Lorsqu’on plonge les mains et trempe les pieds dans l’underground, mieux vaut avoir une sacrée paire de gants et de bottes. Les scènes les plus obscures ressemblent souvent aux bas-fonds d’un vieux marais, et sont à peu près aussi dangereuses que des sables mouvants, risquant de fait de vous entraîner vers une mort certaine, due à un étouffement atroce, sans possibilité d’une aide quelconque. Alors, mieux vaut être prudent et avancer à pas calculés. Ainsi, la découverte du premier album des Canadiens de MALSANCTUM s’apparente un peu à un face-à-face avec les côtés les plus sombres de l’existence, ceux-là même qui vous font réfléchir sur votre propre condition d’auditeur lambda, confronté à l’abomination musicale la plus absolue. Iron Bonehead continue donc son travail de déconstruction de la musique moderne, et met sur le marché une nouvelle œuvre entièrement dédiée à la renonciation, à la douleur, à l’horreur aussi, et semble fier de ses exactions destinées à nous faire appréhender le côté caché de leur propre lune, qui n’est finalement qu’un satellite gravitant autour d’une terre agonisante. Le choix de privilégier des sorties toutes plus obscures les unes que les autres nous garantit un certain inconfort d’écoute, et l’absence de tout renseignement sur les groupes signés offre une mystique qui n’est pas inintéressante, pour peu que les groupes en question proposent quelque chose de constructif. Ainsi, la question se pose à propos de Malsanctum, l’album, qui fait suite à une première démo un titre, Metamorbid Fetishization, publiée il y a trois ans. Nous pouvions y écouter la même piste de plus de vingt-trois minutes sur les deux faces de la cassette, et autant dire que cette composition ne privilégiait ni la bonne humeur, ni l’énergie…

Trois ans plus tard, la formule n’a pas changé, mais s’est étiré au-delà du raisonnable. En disposant trois morceaux de durée variées, dont un de plus de vingt-cinq minutes, les canadiens n’ont pas vraiment cherché à fédérer, mais plutôt à diviser. Leur style, toujours inamovible ou presque, se concentre sur une forme de Dark Doom Ambient, que l’on qualifiera ainsi par facilité, et qui se fixe sur une rythmique monolithique, à peine relevée de quelques riffs aussi dark qu’une nuit sans étoiles. Disposant d’un son en tout point atroce, les (ou le ?) MALSANCTUM ne se remettent aucunement en question, et avancent (très) lentement vers leur funeste destinée, rejoignant ainsi le club plus si fermé que ça des bruitistes minimalistes sadiques qui prennent un malin plaisir à flatter les plus bas instincts. A peu près aussi joyeux qu’un split entre ENCOFFINATION et THE BODY, ce premier longue-durée ne cherche aucunement à s’extirper de sa condition monotone, et espère nous convaincre de sa violence sourde et de sa lourdeur oppressante. Production qui sature les graves, médiums inexistants, toms qui bénéficient par accident d’une profondeur certainement involontaire, cette trinité blasphématoire aura certainement les arguments pour séduire la frange la plus nihiliste des fans de Doom et d’Ambient, sans pour autant sombrer dans la redondance du Funeral Doom qui se montre la plupart du temps incapable de susciter des émotions tangibles.

Mais autant jouer la franchise, et avouer que peu d’entre vous sauront apprécier ce premier album à sa juste dévaleur. Sans vraiment chercher à singer les tics les plus affreux de Mories et GNAW THEIR TONGUES, MALSANCTUM offre sur « The Father », et « The Son », un diptyque statique, qui développe des riffs tout en stridences qui n’en sont pas vraiment, et qui n’offrent aucun point d’accroche, si ce n’est ce grondement permanent que nous aurons du mal à définir comme étant un motif mémorisable. Ressemblant en tout point à un Doom dronique joué au ralenti pour célébrer une mise en terre anonyme, ces deux premiers morceaux prônent la franchise, et bousculeront les plus réceptifs, tout en plongeant les plus exigeants dans une torpeur dont rien ne saurait les extirper. Toutefois, on note de légers efforts consentis à l’occasion de la longue piste « The Shattered Spirit », qui ose les arpèges de son clair, pour une véritable célébration de la mélodie minimaliste sur plusieurs minutes. On croit d’ailleurs déceler en cette occasion une volonté d’ouverture et de progression, puisque l’agencement de cet ultime chapitre se veut un peu plus évolutif, sans pour autant se réclamer d’un esprit progressif qui n’a pas lieu d’être. La voix est toujours mixée en arrière-plan, égrenant ses litanies les plus pernicieuses en toute quiétude, tandis que le long faux crescendo final semble se complaire dans la démarque d’un plan à la NEUROSIS, joué par des musiciens primitifs ignorant presque tout des possibilités de leurs instruments, et les maniant comme des moyens d’expression très limitée. On pense alors à une version néanderthalienne d’un Post Doom promise à une fin de non-recevoir, et qui découvre les rudiments du langage musical sans vraiment en comprendre le sens. Mais cette façon assez gauche de voir les choses à ras de terre a quand même quelque chose d’assez fascinant en soi, et pourrait représenter le degré le moins évolué de l’underground Noisy et dépressif.

Mais dans le fond et aussi dans la forme, Malsanctum n’est pas grand-chose de plus qu’une figure de style certes assez absolue dans son approche, mais pas sincèrement enrichissante dans son exécution. Et pas plus terrifiante que ce que le label a l’habitude de proposer d’ordinaire. Juste…un peu plus…pénible parfois.


Titres de l'album:

  1. The Father
  2. The Son
  3. The Shattered Spirit


par mortne2001 le 11/07/2018 à 18:29
70 %    215

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Twilight Force

Dawn Of The Dragonstar

Perpetual Among Us

Thy Will Be Done

Fuming Mouth

The Grand Descent

Endimion

Latmus

Unruly Child

Big Blue World

Hellnite

Midnight Terrors

Nucleus

Entity

Slipknot

Slipknot

Warrior Soul

Rock n’ Roll Disease

Hammerfall

Dominion

Iron Bastards

Cobra Cadabra

Summery Mind

Color

Destruction

Born to Perish

Lingua Ignota

Caligula

Volbeat

Rewind, Replay, Rebound

Obturate

The Bleeding Mask of Dread

Ravenous Death

Chapters Of An Evil Transition

Roxy Blue

Roxy Blue

Arctic Sleep

Kindred Spirits

Soleil Moon

Warrior

Tour Report : MONOLITHE + ABYSSIC / Europe avril 2019

Jus de cadavre / 15/08/2019
Abyssic

THE DIRT / Critiques du film

Jus de cadavre / 06/08/2019
Biopic

MOTOCULTOR 2019 : notre programme !

Jus de cadavre / 05/08/2019
Metalnews

Obscene Extreme - Jour 6

Mold_Putrefaction / 03/08/2019
Brutal Death Metal

Obscene Extreme - Jour 5

Mold_Putrefaction / 02/08/2019
Brutal Death Metal

Concerts à 7 jours

Photo Stream

Derniers coms

"Carnal knowledge prophecy!" à 15h...ok je sors :-)


Cet album m'attire, je trouve le truc ambitieux mais 'tain, pas évident de bien rentrer dans le délire !


On a pas dû écouter le même album!


Band bien guez. L'un de leurs plus mauvais albums. Les compos sont plates et le chanteur n'a plus de voix.


1) Bon j'ai dit 15 h comme ça car l'exaction a eut lieu en milieu d'après-midi. Impossible donc que cela ait pu se faire pendant INCANTATION car j'étais forcément au devant de la scène à ce moment là.
2) "Ou comment faire d'un seul riff un morcif entier"
Bah figures-toi que c'est (...)


Depuis l'éponyme, a oui quand même, le seul qui envoi lourd dans leur disco(aller on dira aussi Iowa).

Je vais tenté cet album.


marrante ton anecdote, tiens. Vers 15h, ils devaient pas aimer Incantation, preuve qu'entre le missionnaire et ça, ils devaient pas avoir beaucoup de goût.
Sinon, plus sérieusement, d'accord avec toi pour la majorité, Humungus, sauf ZURIAKKE (bon, moi et le black à capuche ça fait 2) ou (...)


Merci pour le report, très agréable à lire.
Juste en passant, une petite faute : "Beaucoup de groupes refusent de jouer ici à cause de ça, mais la moindre des choses, quand on accepte de venir, c’est de jouer le jeux." - jeu.


Bon, je sais qu'ici, c'est sur le MOTOCULTOR mais vu que LeMoustre évoque plus haut le sujet :
Effectivement, super METAL MEAN cette année encore bordel !
Comme d'habitude, une affiche du tonnerre pour pas bien cher.
Seul bémol ce week end, les trombes d'eau que l'on s'est pris (...)


Au Méan, Midnight a déchiré et a véritablement lancé le fest, avec son punk/thrash à la Venom/Motörhead survolté. Enchaîner directement avec Incantation d'ailleurs fut une bonne idée, tant les deux groupes ont excellé dans leurs styles respectifs. Je sais pas au Motoc', mais ces deux là (...)


Slips sales forever


Une édition boueuse cette année !
Mais du lourd ! Incantation monstrueux, Midnight ultra rock n roll, etc... ! On vous raconte tout ça bientôt !


Un album ou il faut pas réfléchir, c'est beaucoup de bruit, ça tremble c'est juste fait pour nous détruire la cervelles et les oreilles c'est assumé et ça marche, ça te met la dose.

J'assume aimé dans ce sens mais je n'y vois rien d'autre et ça me suffit de m'explosé la tete.<(...)


Pour information le groupe est emmené par des membres de Impaled Nazarene (Mikael Arnkil), Abhorrence et Unholy (Pasi Äijö)


Triste nouvelle :-(
RIP


C'est là où le groupe continue de se distinguer : contrairement à tous ces groupes jouant sur scène l'intégralité de leurs albums les plus renommés (et vendus, pour le coup...), eux ils prennent un contrepied phénoménal. Donc Mr Bungle continue sa légende de surprise permanente. Que pouvai(...)


Les gars ont quand même un sacré esprit de contradiction, revenir après toutes ces années pour jouer une démo super underground et n'ayant quasi aucun rapport avec le reste de leur discographie alors que tout le monde attendait les grands classiques...

Quand j'ai vu qu'il y avait S(...)


Au delà de l'excellente nouvelle le plus étonnant , pour moi, c'est qu'ils vont jouer leur première démo. Soit ce qu'ils ont fait de plus bourrin. Juste génial


Ça c’est une putain de bonne nouvelle
Espérons qu’ils fassent plus que ces 3 dates


Sinon, je vends une Logan break de 2013.
Prix à débattre...