Metal Revenge

Cruella

26/04/2019

Autoproduction

Sur ce coup-là, je n’ai pas tout compris. Ne me demandez pas pourquoi, mais je connais depuis longtemps CRUELLA, obscur combo Heavy de Portland, Oregon, pour être tombé un jour sur leur deuxième album, Shock The World, que j’avais vu chroniqué dans je ne sais plus quel magazine. J’avais alors découvert un Heavy un poil lyrique, avec un sens de l’emphase sympathique, mais pas de quoi révolutionner mon quotidien alors en pleine transition entre le Thrash boom de 86 et la dérive Death et Grind de la fin des eighties. Une anecdote qui aurait pu rester enfermée dans le coffre de mes souvenirs, jusqu’à ce que je tombe sur ce Metal Revenge sorti de (quasiment) nulle part. Avec un peu de persévérance, j’ai réussi à savoir pourquoi cette sortie m’avait interpellé, et j’avais donc choisi de m’y intéresser, sans savoir que ce cas presque d’école allait déclencher des céphalées. Car voyez-vous, les informations disponibles à propos de ce nouvel effort sont à peu près aussi foisonnantes que les promesses de campagne tenues…A l’écoute du produit en question, j’ai pensé à une compilation de démos, ou à un album avorté remis sur le marché, mais il semblerait bien au vu des photos promotionnelles que Metal Revenge soit bien le troisième album officiel de CRUELLA, et donc une nouveauté tout à fait tangible. Abordons-le donc sous cet aspect-là, en s’enthousiasmant quelque part du retour de ce combo plongé dans les ténèbres depuis 1992, année de son split.

Pour les néophytes de la cause, pas d’inquiétude. Si le nom de CRUELLA n’évoque pas d’image précise, voire pas d’image du tout, rien d’étonnant à cela. Avec deux longue-durée parus très confidentiellement sur les indépendants US Metal Records et Rock Power/Crazy Life Music, aucune surprise à être passé à côté de cette référence, qui outre une distribution réduite, avait le handicap de jouer une musique pas vraiment franche du collier. A cheval entre Heavy lourd et pataud, Power à l’occasion, et Thrash un peu timide, les américains avaient le tort de ne pas vraiment trancher, et force est de constater que le problème est le même aujourd’hui. Je pensais à une démo d’ailleurs eu égard au son plus qu’approximatif de l’album, dont les médiums grésillent, dont les graves se résument aux notes les plus frappées de la basse et quelques coups de grosse caisse, et dont le chant sous-mixé dans le lointain sont symptomatiques. Il semblerait qu’en adéquation avec la vague old-school actuelle (ou plus simplement par manque de moyens…), les anciens presque héros aient choisi un cachet casher, qui confère à leur troisième LP une aura particulière d’œuvre coincée dans deux espace-temps différents…Mais loin de représenter une plus-value, cette production à la louche plombe des morceaux inventifs, qui avec un son plus étoffé et ample auraient pu se montrer compétitifs, et qui finalement restent assez vagues, imprécis, aux breaks hasardeux, et au feedback bizarre…

Mais cette sensation d’être tombé sur une maquette est aussi validée et accentuée par le fait que justement, la première démo du groupe, publiée en 1986 s’appelait déjà…Metal Revenge. Les CRUELLA auraient-ils souhaité nous plonger dans les affres de la perplexité, annonçant leur retour par le biais le moins direct qui soit ? Sans élément de réponse, impossible de juger, mais avec un line-up à moitié renouvelé (Roger DeCarlo - guitare et Kirk Johnson - basse, tous deux depuis 1986, accompagnés de Kaleb Davies - batterie et Tony Profitt - chant, depuis 2018), deux vieux de la vieille remettent donc le couvert, et nous présentent une poignée de sept nouvelles chansons, au parfum déroutant, et à la direction artistique plus ou moins erratique. S’agit-il encore de Heavy classique, de Power épique, de Thrash typique, de rien ou de tout ça en même temps ? Difficile à dire, puisque l’écart de style entre l’ouverture « Rampage » et « Burnt », est à peu près la même distanciant un habile clone de SAVATAGE/MANOWAR d’une démarque sage de HEXX et INFERNAL MAJESTY…Entamant les hostilités de la manière la plus formelle qui soit, les originaires de Portland décident ensuite de faire feu de tout bois, et explorent toutes les possibilités offertes par la nostalgie du Metal des années 80…Ardu dès lors de faire son choix dans ce festival de versatilité, qui voit le quatuor s’embourber dans un Heavy à tendance Power très formel ou s’exciter d’un Thrash de guingois, avec blasts surprenants et chant mordant. Plutôt en équilibre instable, Metal Revenge n’en est pas moins assez séduisant, dans un genre de cabinet des curiosités pas forcément bien rangé, mais foisonnant de surprises qui déstabilisent.

Si la patine la plus lourde ne convient pas vraiment, adoptant des postures tragiques à la MERCYFUL FATE d’occasion, l’agression nous permet de nous envoler, suggérant METAL CHURCH, en version excitée (« Slapped in the Face »), ou HEXX et la clique de série B d’il y a trente ans (« Burnt »). Entre les deux, des choses bizarres, dissonantes, occultes et dérangeantes, comme le très évolutif « Zombie March (March into Fire) », sorte de marche funéraire à la DEATH SS retravaillée par un Rob Zombie fatigué. Mais même en admettant les défauts inhérents à cette réalisation, et en faisant preuve d’objectivité, il est impossible de ne pas craquer pour ce Metal gentiment daté, mais joué avec envie, et faisant preuve de culot vicieux et d’originalité déviante. Ainsi, « Ancient Ruins », en final orgiaque, joue parfaitement son rôle, et fait encore regretter que la production ne soit pas performante avec ses riffs acides et son chant un peu traînant. Soulignons d’ailleurs le travail vocal de Tony Profitt qui permet à certaines idées de décoller beaucoup plus haut que leurs possibilités d’origine, même si le talent de guitariste rythmique de Roger DeCarlo n’est pas inintéressant en soi. Mais l’un dans l’autre, et après plusieurs écoutes attentives, j’avoue avoir un faible pour ce Metal Revenge bricolé par les CRUELLA, qui nous replonge avec sincérité dans une époque où le manque de moyens était facilement comblé par une passion indéfectible.   

 

Titres de l’album :

                      1.Rampage

                      2.Leave Me Alone

                      3.Dopemestic Violence

                      4.Zombie March (March into Fire)

                      5.Slapped in the Face

                      6.Burnt          

                      7.Ancient Ruins

Facebook officiel


par mortne2001 le 06/08/2019 à 18:00
75 %    423

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Jon _ interview d'un homme multi-facettes

Simony 23/11/2020

Interview

Future World

mortne2001 23/11/2020

From the past

Voyage au centre de la scène : les fanzines

Jus de cadavre 22/11/2020

Vidéos

Rammstein 2005 (Volkerball)

RBD 16/11/2020

Live Report

At The Mill _ Live Stream Performance

Simony 07/11/2020

Live Report

Dahey OWM

Simony 01/11/2020

Interview

Fear Factory + Misery Index 2006

RBD 28/10/2020

Live Report
Concerts à 7 jours
Saor + Borknagar + Cân Bardd 01/12 : Le Petit Bain, Paris (75)
Saor + Borknagar + Cân Bardd 02/12 : Le Rex, Toulouse (31)
Saor + Borknagar + Cân Bardd 05/12 : Cco, Villeurbane (69)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
LeMoustre

Retour qui fait rudement plaisir en effet. On a l'impression de revenir en 1989 au gré de The Descending ou de quelques parties Forbiddenesques parsemées entre moshparts typiques. Et puis Flores n'a pas trop muté, y'a bon.

30/11/2020, 14:38

Gargan

C'est Knokkelklang*, même chant. Album 2018 excellent par ailleurs. Ce nouveau projet confirme que 2021 sera une belle année metal et une bonne source de dépenses.

30/11/2020, 09:48

RBD

Je suis plutôt pessimiste, les rassemblements de ce type seront à mon avis l'ultime activité à redevenir autorisée avant le retour complet à la normale. Ils reviendront, mais en dernier. Ceci dit, les institutions catholiques viennent d'obtenir d(...)

29/11/2020, 19:33

mortne2001

"Pis de toute façon, moi, dès que cela sonne comme SLAYER j'achète de suite donc... ... ..."Je ne peux pas me battre contre ce genre d'argument, puisque j'utilise les mêmes

29/11/2020, 19:02

Gargan

4eme épisode, toujours aussi bien. Maintenant je les imagine jouer vetranatt dans la pièce rose haha

29/11/2020, 17:53

Humungus

Je serai bien plus jouasse que toi sur ce coup là mortne2001 :Tu trouves qu'EXHORDER a sorti l'album de sa carrière l'an passé... Bah je pense qu'il en est de même pour EVILDEAD aujourd'hui.Pis de toute façon, moi, dè(...)

29/11/2020, 14:46

Gargan

Beaucoup aimé le précédent (bien que trop court), surtout avec l’epique twelve bells, et ça sent toujours très bon. En même temps, on est rarement déçu avec le père Alan. Ce ne serait pas mal une petite interview soit dit en pass(...)

29/11/2020, 09:13

Oliv

Oui ya de quoi faire chez nous pourtant en catégorie métal français 

29/11/2020, 00:31

MorbidOM

Si tu t'en fous complétement pourquoi exhumer un post qui date de 8 moi ?

28/11/2020, 19:39

Je m\'en fou complètement ça reste un putain de bon groupe

Je m'en fou complètement ça reste un putain de bon groupe 

28/11/2020, 17:41

Forza

Ca a déja une autre gueule que les victoires de la musique chez nous avec Louise Attaque et Etienne Daho (!) en catégorie rock. Je pense également que le trophée va revenir à Power Trip, non seulement parce que c'est mérité, mais a(...)

28/11/2020, 16:09

POMAH

J'avais bien compris Humungus, je voulais pas t'induire en erreur. ;)Par contre le reste de l'album je suis pas plus emballé. Première galette du groupe que je trust pas complètement...

28/11/2020, 12:55

metalrunner

Leur meilleur album un sacré souvenir.

28/11/2020, 10:47

Humungus

Je ne connais que le premier et dernier nominé...Sans conteste (malgré toute l'admiration que j'ai pour Mr Ice T), mon vote va vers POWER TRIP.LE titre cassage de gencive !

28/11/2020, 10:27

Humungus

Attention hein ! Je n'ai absolument rien contre "les synthés sous champi" (bien au contraire d'ailleurs). Le reste de l'album en usant avec splendeur, mais sur ce titre, la mélodie, comme je le disais au dessus, est bien trop teinté Prog'. Et com(...)

28/11/2020, 10:24

POMAH

Assez d'accord avec Humungus, j'ai un peu de mal aussi avec le synthé sous champi quoi... Elle est ou la puanteur rampante d'Apparitions ... ?

27/11/2020, 21:30

Oliv

Oui ça va 5 mn les concerts a la tv , halte a l’entrave aux libertés et on ressortira la guillotine pour couper quelques têtes, ça fera une animation supplémentaire. 

27/11/2020, 19:00

Humungus

Le moins bon morceau à mon sens de l'album.Ce synthé Prog me dérangeant énormément...

27/11/2020, 13:51

Gargan

Premier morceau terrible, avec LE son de synthé spatial 70/80s. Tu prends ton jetpack direction les étoiles après quelques IPA.

27/11/2020, 10:05

Jefflonger

Une belle époque les premiers albums de Nightfall. J'ai re écouté mes vieilles k7 à l'annonce de ces rééditions cd et vinyles,  et les imperfections des 2 premiers conservent un petit charme pas trop suranné 

26/11/2020, 21:38