, Forced To Suffer n’est jamais une excuse à la violence gratuite et au n’importe quoi minimaliste. Avec un son à faire trembler les parois d’une caverne, et des compositions travaillées qui proposent thèmes, breaks, atmosphères et arrangements triés, MISRULE via Sean Mahoney nous offre une belle démonstration de vilénie, qu’il a agencée de manière à la rendre encore plus efficace et létale. On y croit comme un split entre les FULL OF HELL et VERMIN WOMB (les deux références les plus marquantes), et on adhère au propos, comme tout bon sadique/masochiste qui se respecte. Une maquette à déguster comme un coup de fouet infligé/une punition bien méritée, et qui va certainement agiter le mois de mai, qui la verra éditée en version tape par les bons soins de l’aiguilleur Sentient Ruin. Il faudra d’ailleurs songer à décerner à ces derniers un prix d’utilité publique, eux qui depuis des années se battent pour rendre l’insondable perceptible, même par les moins réceptifs. Ah et j’oubliais, au cas où un argument vous manquerait pour vous décider à adopter cette nouvelle créature, sachez qu’elle nous en vient de Portland, Oregon. Et ça aussi, en termes d’extrême, vous savez très bien que ça ne rigole pas non plus.


Titres de l'album:

  1. Forced to Suffer
  2. Led to the Grave
  3. Death Embrace Me
  4. Bleed
  5. Maggot

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 30/05/2018 à 14:12
78 %    193

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