Amusant de chroniquer cet album juste après qu’un ami proche me confie « à la limite je préfère qu’un groupe reste en zone de confort que partir dans n’importe quoi... ». Non que mes amis du jour fassent n’importe quoi pour ne pas être n’importe qui, mais parce que leur zone de confort à eux, est justement une sorte de tranche à cheval entre plusieurs dimensions, comme un cul coincé entre trois ou quatre chaises, mais disposant d’une assise solide. Tout ça ne veut rien dire ? Je pense que si au contraire, mais le plus simple serait d’écouter leur musique pour se rendre compte que ma prose lui est tout à fait adaptée. Quelques infos au demeurant avant de rentrer plus en avant dans une description qui ne s’annonce pas forcément simple. Les N-O-M-A sont deux, gravitent du côté de l’orléanais, et composent, produisent et publient depuis 1996, ce qui en fait l’un de nos représentants inclassables les plus anciens. Inclassable, là est le mot juste, puisque ces deux musiciens iconoclastes se justifient de goûts très variés et diversifiés, couvrant un spectre sonore allant de la Pop à l’Indus, tout en admettant être fans de plus de cent groupes, Pop ou Black, dans chaque genre musical. L’ouverture d’esprit est donc de mise pour aborder le quinzième album de Stefano (guitare, chant, programmation) et Cécile (basse), qui n’ont donc pas chômé depuis leurs débuts comme en témoigne leur Bandcamp. Vous y trouverez l’essentiel de leur production, que je ne résumerai pas ici sous peine d’abuser de mes lignes vierges, et vous pourrez donc vous faire une idée assez précise de l’univers dans lequel flottent les deux réfractaires à la linéarité, mais en substance, Silence.  et son point final important, constitue une porte d’entrée assez probante et aérée.

Je vais être franc, car je déteste prendre les artistes pour des imbéciles en chantant leurs louanges d’une hypocrisie de plume complaisante, tout n’est pas bon dans la musique des N-O-M-A, loin de là. Le ton générique est même très amateur, bien que les capacités techniques de Stefano en tant que guitariste soient tout à fait respectables. Mais cet énième LP sonne encore quelque peu « facile », spécialement dans sa propension à laisser passer toutes les idées sans les filtrer, ce qui aboutit à un joli tas de scories qui tombent des oreilles. Si leur art est évidemment pluriel, et incontestablement manuel, il reste encore à concentrer les plans pour ne pas tomber dans la redondance et le remplissage par peur du vide. Si les transitions sont assez agréables et ludiques, certains morceaux pêchent par manque d’audace dans les riffs, qui restent la plupart du temps sur une tonalité assez Néo Thrash. La boîte à rythmes est aussi assez rédhibitoire passé le quart d’heure d’écoute, et on a parfois le sentiment d’écouter un groupe de Grunge des 90’s tentant l’exercice de style REVOLTING COCKS sans avoir la rigueur implacable de Jourgensen. Alors, du coup, on danse ? Parfois oui, mais parfois, on attend que ça passe, notamment sur le très contradictoire « Hope », qui a le don de ruiner les espoirs justement, en triturant un peu trop le chant pour le faire sonner subaquatique, et en se laissant porter par un thème de guitare bien trop plombé pour ne pas couler. On sent de l’envie, beaucoup, des possibilités, quelques-unes, mais le handicap de cette production maison qui colle trop à la peau d’une bonne démo ruine les tentatives les plus culottées, et à tendance à trop uniformiser la variété, transformant de fait un large éventail en petite carte postale pour s’éventer.

Le parfum global n’est pas désagréable pour autant, et sans connaitre les performances passées des orléanais, je pense pouvoir affirmer que depuis le temps, ils ont dû trouver le bon gréement pour voguer, et que leurs albums doivent pas mal se ressembler. Heureusement, de temps à autres, Stefano se réveille et lâche les démons, nous extirpant d’une torpeur qui paraissait irrémédiable, par l’entremise d’un très étrange « Palm Reading », qui sonne comme un vieux hit de la période psychédélique des BEATLES joué par des NADA SURF très énervés. C’est bancal au possible, mais ça grogne, et les patterns de batterie s’agitent un peu pour nous faire valser les cheveux. On a quand même du mal à savoir où tout ça veut en venir, lorsque « Audience Is The Target » ne nous emmène nulle part, et se fracasse sur un Indus électro pas vraiment chaud, qui se frotte à un nihilisme BM assez flottant. Le chant de Stefano, pas vraiment à la hauteur de son jeu de guitare est plutôt du genre monocorde, mais s’accorde bien du manque de nuances de l’instrumental, qui lorsqu’il reste en terrain balisé, parvient plus à convaincre que lorsque les refrains tentent de faire les malins. Ainsi, l’introductif (ou presque) « Shades Of Grey », fait partie du haut d’un panier assez raboté, et suggère quelques amitiés entre MINISTRY et ALICE IN CHAINS, sans tutoyer leur génie. Tout ça manque singulièrement de violence (mais encore une fois, la production à tendance à tout niveler par le bas), alors qu’on sent le duo capable d’exploser à la moindre étincelle (« Silence. »), et de friser l’hystérie lorsque les BPM se font la belle (« What Makes You », sympathiques lignes de chant hurlées, pour une ambiance à la KMFDM bien barrée).

Je retiendrai donc de jolis soli dans une veine Kerry King/Trey Azagthoth, quelques réminiscences de Death assez fluctuantes, et surtout, une propension à faire les choses dans son coin, qui pourrait aboutir un jour à quelque chose de plus en moins. Il faudra pour cela se livrer à quelques ajustements de son, à ménager des effets un peu trop envahissants, et à varier les compositions un peu plus en s’adaptant vraiment à son crédo. Mais saluons quand même la belle carrière de deux instrumentistes qui ne demandent rien à personne, et qui vivent leur passion sans attendre que le téléphone sonne. La liberté, c’est cher payé, alors autant l’apprécier. Mais ne pas en abuser, sous peine de la voir s’envoler.

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par mortne2001 le 24/12/2017 à 14:38
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Il est toujours là mais pas sur scène


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