Nightmare Traversal

Cryptae

02/10/2020

Sentient Ruin Laboratories

Je constate avec plaisir que les hollandais de CRYPTAE ne font aucun effort pour rendre leur musique plus accessible, et c’est tant mieux. Les ayant découverts à l’occasion de la parution de leur première démo éponyme en 2017, j’avais trouvé en ce duo une force vive de l’underground incorruptible, renvoyant les PORTAL à leurs chères études bruitistes, et capables de dominer du chef toute la faune cacophonique de l’underground européen, sans aller jusqu’aux extrêmes de l’école Satan Records. Avec un logo défiant n’importe quel groupe de Raw Black, une musique à la claustrophobie angoissante, et une propension à faire encore plus de bruit que leurs voisins allemands, les deux originaires des Pays-Bas nous proposaient alors une sorte de Death Doom totalement cryptique, hermétique, fondamentalement Noisy, et surtout, délibérément repoussant. Trois ans plus tard, et toujours sous couvert de cette photo assez rigolote que le site The Metal Archives propose (on pourrait croire à une petite blague d’Abbath avec un pote de beuverie), CRYPTAE s’en revient nous conter fleurette sur fond de barouf instrumental qu’une voix digne de MORTICIAN souligne de ses borborygmes gravissimes. Toujours sous contrat avec Sentient Ruin, Kees Peerdeman (guitare/chœurs) et René Aquarius (chant, batterie) n’ont appris ni la politesse ni la musicalité, et s’épanouissent dans un bruit de fond qui accumule les riffs indéchiffrables, les parties de batterie erratiques, pour passer pour le duo le plus incorruptible d’Europe, et autant dire que la mission est largement accomplie : Nightmare Traversal mérite son titre à la moindre note près, et s’avère la sortie la plus ignoble de ces derniers mois.

Toujours fier de ses poulains, le label précise deux ou trois choses à leur sujet, et pose les bases d’un concept qui n’est pas inintéressant en soi. Ce premier véritable album serait basé sur un monde dystopien, influencé par les jeux vidéo gore des années 90 dont Doom, Carmageddon et Blood. Le petit effet à son résultat, et une concrétisation assez réaliste sur un morceau comme « Oubliette », dont le beat mécanique rappelle les B.O de ces jeux qu’on affectionnait tant il y a plus de vingt ans, lorsqu’on n’était encore qu’un nerd psychopathe coincé dans la cave de ses parents à humer le parfum de décomposition de petits animaux. En comparant une fois encore le duo à des références comme ALTARAGE, FACELESS BURIAL et bien sûr PORTAL, Sentient Ruin balise le terrain, et prévient les auditeurs potentiels que le cauchemar en est vraiment un, et que toute velléité mélodique est proscrite, au profit d’un background instrumental barbare et sans compromis. Sans vraiment savoir si les CRYPTAE jouent vraiment du Death Metal ou tout autre chose, il est tout à fait possible d’apprécier ce premier LP pour ce qu’il est, à savoir une recherche fondamentale sur les effets du bruit sur l’organisme humain, même si le duo semble élargir ses pistes et proposer des choses plus accrocheuses sans se renier. Ainsi, les saccades et l’atmosphère d’un titre comme « Monastic Tomb » permettent d’apprécier un certain flair de composition, et une propension à sophistiquer un peu la barbarie ambiante, sans que le chant ne relâche son étreinte fatale. Evidemment, la majorité de notre lectorat se sentira totalement indifférent à cette débauche de sons graves et de directions erratiques, mais loin d’un bruit de fond gratuit et dispensable, Nightmare Traversal propose une évolution intéressante qui démontre que les deux musiciens sont capables d’accoucher d’une œuvre sinon fondamentale, du moins assez construite pour toucher un public moins ciblé par l’horreur musicale.

Décrire le contenu de cet album revient à dépeindre une scène d’horreur, type accident mortel de la route, massacre domestique, maladie infectieuse, et autre carnage à grande échelle. La guitare qui n’en fait qu’à son manche semble distiller ce qui lui passe par les cordes, alors que la batterie peine à maintenir un rythme stable, bien que cela réponde à un désir et non un manque de technique. Le chant, faisant office de troisième ou quatrième ligne rythmique occupe l’arrière-poste et ronfle, geint, gronde tant qu’il le peut, tandis que les textures sonores évoluent au fur et à mesure du métrage pour proposer un crescendo assez intéressant, toujours obsédé par la douleur et la lourdeur, mais avec un peu de pratique, et des aménagements futurs, le groupe pourra nous offrir un album plus construit, toujours aussi bruyant, mais peut-être plus accrocheur comme en témoignent les quelques riffs en syncope qui captivent l’oreille et laissent augurer de partitions meilleures. D’ailleurs, la production est suffisamment claire pour qu’on saisisse toutes les atrocités de ces morceaux dédiés au chaos le plus pur, et avec une entame de la trempe de « Nightmare Traversal », le doute n’est plus permis : les CRYPTAE sont des bêtes animées des instincts les plus primaires et néfastes, et ne s’arrêtent que lorsque leur victime agonise à terre, maculée d’un sang qui commence déjà à sécher.

Il n’en reste pas moins que cet album mérite l’attention, ne serait-ce que pour les efforts qu’il tente, histoire de ne pas rester enchainé dans les caves du château Noise indéfiniment. On note même quelques qualités dans l’agencement Ambient sur le final atroce « Cronos », qui pendant quelques minutes distille une ambiance assez prenante, avant que les deux compères ne retombent dans leurs travers bruitistes inscrits dans leur ADN. Mais une évolution notable s’est produite depuis l’émergence du concept en 2017, et il est tout à fait raisonnable d’espérer pour bientôt une sorte de crossover captivant qui replacera les hollandais sur la carte de l’extrême de l’extrême. A réserver toutefois aux oreilles les plus averties des fans de Death/Doom noisy, s’entend.                     

                                                                   

Titres de l’album:

01. Nightmare Traversal

02. Cryptic Passage

03. Concrete Inferno

04. Oubliette

05. Monastic Tomb

06. Edifice

07. Cronos


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par mortne2001 le 30/01/2022 à 18:55
78 %    530

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