« Je suis conscient que MANILLA ROAD ne s’adresse pas à tout le monde, même dans l’univers du Metal. Notre production sonne sans doute archaïque et définitivement en dehors des standards actuels. Mais tout ça fait partie de la mystique du groupe et de sa musique »

En quelques mots, Mark « MANNILA ROAD » Shelton a probablement mieux défini sa musique que n’importe quel journaliste ayant traité de son cas ces quarante dernières années. Oui, vous avez bien lu, quarante ans. Car ce combo unique en son genre a bien vu le jour en 1977, époque Punk parmi le Disco, ce qui n’était sans doute pas le timing idéal pour fonder son propre groupe de Metal.

But anyway…Who cares ?

Mark s’en fout, lui qui a toujours défendu une certaine vision de la chose, à des années lumières de toute préoccupation mercantile et de toute fascination puérile pour une quelconque mode artistique.

Alors non, MANILLA ROAD n’a jamais gagné le moindre disque d’or, a toujours été plus ou moins ignoré par une certaine presse dite « branchée », mais a gagné le soutien inconditionnel d’une branche de fans indéfectibles, prêts à suivre le groupe quelle que soit sa direction musicale.

Ce qui tombe parfaitement à propos, puisque Mark et ses acolytes n’ont jamais dévié d’un millimètre de leur objectif…

Quarante ans de carrière, trente-sept ans depuis Invasion, le premier album, et trente depuis Mystification, l’un des LP les plus honorés du quatuor, à la même hauteur qu’Open The Gates ou The Deluge. Merde, que le temps passe vite quand on évolue dans un univers parallèle…

Après un premier break en 1992, MANILLA ROAD (Mark "The Shark" Shelton – guitare/chant, Bryan "Hellroadie" Patrick chant, Phil Ross – basse et Neudi – batterie) n’a cessé de sortir des albums après son comeback de 2001, Atlantis Rising, qui a depuis connu sept suites, dont The Blessed Curse, le dernier chapitre fut écrit et composé en 2015. Et l’année 2017 s’annonce particulièrement chargée pour le quatuor si l’on en juge par la poignée de news lâchée en page de garde de leur site, mais aussi par ce nouvel album, To Kill A King, qui s’inscrit parfaitement dans la démarche d’évolution suivie depuis maintenant dix-sept ans.

En parler représente d’ailleurs une sacrée gageure, tant le style du gang de Wichita, Kansas est particulier, et ses fans particulièrement attachés à une certaine éthique. Il convient donc de rester très objectif, et de prendre en compte le parcours passé, sans pour autant occulter la qualité indispensable qu’un newbie est en droit d’exiger. Mais ne nous leurrons pas, car comme l’affirme Mark sans aucune illusion, MANILLA ROAD n’a jamais été consensuel, et ces dix nouveaux morceaux ne changeront rien à la donne. Ce qui n’empêche nullement un néophyte de faire l’effort indispensable pour s’adapter aux critères définis par ce dix-huitième LP s’il le souhaite, tant To Kill A King est une fois de plus un sacré concentré de puissance et de Metal parfaitement déphasé à son époque, mais riche d’une originalité que peu peuvent revendiquer.

Intrinsèquement, cette nouvelle livraison n’a pas grand-chose à envier à son prédécesseur, et se cale gentiment dans la discographie pléthorique du groupe. Doté d’une production étonnamment claire et ample, il développe les mêmes arguments instrumentaux et vocaux, ceux que nous adorons ou détestons depuis les débuts, tout du moins depuis que Bryan Patrick a pris en charge les voix, ce qui a certainement du ravir les réfractaires au timbre très nasillard de Shelton.

L’interprétation et les intonations de Patrick sont en effet beaucoup plus classiques et médium, et il est évident que cette « standardisation » involontaire a dû faire gagner quelques fans au combo.

Mais musicalement, rien n’a fondamentalement changé depuis les années 80, et encore moins depuis les années 2000.

On retrouve toujours ce Hard-Rock légèrement sudiste tirant sur le Heavy épique, faisant la part belle aux larges progressions envoutantes et évolutives, ces breaks récurrents flirtant avec un Doom typiquement 70’s, et ces soli un peu amateurs remplis de feeling et s’accordant très bien de gammes mystérieuses et embrumées.

Aucun changement donc, mais peut-on et doit-on encore en attendre de la part de Mark, qui est toujours resté fidèle à son crédo et à ses envies ?

Dix chansons pour une heure de musique qui vous propulsera dans un monde complètement différent, à cheval entre progressif, épique, mystère et aventures étranges, et autant de volumes conséquents qui n’hésitent jamais à étirer le temps. Plus de dix minutes rien que pour l’introductif « To Kill A King », qui vous résumera à la perfection tout ce que vous avez à savoir, et une seule intervention sous la barre des quatre, avec le violent et virevoltant « Conqueror », qui tâte du Stoner, prouvant que le gang de l’Arkansas avait tout compris bien avant l’heure.

Si To Kill A King s’aborde évidemment comme un tout, les titres possèdent tous une patte très personnelle, même si l’orientation générale homogène les lie entre eux comme dans un concept très précis. « The Arena » s’assure une connexion évidente avec les primes années, et sa rythmique en cavalcade rappellera bien des souvenirs aux plus anciens admirateurs, alors que « Never Again » à contrario, se veut plus en phase avec le présent sans rien renier de la légende, en proposant une sorte de power ballad intense et intimiste à la fois, au solo déchirant et à la pureté se rapprochant du DOWN de « Stone The Crowe ». Un magnifique morceau qui à lui seul justifie l’écoute de cet album, qui pourtant ne manque pas de qualités…

Comme d’habitude, la dualité inhérente au ROAD est patente, avec ce style que d’aucuns jugeront figé et inamovible, et de très légères avancées que les indéfectibles percevront au détour de quelques couplets ou breaks subtilement novateurs. Ces nuances flottantes ne se ressentiront sans doute pas lors des moments de bravoure les plus classiques, tels « Blood Island », qui reprend une fois de plus cette rythmique si typique et ce chant un peu sourd, ou « The Talisman », presque construit sur le même moule, mais l’amateur intrépide pourra les traquer sur « In The Wake », qui se veut jonction assez fascinante entre les 80’s de MAIDEN et les 90’s de PANTERA, si le parallèle ne leur semble pas trop poussé et osé.

Mais comme je le précisais plus en amont, chroniquer un tel LP est une tâche bien difficile, tant le désir de tenter de réunir dans un même enthousiasme les fans de toujours, les détracteurs et les indifférents est certainement voué à une frustration annoncée.

Alors, je me contenterai de conclure cette chronique par une formule lapidaire qui a dû servir d’épitaphe ponctuelle à bien des chroniqueurs. To Kill A King ravira les die-hard, répugnera les réfractaires, et ne réveillera pas les endormis qui n’ont pas ouvert l’oreille depuis 1981.

MANILLA ROAD sera toujours MANILLA ROAD. Comme MAIDEN sera toujours MAIDEN. Mais une simple écoute des deux et une attention temporelle accrue vous permettra sans doute de comprendre lequel des deux a influencé l’autre…Et tant d’autres aussi d’ailleurs…


Titres de l'album:

  1. To Kill a King
  2. Conqueror
  3. Never Again
  4. The Arena
  5. In The Wake
  6. The Talisman
  7. The Other Side
  8. Castle of The Devil
  9. Ghost Warrior
  10. Blood Island

Site officiel


par mortne2001 le 13/07/2017 à 14:42
75 %    317

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Humungus
membre enregistré
18/07/2017 à 17:13:53
Album génial comme d'habitude.
Groupe totalement indémodable car au delà de toutes modes.

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