Les mecs se plaignent, le Hardcore, le Thrash, le crossover deviennent trop sérieux, le fun d’antan manque, et après tout, ils n’ont pas tort puisque le truc était instinctif au départ, comme une sale blague qui fait rire les potes, une capote remplie d’eau et jetée d’un balcon sur un pauvre passant innocent.

Et c’est vrai. Terriblement vrai. Cette vie est suffisamment pénible pour ne pas se sentir obligé de se coltiner les prétentions artistiques de groupes qui finalement ne pissent pas plus loin que les clowns qu’ils pointent du doigt.

Et en parlant de clowns, les trois Pays de Galleux de PIZZATRAMP en sont de bons. Pas des clowns blancs, pas non plus de gros débiles au nez rouge, mais un truc entre les deux, qui prend la déconne avec sérieux.

Pourtant la pochette puait salement du graphisme avec son trait grossier plus symptomatique de la scène Punk fendard, et on ne s’attendait pas vraiment à découvrir caché dessous un énorme Punk Hardcore aux subtiles et néanmoins prononcées touches de Crossover.

C’est pourtant ce qui vous prendra à la gorge dès les premières secondes de Blowing Chunks, qui en effet coupe de larges tranches de Core au peppéroni rigolard et efficace, sans olives noires, mais avec une bonne dose d’anchois qu’on balance à la gueule du chat (parce que les anchois sur la pizza, c’est vraiment dégueulasse).

Alors d’où viennent-ils ces pourfendeurs d’humeur maussade ? Du Pays de Galles comme précisé, d’où ils ont émergé fin 2014 en configuration trio (Sammy Two Cabs – basse et grognements, Jimmy No Whammy – guitare et hululements, Danny Bang Bang – batteur rapide et cohérent).

Ils ont déjà eu l’impolitesse de sortir quelques EP, ce qui fait donc de ce Blowing Chunks leur premier effort en presque longue durée, puisque le machin n’excède pas la demi-heure.

Mais c’est un des atouts de cette farce qui n’en est pas vraiment une. Avec une quinzaine de titres courts et concis, fun mais précis, le trio frappe fort et juste, et n’envoie pas de tarte à la crème hors-jeu. On sent bien sûr de grosses influences, comme les MUNICIPAL WASTE en plus vintage, mais aussi la scène Core de Boston, les grosses guitares de Rocky George et le phrasé de Muir, la folie des STUPIDS et la vélocité paillarde des NO FX, et tout ça mélangé donne lieu à une grosse fête Hardcore qui donne le sourire et l’envie de fracasser la télé sur le cadre contenant le portrait fané de mémé.

Comme tous bons branleurs qui se respectent, les PIZZATRAMP s’affirment mauvais, mais évidemment, ne les croyez pas sur parole, ils n’en ont aucune. Ils acceptent comme influences notables les BLACK FLAG, MINOR THREAT, les DK et les PISTOLS, mais aiment aussi intégrer quelques éléments Thrash dans leur foutoir, ce qui le rend encore plus efficace et ludique. A vrai dire, et pour résumer la fête pas si bête, on pourrait dire que leur album ressemble beaucoup à une pente Californienne dévalée sur un skate à fond la caisse, et sans casque ni genouillères. C’est dangereux évidemment, mais tellement marrant qu’on se tape de savoir s’il reste du mercurochrome ou pas.

En l’état, Blowing Chunks propose quatorze tranches de vie qui ne dépassent jamais les deux minutes, et qui vont à l’essentiel. Et en mettant de côté le final improvisé et hautement dispensable de « Petrol Chicken » qui ne sert à rien sinon à se poser en ultime sketch pas drôle du tout, le tout frise la perfection dans les styles choisis, et pourrait bien incarner un gros revival Crossover comme on n’en a pas entendu depuis très longtemps.

Pour en arriver là, les trois barges ont fait le tri dans leurs riffs et n’ont retenu que les meilleurs, ce qui s’entend sans difficultés de «CCTV » à « Choruses Are For Cunts », et son aveu/boutade extrêmement clair.

  

Les refrains, c’est pour les petits malins (en version polie évidemment), mais les grosses guitares tronçonnées façon CRYPTIC SLAUGHTER qui se taillent une partie de rami avec les vieux SUICIDAL TENDENCIES, c’est pas pour les bouffis. C’est un peu la leçon à tirer de ce premier pamphlet qui expurge la crème rance du haut de la tasse de café.

Alors après…Que les mecs sonnent comme les SLAYER qui reprennent du Hardcore, mais cette fois-ci, pas par-dessous la jambe (« Fuck You Heavy », au moins c’est clair), ou comme des DRI du dimanche qui n’ont pas que ça à faire («Nunchunks Of Hell », douze secondes de blague Télé Z, mais drôle), ou qu’ils se prennent pour Ian MacKaye qui tâte du « Possessed To Skate » en pensant à « Filler » (« Blowing Chunks », peut-être le meilleur brûlot du lot), ils assurent et rassurent quant à la mentalité d’un Crossover qu’on pensait déjà galvaudé et trop sérieux pour encore faire marrer.

Une basse brillante qui n’hésite pas à en rajouter dans les cordes relâchées (« Piss Smasher », le plus méchamment Core sombre de l’ensemble), et qui part en vrille pour survoler un Fastcore à parfum Thrash qui dévore (« Pollyticks », jeu de mots OK, mais salaison bien corsée et breaks amoncelés), rythmique volubile qui touche sa bille et qui appuie des guitares Heavy méchantes comme un jour de pluie au skate park (« Slick Witch », avec ses parties de chant hurlées comme un gosse qui vient de s’écraser le nez contre la rampe),et puis une soudaine humeur Core N’Roll qui se permet un hymne que les FLAG auraient pu oser sur leur début de carrière (« Queen of Ringland »).

On n’oublie pas au passage de ratisser les allées avec un Fastcrossover qui dépouille le pauvre clébard de ses puces sans produit toxique (« Scumbag Boogie », pas vraiment ZZ TOP, mais habile et débile dans sa rencontre fortuite entre les NOFX et les JERRY’S KIDS), on peaufine le travail d’un « Two Dogs Six Legs » qui justement honore la race canine handicapée d’un tonitruant revival Hardcore qui aurait fait d’eux des leaders il y a quelques années.

Alors, en mettant de côté cette conclusion ni marrante ni très futée, on obtient quand même un des meilleurs albums du style qui fonce sans forcer et renvoie dans les caves les groupes qui ne se sentent plus péter. PIZZATRAMP avec Blowing Chunks parvient à rassasier tous les fans attablés, qu’ils aient faim de Hardcore, de Punk, de Metal, de Crossover ou de tout ça en même temps, sans utiliser le micro-ondes ni servir du réchauffé.

Pochette moche, mais blagues amusantes pour une musique franche et légère, traitée avec respect.

Si ça vous intéresse, une vidéo est dispo pour illustrer « Town Clown », et un vinyle en forme de pizza sortira via le label TNS Records.

 Alors un conseil, invitez des potes à la maison et faites tourner ça à fond. Les meubles ne devraient pas rester en place très longtemps et votre soirée va vite virer à l’ersatz de Jackass, avec une meilleure bande-son. Très con, mais c’est comme ça qu’on l’aime non ?

Bandcamp officiel



par mortne2001 le 24/11/2016 à 12:02
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