Oscuridad Y Putrefaccion

Biomental

29/05/2018

Autoproduction

Voilà enfin un groupe qui propose une démarche intéressante. Si je me suis tenu aussi éloigné que possible de la cause Death technique et progressif, c’est parce que la plupart du temps, les musiciens confondent démonstration et création, et s’évertuent à refourguer encore tièdes des plans déjà abondamment entendus chez DEATH, et tous ceux leur ayant emboité le pas. Car au-delà des capacités techniques, c’est bien l’inventivité qui sert de moteur à l’élaboration d’une musique ambitieuse, et non l’accomplissement personnel. Et cet état de fait est la plupart du temps ignoré par des instrumentistes plus obsédés par leurs possibilités que par une osmose générale…De fait, impossible de s’attacher au caractère inextricable de réalisations dont la portée émotionnelle est proche du zéro, et dont la brutalité de surface peine à cacher une pauvreté d’inspiration. Mais le cas des argentins de BIOMENTAL est éminemment différent, et suffisamment créatif pour qu’on s’y penche sérieusement, au moment même où ce quatuor se décide à publier son premier longue-durée. Oscuridad Y Putrefaccion serait-il donc la perle cachée par une bourriche d’huîtres de Noël ? Quelque part oui, mais son culot et son sens de l’expérimentation en font un objet précieux, à cent lieues des produits manufacturés dont on nous saoule à longueur d’année. Se voulant affranchis de toute contrainte, ces musiciens au background fameux et aux capacités sérieuses ont donc choisi une troisième voie fort peu diplomatique, à l’intersection de nombreux courants, si bien qu’il en devient presque impossible de les cataloguer avec précision. Mais loin d’être un obstacle, cette difficulté n’en est que plus alléchante dans les faits, et permet de découvrir un groupe extrêmement capable, et surtout, désireux de s’extirper des canons actuels d’un Death Metal replié sur lui-même et évoluant en autarcie totale.

BIOMENTAL, c’est bien sûr la contraction en néologisme de deux notions, celle de biosphère et celle du mental, pour une prise de conscience de catastrophe écologique déjà en marche. D’ailleurs, pour bien appuyer leur propos, ces quatre musiciens (Fernando Santos - chant, Luciano Cogo - basse/chant, Karim Benegas - guitare et chœurs et Facundo Giuffrida - batterie) ont choisi de battre un pavillon nouveau en baptisant leur musique Mental et non de Metal, pour bien accentuer l’implication émotionnelle et la lucidité qui les anime. Pour autant, inutile d’envisager leurs constructions comme une tentative pompeuse d’intellectualiser un propos viscéral, puisque les morceaux constituant la trame de cet Oscuridad Y Putrefaccion sont tous appréhendables par les amateurs de musique libre mais agressive, élaborée mais instinctive, nuancée mais prononcée. On se trouve donc en convergence d’un Death Metal vraiment profond et harmonique, d’un Metal plus générique mélodique mais puissant, ainsi que diverses influences Post, Jazz et même Pop par instants, pour aboutir à un crossover géant qui refuse les étiquettes, et qui se contente de proposer ses idées naturelles à qui voudra bien les assimiler. Aucune référence ne se dégage de l’écoute de ce premier LP, ou de façon tellement floue qu’il en devient hasardeux d’essayer de les nommer. Car entre des parties à rendre fous les fans de PERIPHERY et de SUFFOCATION, des moments d’accalmie prononcés qui mettent en avant des plans éthérés et étirés, et des silences succédant à des colères tonitruantes, l’ensemble dégage un parfum d’inédit incroyable, qui permet de croire que l’impossible est toujours possible, et qu’un groupe peut débarquer de nulle part avec un plan frais aux ramifications moins prévisibles que la moyenne.

Composé de longs morceaux pluriels et d’inserts destinés à créer une ambiance sensorielle et temporelle, ce premier effort en fait beaucoup pour vous convaincre de son unicité, sans tomber dans le piège facile de l’expérimentation foireuse. En témoigne l’enchaînement troublant de « Biomental », l’hymne nominal du groupe et « Ira », le premier chapitre long, qui en deux parties bien distinctes mais reliées nous fait passer par diverses impressions en entremêlant la fusion, le Metal, le Progressif, le Jazz, le Death, le Thrash et même le Hardcore, le tout dominé d’une voix de stentor caverneuse. On se perd alors en conjectures au moment de savoir à qui nous avons vraiment affaire, avant de réaliser que l’identité stylistique des protagonistes importe peu face à ce bouillonnement de créativité et de culot instrumental. Et en plaçant sur le cheminement deux interludes aussi surprenants et délicats que « Oscput » et son riff à la « I Want You » de Lennon et l’ultraviolent « Control (Destroy) », aussi Grind que Death, les BIOMENTAL assument leur envie de dualité, et multiplient les contrepieds, les antagonismes et les collisions entre genres qui d’ordinaire ses complètent assez mal. Le plus brillant dans cette affaire est la logique qui anime son sens propre, et cette sensation que toute inclusion est parfaitement naturelle, et non provoquée. Il n’y a donc rien de fondamentalement surprenant par la suite à affronter une composition aussi ample et complexe que « Caja China », qui en neuf minutes s’évertue à changer la donne, à modeler le panorama pour le rendre méconnaissable, en profitant d’une longue intro évolutive pour nous empêtrer dans un univers décalé évoquant TOOL, PERIPHERY, CYNIC, le Mathcore le plus accessible, et la scène progressive italienne. Tour de force ou enivrement en écran de fumée ? Chacun d’apporter sa réponse à cette question, mais pour être franc, la première option semble la bonne.

D’autant plus que la route suit son cours sans changer de carte, et entre les arabesques ibériques de « Intro En La Mira » et son faux rythme flamenco, « En La Mira » et son Techno-Death/Thrash nous renvoyant aux calendes californiennes, « En Mi Mundo », réconciliant Steven Wilson et Chuck Schuldiner, et « Resiste », et ses syncopes diaboliques sur fond de mélodies antinomiques, l’immersion est incroyablement profonde, sans nous faire manquer d’air. Et les BIOMENTAL n’en manquent pas non plus, osant l’hybridation totale et ne répondant à aucune restriction de genre pour tisser leur toile, empruntant à chaque genre ses caractéristiques les moins spécifiques pour accentuer leur personnalité déviante, et farouchement indépendante. Il est donc inévitable en conclusion de parler de musique, de puissance, sans pointer du doigt des appartenances qui n’ont pas lieu d’être, et de rejeter l’étiquette de Death progressif pour se contenter du label progressif seul. Aussi incongrue qu’elle n’est essentielle et logique, aussi viscérale qu’elle n’est intellectuelle, cette approche développée sur Oscuridad Y Putrefaccion est à l’image d’un monde en conflit, conflit entre cette nature indomptable et ses pseudo-maîtres humains qui n’ont toujours pas compris qu’ils n’auront jamais le dernier mot. Vous ne l’aurez pas non plus lors de cette discussion de dupes avec les argentins, qui échappent à toute rhétorique trop balisée et qui imposent leur discours en toute humilité.            


Titres de l'album:

                           1.Biomental

                           2.Ira

                           3.Oscput

                           4.Control/Destroy

                           5.Caja China

                           6.Intro En la Mira

                           7.En la Mira

                           8.En mi Mundo

                           9.Intro Resiste

                          10.Resiste

                          11.Árbol Negro

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par mortne2001 le 01/07/2018 à 14:51
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