La vague revival Thrash semble faire tellement d’émules qu’on en vient à se demander si Angela Merkel elle-même ne va pas monter son propre groupe en hommage à la scène mythique des années 80…Tout ça nous offre un spectacle intégral, souvent réjouissant, parfois ennuyeux, de temps à autres anecdotique, mais permet à « d’anciennes gloires » de remettre le couvert pour justement essayer d’acquérir un statut qu’elles n’ont jamais eu durant la première époque de leur carrière.

Prenons par exemple le cas de nos bons vieux VENDETTA, originaires de Schweinfurt. Fondé en 1984, ce quatuor/quintette a juste eu le temps il y a trente ans de sortir deux albums avant de disparaître dans une indifférence générale, pour revenir sur le presque devant de la scène vingt ans après pour une tentative de comeback plus affirmé.

Je les avais connus à l’occasion de la sortie de la compilation Doomsday News II, sur laquelle figurait leur titre « And The Brave Man Fails », et j’avais été plutôt séduit par leur Speed à tendance Thrash mordant et totalement Allemand. Leur premier LP, Go and Live…Stay and Die présentait d’ailleurs d’indéniables qualités d’interprétation, même si les compositions se contentaient du strict minimum d’imagination.

Las, leur second effort, le calamiteux Brain Damage enterrait les maigres illusions formulées à leur sujet…Mais depuis 2007 et leur retour en fanfare via un LP test Hate, les choses semblaient s’améliorer pour eux, même si les fans du genre guettaient encore sans grand espoir l’étincelle de génie qui finalement…resta éteinte.

Depuis, un autre LP dans les poches, le plutôt moyen Feed The Extermination, mais une stabilité plutôt rassurante, qui les mena petit à petit vers un cinquième opus que nous avons donc découvert en février via les bons soins de l’hospice local Massacre Records, sobrement et logiquement intitulé The 5th. Outre sa pochette clin d’œil/boutade à ce cher Ludwig Van, ce cinquième effort est placé sous d’autres influences, la plus flagrante étant celle des légendes nationales KREATOR dont les VENDETTA utilisent une bonne partie du vocable métallique pour parvenir à leurs fins.

Et admettons-le directement, si le quintette n’arrivera jamais à la hauteur de ses illustres compatriotes, ils ont au moins appris en vingt ans à composer correctement, à défaut de nous bluffer par leur originalité, qui pointe toujours aux muses absentes.

VENDETTA, en substance, est l’archétype du groupe de série B qui restera toujours cantonné à la seconde division, mais qui fait de son mieux pour honorer son rang de leader par défaut. The 5th, loin d’être mauvais, se contente d’appliquer des recettes Thrash éprouvées et élimées jusqu’à la dernière fibre de mi, tout en s’autorisant parfois quelques fantaisies, dont certaines restent hautement dispensables. Ainsi, si ce disque fait une fois de plus la part belle aux rythmiques franches et aux morceaux directs et sans fioritures, certaines tentatives subtilement ambitieuses et/ou excentrées offrent un point de vue différent, mais pas forcément pertinent dans les faits et le rendu.

Ainsi, si l’ouverture progressive de « Fragile » et ses huit minutes évolutives laisse présager du meilleur, avec une multitude de breaks et de plans qui s’enchaînent avec flair et sans temps mort, la ballade finale « Nevermind », sur laquelle Mario Vogel ose enfin un chant clair et mélodieux très éloigné de son mentor Mille Petrozza, parait complètement hors-sujet, malgré une mélodie intéressante et des cordes acoustiques assez séduisantes.

Mais tel est le paradoxe d’un groupe capable de faire un grand écart sans ruiner ses adducteurs, mais sans non plus muscler ses cuisses pour courir plus vite et plus loin.

Car entre ces deux extrêmes, The 5th est blindé jusqu’au faux-col de tronçons Thrash tout ce qu’il y a de plus classiques et formels, qui reprennent peu ou prou les mêmes astuces que la majorité des groupes du cru, sans chercher à aller plus loin, même si l’on note une recrudescence de violence assez agréable en l’état.

Et le constat est assez déprimant en soi, surtout lorsqu’on découvre que les lascars sont parfois tout à fait capables de s’extirper de l’ombre de KREATOR, un peu trop écrasante tout au long de l’album, et qui les cantonne à un manque de lumière évident et assez frustrant.

Ainsi, « Religion Is The Killer » et sa basse slappée en intro prouve que les cinq bavarois sont tout à fait aptes à se distancier de leurs références les plus évidentes, et offre même à l’album son meilleur moment, puisque le plus personnel et délirant. Solo qui part dans la stratosphère, up tempo martelé et chaotique bien décalé, pour un Speed/Thrash saignant et sinueux qui nous fait headbanger plus que la moyenne.

Mis à part ces quelques exceptions qu’il convient de souligner, le reste du répertoire aurait pu être composé il y a trente ans, ou dix/quinze par les soins de Mille, Ventor & co. Certes, « Let’er Rip » est efficace et lapidaire dans son genre, certes « The Prophecy » est concis et percutant, avec sa double grosse caisse martelée et ses jeux de toms coulés, mais l’intro de « Deadly Sin » lui est tellement similaire qu’on a rapidement le sentiment de tourner en rond, ce qui n’est pas forcément l’effet souhaité.

« Shame On You » tente le coup de l’entame sombre et déclamée d’une voix sentencieuse, et propose enfin un Metal direct et plus contemporain, avant de sombrer une fois de plus cordes et armes dans des contretemps trop classiques, malgré une volonté affirmer de replacer la mélodie dans un contexte différent.

Entendons-nous bien, et pour modérer le ton légèrement désabusé voire ironique de cette chronique, The 5th est loin d’être un mauvais album en soi. Il fait partie d’une bonne moyenne de sorties Thrash qui privilégient l’efficacité à la spontanéité, et s’il n’apporte rien à la cause, il ne la trahit pas pour autant. Il est symptomatique d’une première vague de groupe des années 80 qui continuent leur petit bonhomme de chemin, sans dévier de leur philosophie, et se comporte comme si les choses n’avaient pas évolué depuis 1988.

Et si vous ajoutez à ce manque de lucidité/témérité un complexe/fascination évident envers les maîtres de la sidérurgie locale KREATOR (carrément flagrante sur un morceau comme « Deadly Sin », sur lequel Vogel se prend vraiment pour la doublure vocale de Mille), le bilan reste plus que mitigé, et décevant puisqu’on sait les gaillards capables de faire beaucoup mieux que ça.

 Mais il semblerait que le temps passe, et que cet espoir devienne petit à petit un miracle illusoire. Et avec The 5th, sans démériter, les VENDETTA ne sont toujours pas aptes à déclencher une révolution violente, et encore moins plonger nos âmes dans le coma.


Titres de l'album:

  1. Fragile
  2. Let 'er Rip
  3. Deadly Sin
  4. Agency Of Liberty
  5. The Search
  6. The Prophecy
  7. Shame On You
  8. Religion Is A Killer
  9. Nevermind

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par mortne2001 le 15/03/2017 à 17:55
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