Il n’y a pas qu’une seule façon de concevoir le Black Metal. C’est d’ailleurs, selon mon opinion, le style le plus versatile, le plus imprévisible qui soit, et souvent malheureusement, sujet à caution de par ses exactions minimalistes et bruitistes. Les pionniers du genre (je veux dire par là, les vrais, ceux qui ont consciemment décidé de jouer du BM, et non pas leurs influenceurs BATHORY, VENOM ou HELLHAMMER qui n’en avaient pas l’intention) voyaient le style comme un rejet de tous les autres, mais aussi de la société, de la morale et des carcans judéo-chrétiens, et un exutoire à leur soif de violence intérieure qui a fini par se matérialiser de façon regrettable. Mais finalement, et en dehors du décorum pseudo-philosophique et antireligieux (qui tient la plupart du temps d’une imagerie bien conçue plus que d’un mode de pensée sincère), qu’est-ce que le Black Metal artistiquement parlant ? Une musique extrême, peut-être la plus absolue qui soit, qui repousse sans cesse les limites de la création, qui connaît une imagination exponentielle, et qui utilise tous les outils à sa disposition pour concrétiser ses idées, aussi funestes soient-elles. Si nous l’abordons par son versant le plus complaisant, le BM est une musique qui peut se prévaloir d’ambitions progressives, symphoniques, ou qui au contraire adopte la posture de la brutalité la plus poussée, tombant parfois dans les travers d’un minimalisme tenant plus d’un purisme imbécile que d’un courage de position. Et en occultant (sic) ses extensions les moins pardonnables pour le grand public Metal (lo-fi, Raw, Noise, expérimental approximatif…), le BM peut parfois prendre une forme tout à fait abstraite, tout en restant ancré dans un réalisme de dogmes incontestable. Cette longue intro peut planter le climat propice à l’analyse du projet cosmopolite ANCIENT MOON (France, Belgique, Suisse), un projet obscur, hors normes, qui depuis quelques années agite l’underground de ses prétentions instrumentales et de sa recherche d’absolu.

Pas grand-chose à révéler de ce concept qui justement, se préfère hermétique et mystérieux, si ce n’est un premier LP publié en 2015, Vvltvre, ne contenant qu’une seule piste de vingt-neuf minutes, et un split avec les collègues internationaux de PROSTERNATUR, et une fois encore une piste unique de presque vingt minutes. ANCIENT MOON en théorie, se veut le chantre d’un Black Metal Ambient, qui multiplie les climats et les atmosphères, pour ne pas rester coincé dans un carcan de brutalité outrancière trop contraignant. Dans les faits, et avec un peu de recul, on sent des influences classiques dans leur musique, ce sens de la démesure si cher à EMPEROR, cette grandiloquence théâtrale que les ARCTURUS prônaient il y a longtemps, mais aussi la rigueur expérimentale des DODECAHEDRON, le tout sous couvert d’une caution de grandeur que la longueur de leurs pistes appuie. Encore une fois, le collectif n’a pas joué la facilité, avec deux morceaux d’une vingtaine de minutes, s’appuyant sur un thème porteur décliné à l’infini. On retrouve cette envie d’autre chose, ces chœurs qui sortent de nulle part et qui exhortent leur litanie d’une voix atone, ces brutales accélérations, mais aussi ces dissonances en écho, soit la quintessence d’un groupe n’en étant pas un, mais en pleine possession de ses moyens. Plus encore que sur Vvltvre, cette envie de liberté et d’absence de limites se manifeste par des riffs qui sont étiré au-delà du raisonnable, et qui pourtant remportent le challenge de ne pas se répéter. La base instrumentale, sobre et presque épurée, laisse au groupe la latitude pour imposer des arrangements superposant les strates vocales, empilant les guitares dans un écoulement acide, pour mieux laisser la rythmique cimenter et envelopper le tout dans des cavalcades de double grosse caisse, ou dans des blasts émanant de l’au-delà.

S’il est difficile à croire vu de l’extérieur que deux pistes formant une symphonie de quarante minutes ou presque peuvent proposer autant d’idées qu’une dizaine de morceaux différents, les faits sont là, et « Benedictus Diabolica, Gloria Patri Pt 1 et 2 », malgré des écarts de tonalités et une gestion du silence individuelle, ne forment bien qu’une seul tout, indivisible en théorie, mais scindé en deux pour plus de facilité. Le riff servant de prétexte se trouvant sous sa forme finale au début du premier chapitre, il n’est pas difficile de voir en ce second album une entité globale, une sorte de jam impromptue sur des motifs sombres et discordants, avec une attitude héritée du Drone, sans le côté irritant de la chose. Ici, l’unique mélodie respire et est bien présente, les interventions vocales vont et viennent, et si l’ensemble à ce petit côté linéaire qui rebutera les plus versatiles, il s’en dégage une force que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Avec quelques touches de synthés pour appuyer l’emphase Ambient, des cassures régulières mais qui prennent le temps d’incruster l’ultraviolence aux agapes de la cruauté, et quelques références aux grands anciens via des clins d’œil appuyés à la vague norvégienne des années 90 (manifeste dans le chant sur « Benedictus Diabolica, Gloria Patri Pt 1 » qui par moments rappelle clairement MAYHEM), Benedictus Diabolica, Gloria Patri est un pari gagné pour les anonymes ANCIENT MOON, qui parviennent à transformer la linéarité d’apparence en transe hypnotique qui pénètre l’esprit et les chairs, donnant un nouveau sens au terme progressif dans le petit monde très fermé du Black Metal. Trop créatif pour n’être qu’Ambient, trop monolithique et ferme pour être vraiment évolutif, ce second album reste entre les deux, dans des limbes étranges mais envoutantes, qui vous enveloppent de leur opacité pour vous proposer une réalité alternative.

Un véritable mystère dans le concept, mais aussi dans les faits. Ce qui est déjà beaucoup plus rare.           

   

Titres de l’album :

                        1. Benedictus Diabolica, Gloria Patri Pt 1

                        2. Benedictus Diabolica, Gloria Patri Pt 2

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par mortne2001 le 21/09/2019 à 17:50
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