Sur ce coup-là, je n’ai pas tout compris. Ne me demandez pas pourquoi, mais je connais depuis longtemps CRUELLA, obscur combo Heavy de Portland, Oregon, pour être tombé un jour sur leur deuxième album, Shock The World, que j’avais vu chroniqué dans je ne sais plus quel magazine. J’avais alors découvert un Heavy un poil lyrique, avec un sens de l’emphase sympathique, mais pas de quoi révolutionner mon quotidien alors en pleine transition entre le Thrash boom de 86 et la dérive Death et Grind de la fin des eighties. Une anecdote qui aurait pu rester enfermée dans le coffre de mes souvenirs, jusqu’à ce que je tombe sur ce Metal Revenge sorti de (quasiment) nulle part. Avec un peu de persévérance, j’ai réussi à savoir pourquoi cette sortie m’avait interpellé, et j’avais donc choisi de m’y intéresser, sans savoir que ce cas presque d’école allait déclencher des céphalées. Car voyez-vous, les informations disponibles à propos de ce nouvel effort sont à peu près aussi foisonnantes que les promesses de campagne tenues…A l’écoute du produit en question, j’ai pensé à une compilation de démos, ou à un album avorté remis sur le marché, mais il semblerait bien au vu des photos promotionnelles que Metal Revenge soit bien le troisième album officiel de CRUELLA, et donc une nouveauté tout à fait tangible. Abordons-le donc sous cet aspect-là, en s’enthousiasmant quelque part du retour de ce combo plongé dans les ténèbres depuis 1992, année de son split.

Pour les néophytes de la cause, pas d’inquiétude. Si le nom de CRUELLA n’évoque pas d’image précise, voire pas d’image du tout, rien d’étonnant à cela. Avec deux longue-durée parus très confidentiellement sur les indépendants US Metal Records et Rock Power/Crazy Life Music, aucune surprise à être passé à côté de cette référence, qui outre une distribution réduite, avait le handicap de jouer une musique pas vraiment franche du collier. A cheval entre Heavy lourd et pataud, Power à l’occasion, et Thrash un peu timide, les américains avaient le tort de ne pas vraiment trancher, et force est de constater que le problème est le même aujourd’hui. Je pensais à une démo d’ailleurs eu égard au son plus qu’approximatif de l’album, dont les médiums grésillent, dont les graves se résument aux notes les plus frappées de la basse et quelques coups de grosse caisse, et dont le chant sous-mixé dans le lointain sont symptomatiques. Il semblerait qu’en adéquation avec la vague old-school actuelle (ou plus simplement par manque de moyens…), les anciens presque héros aient choisi un cachet casher, qui confère à leur troisième LP une aura particulière d’œuvre coincée dans deux espace-temps différents…Mais loin de représenter une plus-value, cette production à la louche plombe des morceaux inventifs, qui avec un son plus étoffé et ample auraient pu se montrer compétitifs, et qui finalement restent assez vagues, imprécis, aux breaks hasardeux, et au feedback bizarre…

Mais cette sensation d’être tombé sur une maquette est aussi validée et accentuée par le fait que justement, la première démo du groupe, publiée en 1986 s’appelait déjà…Metal Revenge. Les CRUELLA auraient-ils souhaité nous plonger dans les affres de la perplexité, annonçant leur retour par le biais le moins direct qui soit ? Sans élément de réponse, impossible de juger, mais avec un line-up à moitié renouvelé (Roger DeCarlo - guitare et Kirk Johnson - basse, tous deux depuis 1986, accompagnés de Kaleb Davies - batterie et Tony Profitt - chant, depuis 2018), deux vieux de la vieille remettent donc le couvert, et nous présentent une poignée de sept nouvelles chansons, au parfum déroutant, et à la direction artistique plus ou moins erratique. S’agit-il encore de Heavy classique, de Power épique, de Thrash typique, de rien ou de tout ça en même temps ? Difficile à dire, puisque l’écart de style entre l’ouverture « Rampage » et « Burnt », est à peu près la même distanciant un habile clone de SAVATAGE/MANOWAR d’une démarque sage de HEXX et INFERNAL MAJESTY…Entamant les hostilités de la manière la plus formelle qui soit, les originaires de Portland décident ensuite de faire feu de tout bois, et explorent toutes les possibilités offertes par la nostalgie du Metal des années 80…Ardu dès lors de faire son choix dans ce festival de versatilité, qui voit le quatuor s’embourber dans un Heavy à tendance Power très formel ou s’exciter d’un Thrash de guingois, avec blasts surprenants et chant mordant. Plutôt en équilibre instable, Metal Revenge n’en est pas moins assez séduisant, dans un genre de cabinet des curiosités pas forcément bien rangé, mais foisonnant de surprises qui déstabilisent.

Si la patine la plus lourde ne convient pas vraiment, adoptant des postures tragiques à la MERCYFUL FATE d’occasion, l’agression nous permet de nous envoler, suggérant METAL CHURCH, en version excitée (« Slapped in the Face »), ou HEXX et la clique de série B d’il y a trente ans (« Burnt »). Entre les deux, des choses bizarres, dissonantes, occultes et dérangeantes, comme le très évolutif « Zombie March (March into Fire) », sorte de marche funéraire à la DEATH SS retravaillée par un Rob Zombie fatigué. Mais même en admettant les défauts inhérents à cette réalisation, et en faisant preuve d’objectivité, il est impossible de ne pas craquer pour ce Metal gentiment daté, mais joué avec envie, et faisant preuve de culot vicieux et d’originalité déviante. Ainsi, « Ancient Ruins », en final orgiaque, joue parfaitement son rôle, et fait encore regretter que la production ne soit pas performante avec ses riffs acides et son chant un peu traînant. Soulignons d’ailleurs le travail vocal de Tony Profitt qui permet à certaines idées de décoller beaucoup plus haut que leurs possibilités d’origine, même si le talent de guitariste rythmique de Roger DeCarlo n’est pas inintéressant en soi. Mais l’un dans l’autre, et après plusieurs écoutes attentives, j’avoue avoir un faible pour ce Metal Revenge bricolé par les CRUELLA, qui nous replonge avec sincérité dans une époque où le manque de moyens était facilement comblé par une passion indéfectible.   

 

Titres de l’album :

                      1.Rampage

                      2.Leave Me Alone

                      3.Dopemestic Violence

                      4.Zombie March (March into Fire)

                      5.Slapped in the Face

                      6.Burnt          

                      7.Ancient Ruins

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par mortne2001 le 06/08/2019 à 18:00
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Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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