Lors d'une interview télévisée récente, un groupe en devenir se voyait poser cette question sibylline. « Le Rock a t-il encore des choses à dire ? ». Légitime interrogation de la part d'une journaliste n'ayant pas forcément suivi de près l'évolution de la musique, et qui pensait qu'après plus de soixante ans d'existence, le genre était condamné à la redite et à l'exploitation facile. Mais le groupe eut alors cette réponse parfaitement culottée et pourtant pleine de bon sens :

« Oui, la preuve, puisqu'on est là. »

Le Death Metal, sous-genre encore plus cloisonné et restrictif que le Rock n’échapperait certainement pas à ces doutes, lui qui dès le départ à défini son terrain de jeu en le cloisonnant au maximum. Et il est certain qu'en 2018, beaucoup de fans en ayant connu les prémices et l'explosion se demandent si le style peut encore évoluer, ou du moins se moduler suffisamment pour nous faire croire qu'il lui reste une porte de sortie. Alors, que faire pour répondre à ces fausses attentes ? Accepter à contre-cœur de le métisser d'influences Black, de lui ouvrir le champ des possibles Metal en général, ou accepter le fait qu'il est encore capable de nous surprendre, non en tentant des hybridations hasardeuses, mais en restant focalisé sur ses propres obsessions ? C'est un peu ce dernier cas qu'abordent sans le vouloir les anglais de BINAH, qui avec leur second album Phobiate nous démontre que le Death Metal, sans jouer la complexité à outrance ou la technicité en démence est capable de continuer à avancer, en faisant tomber quelques barrières au passage...


Hébergés par les spécialistes historiques d'Osmose Productions, le trio de Guildford/Londres/Birmingham (A.Carrier – batterie, Necrotize, No More Room in Hell, Purify the Horror, The Solemn Curse, Theoktony, Throes, Towers of Flesh, Anaal Nathrakh (live), ex-Mindless TortureAort - Guitares, basse, synthé, Blutvial, Code, Tome of the Unreplenished, ex-Indesinence, ex-Decrepit Spectre,ex-Seasonal Code et Ilia R. G. - chant, guitare, synthé, Necromaniac, ex-Antigone, ex-Indesinence, ex-Pantheist, ex-Aphonic Threnody (live), ex-Code (live), ex-Esoteric (live)) formé en 2011 par Aort et vite rejoint par ses deux autres comparses nous gratifie donc d'une suite au monumental Hallucinating in Resurrecture publié en 2012, et suivi d'un vinyle EP en 2014, A Triad of Plagues. Sans vraiment pousser le bouchon encore plus loin, et gardant leur empreinte génétique, les trois musiciens nous délivrent avec Phobiate un concentré de Death poisseux, obsessionnel, sombre et subtilement gothique, parvenant à unir en un même état d'esprit les travers du PARADISE LOST des débuts, du ANATHEMA le moins romantique, mais aussi les paranoïas instrumentales d'Anaal Nathrakh, sans jamais verser dans l'expérimentation hasardeuse, ni nous perdre dans les dédales de l'abstraction imbuvable. Car leur violence est à peu près aussi franche qu'une réalité crue, et leur franchise brute colle aux faits-divers que nous découvrons d'un œil horrifié tous les jours devant notre écran.

En choisissant d'adapter les exigences originelles aux standards de composition et d'édition contemporains, les anglais déclenchent une tornade de brutalité difficilement contenue, et pourtant maîtrisée de bout en bout. Sans chambouler leur plan de carrière, ils continuent de prôner des valeurs du passé, en osant l'inspiration anglaise de la fin des 80's (BENEDICTION, BOLT THROWER), traduite dans un vocable scandinave (ENTOMBED, DISMEMBER), et retranscrite sur une partition typiquement 2K par l'entremise de structures ambitieuses, d'ambiances délicieuses, et de déliquescence atmosphérique digne des meilleurs représentants actuels (DEMIGOD, ATARAXY). En puisant dans le Death tous les éléments inhérents à leur philosophie, sans rechigner à piocher à l'extérieur de quoi agrémenter leur véhémence (éléments Heavy, Gothique, presque Symphonique parfois), les BINAH parviennent à trouver un équilibre stable et incroyablement séduisant entre force de frappe et délicatesse d'harmonies soulignant des évolutions assez troublantes (« Transmissions from Beneath », instrumental incroyable percutant de plein fouet le MORBID ANGEL le plus démonstratif et occulte, et le SHINING le moins renfermé sur lui-même), tout en faisant parfois preuve d'une grandiloquence nous ramenant aux fondements même du Death acceptant le Doom et le progressif comme variables à prendre en compte, sur l'interminable mais estimable « The Silent Static ». En plus de douze minutes intervenant au début du métrage, le trio fait preuve d'une dextérité et d'un culot incroyables, alignant une progression en crescendo sentant le renfermé, et renfermant à l'opposé toutes les richesses d'un style que les PARADISE LOST ont grandement contribué à faire grandir.

Ils récidivent d'ailleurs partiellement en fin d'album, en clôturant l'expérience de deux morceaux de plus de six minutes, dont l’envoûtant « Exit Daze » aux chœurs désincarnés assombrissant une ambiance digne du meilleur CORONER délocalisé dans la Floride d'OBITUARY, et l'écrasant « Bleaching », aussi glauque qu'une dernière litanie d'ENCOFFINATION reprise à son compte par l'école Death suédoise des ENTOMBED et autres UNLEASHED. Entre ce grand écart temporel, des morceaux beaucoup plus courts et concis, mais pas moins riches pour autant. On note même un surplus de puissance sur le véloce « Waves of Defacement », terriblement jouissif de son tempo épileptique, alors que « Mind Tap » et ses moins de trois minutes joue l'écrasement en doublant la voix déjà ignoble d'Ilia R. G, pour se rapprocher d'un mélange entre AUTOPSY et CANCER dans un déferlement de haine qui laisse les oreilles bourdonnantes et le cœur palpitant. Alors oui, je peux l'affirmer après écoute d'un album au bouillonnement aussi fétide que créatif de la trempe de Phobiate. Le Death Metal a encore beaucoup de choses à hurler et de thèmes morbides à développer. Et rien qu'en acceptant le groove infernal de « Dream Paralysis », rapprochant les MORGOTH encore un peu plus près de KILLING JOKE, vous vous en rendrez compte vous-même. Un style toujours aussi figé dans ses propres convictions, mais qui accepte de les adapter à une ère qui devient de plus en plus encline à sombrer dans la nostalgie. Ici, elle n'est pas de mise, bien qu'inscrite en filigrane. Mais elle n'est en aucun cas un argument de vente, tant les BINAH font définitivement partie de leurs temps. Des temps troublés, mais toujours aussi convaincus de l’inéluctabilité de la mort.        

 

Titres de l'album :

                           1.Phobia in Excelsis

                           2.The Silent Static

                           3.Mind Tap

                           4.Dream Paralysis

                           5.Waves of Defacement

                           6.Transmissions from Beneath

                           7.Consuming Repulse

                           8.Exit Daze

                           9.Bleaching

                           10.Serum

Facebook officiel


par mortne2001 le 02/09/2018 à 15:33
85 %    94

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Ambient Road

Turn Up The Heat

Everrise

After The Eclipse

Vöödöö

Ashes

I’ll Be Damned

Road to Disorder

Mantar

The Modern Art of Setting Ablaze

Taste

Moral Decay

Pig Destroyer

Head Cage

Beyond The Black

Heart Of The Hurricane

Dark Insides

Netherworld

Ancestor

Lords of Destiny

Raspy Junker

World Of Violence

Elyose

Reconnexion

Clover

The Voyager

Lost Domain

...In the Waiting Room of Death

Bloody Nightmare

Hellwolf

Alice In Chains

Rainier Fog

The Radio Sun

Beautiful Strange

Metalriff

Blinded

Napalm Ted

Mouthful

Manes

Slow Motion Death Sequence

Photo-report MOTOCULTOR 2018 (Par Baptistin Pradeau)

Jus de cadavre / 17/09/2018
Motocultor

Violently Draining Europe / Gorgasm + Cenotaph + Visceral Uprooting

Jus de cadavre / 13/09/2018
Brutal Death Metal

Interview ANTROPOFAGO

youpimatin / 08/09/2018
Brutal Death Metal

Live-report MOTOCULTOR 2018 - Dimanche

Jus de cadavre / 01/09/2018
Black Metal

Live-report MOTOCULTOR 2018 - Samedi

Jus de cadavre / 31/08/2018
Black Metal

Concerts à 7 jours

Pain Of Salvation + Kingcrow

20/09 : La Laiterie, Strasbourg (67)

Acidez + Banane Metalik

20/09 : Ninkasi Kao, Lyon (69)

Evadne + Lying Figures + The Holeum

20/09 : Le Klub, Paris (75)

Heart Of A Coward

20/09 : Olympic Café, Paris (75)

Tagada Jones + Opium Du Peuple

21/09 : Le Rio Grande, Montauban ()

Acidez + Banane Metalik

21/09 : Le Db, Narbonne (11)

Lonewolf + Speed Queen + Venin

21/09 : Jas'rod, Pennes Mirabeau (13)

Alcest + Vampillia

21/09 : Le Rex, Toulouse (31)

Les Ramoneurs De Menhirs

21/09 : Le Clapier, Saint-etienne (42)

Heart Of A Coward

21/09 : La Scène Michelet, Nantes (44)

Batushka

21/09 : Cco, Villeurbane (69)

Lower Than Atlantis

21/09 : Backstage, Paris (75)

Khaos Dei + Black Bomb A + The New Roses

21/09 : Parc De Villeroy, Mennecy (91)

Bukowski + Shoeilager + Redemption

22/09 : Désiré Granet, Anould ()

Nightrage + Voivod

22/09 : L'ilyade , Seyssinet-pariset ()

Alcest + Vampillia

22/09 : Rock School Barbey, Bordeaux (33)

Black Sin + Les Chants Du Nihil + S.u.t.u.r.e

22/09 : Chez Paulette, Pagney-derrière-barrine (54)

Alcest + Vampillia

23/09 : Fuzz'yon, La Roche-sur-yon (85)

Alcest + Celeste + Vampillia

25/09 : La Gaîté Lyrique, Paris (75)

Defenestration + Burial Invocation

26/09 : Bar Hic, Rennes (35)

Alcest + Vampillia

26/09 : La Laiterie, Strasbourg (67)

+ Europe

27/09 : Le Trianon, Paris (75)

Stoned Jesus + Mothership

27/09 : Le Petit Bain, Paris (75)

Photo Stream

Derniers coms

Le titre en écoute laisse effectivement présager de quelque chose de vraiment pas mal !


Je confirme, ce skeud est excellent, le "mélange" des genres fonctionne à merveille.
La base death est bel et bien présente et parsemée de plans thrash ou black. La prod est nickel (ni trop, ni trop peu), et l'ensemble laisse un gout de reviens-y, ce qui est toujours bon signe. Je suivrai (...)


C'est bon ça !
Torture Throne était déjà excellent, alors affaire à suivre !!!!


"Un peu comme la dernière fille libre de la soirée, vous vous dites, je me la tape, on ne sait jamais, ça peut être surprenant..."

:D tu m'as tué !


Ah merde, la bad news !!!
En plus, un groupe de chez nous.
RIP man...


Pas encore écouté en entier, mais ce que j'ai entendu pour le moment promet un album énorme... Un groupe à part et absolument génial qui, comme le dit très bien la chro, est bien plus que du Sludge. Et sur scène c'est quelque chose aussi. Ça faisait bien longtemps que Nuclear Blast n'avait p(...)


Merci pour la kro!
Le MCD est dispo ici http://nihilistic-webzine-distro.fr


Wow...


Virulence ! Ça n'invente rien du tout, mais efficace ! Metalliquement, quand la Chine se réveillera vraiment ça va nous faire tout drôle je pense...


Tout ce que j'aime ! Ça va être long jusqu'au 26 octobre...


Le premier album m'avait beaucoup plu, ce titre pour l'instant ne me semble pas au même niveau mais il faut juger l'album dans son intégralité avec ce style.


Très grand groupe !


Oh putain !!!


Je les ai vus il y a un an, même pas, cherchez dans les reports.


Les compagnons des gras jambon !!!! là il y a du nom qui fouette


énorme en effet, wait and see


Une bien belle affiche, vénère comme il faut et surtout qui se différencie pas mal de beaucoup de fest Metal !


Je manque encore un peu de recul sur cet album mais les premières écoutes m'ont bien plu. On retrouve effectivement la patte Vilosophe.


Putain ! Toujours aussi bon malgré le poids des années...
Ce break de basse bordel !
Hâte d'entendre l'album complet.


Enorme fan du groupe, j'ai plus que hâte de me fourrer ça dans les oreilles bordel...