Vice World

Turbokill

25/10/2019

Steamhammer Spv

Allemagne, Heavy Metal. Avec ça, j’ai tout dit, évoqué des centaines d’images sonores, de souvenirs, tous plus ou moins heureux. Ça revient finalement à associer des mots comme Nouvelle-Zélande et rugby, France et bouffe ou Suisse et horlogerie, c’est une évidence, un gage de qualité, un sceau de savoir-faire. Osons-le dire clairement, nos amis allemands sont les maîtres en la matière, et les seuls à pouvoir concurrencer les anglais sur ce terrain miné, et cette tradition est toujours d’actualité en 2019 alors même que ce pays n’a plus rien à prouver depuis longtemps en la matière. Mais on le sait aussi, le Metal germain pâtit parfois du manque de discernement de ses créateurs, qui n’hésitent jamais à sombrer dans les affres du populisme le plus outrancier, à grand renfort de chœurs de stade et de refrains à boire. Alors, pour lutter contre ce travers, j’ai la solution idéale, en l’occurrence un premier album, celui des TURBOKILL. Avec leur nom à mi-chemin entre Turbo de JUDAS PRIEST et Pleasure to Kill de KREATOR (pure spéculation personnelle qui ne fait pas foi ni loi), ces originaires d’Annaberg-Buchholz nous donnent inconsciemment (et certainement involontairement) des indices quant à leur style de prédilection. Car les TURBOKILL sont bien plus qu’un simple groupe de Metal lambda, ce que leur signature sur le très estimé label Steamhammer semble prouver. Non qu’ils s’adonnent aux joies du crossover ou de la fusion, mais autant dire que leur musique est bien plus riche d’un simple succédané de Metal Heart ou Gates to Purgatory. Ils citent d’ailleurs une somme d’influences assez intéressante, mentionnant JUDAS PRIEST, ACCEPT, RUNNING WILD, IRON MAIDEN, QUEENSRYCHE, X JAPAN, LOUDNESS, RIOT, LUNAR SHADOW, ou Yngwie MALMSTEEN, ce qui a le mérite de bien baliser le terrain qu’ils couvrent, mais pour être honnête, je me permettrai de recentrer les débats pour qu’ils soient plus clairs pour vous, histoire d’appréhender ce Vice World avec le maximum de précisions.

Si certains aspects de ce premier LP semblent confirmer l’allégeance au Heavy Metal pratiqué par les anglais du PRIEST et les germains d’ACCEPT, il y a aussi d’autres tendances à aller chercher du côté de la Finlande de STRATOVARIUS, mais aussi nationalement en se souvenant du HELLOWEEN des années Keeper of The Seven Keys. Du Heavy donc, mais qui tire méchamment sur le Power, avec les rythmes idoines, le chant aigu qui pousse les notes, les riffs plombés mais racés, et la production énorme qui enrobe le tout dans une virilité incontestable. Et si des traces du PRIEST sont à débusquer, il faut les rechercher dans l’héritage laissé par le monstrueux Painkiller plus que vers celui de British Steel, ce qui en dit plus long qu’il n’y parait sur la puissance de l’objet en question. Inutile de dire aussi que quelques nuances rappellent les américains de RIOT, ceux de Thundersteel, mais aussi CRIMSON GLORY, avec cette petite touche de QUEENSRYCHE que le LIZZY BORDEN essayait de traduire dans un vocable IRON MAIDEN. Il n’est pas non plus incongru de penser que Vice World penche aussi du côté Thrash light où il va tomber, avec ces fortes réminiscences de TOXIK, mais heureusement, le sens de la musicalité de ce quintet (Stephan Dietrich - chant, Ronny Schuster - guitare/chœurs, Daniel Kanzler - guitare/chœurs, Marco "Fox" Grünwald - basse et Philipp "Nafta" Dießl - batterie) l’empêche de verser dans la violence débridée, tout en maintenant une pression constante sur l’auditeur. C’est donc plus à un excellent album de Power Metal auquel nous avons affaire, ce que la tonitruante entame de « Vice World » prouve dès sa première accélération. Et au cas où vos doutes auraient du mal à se dissiper, « War Thunder » maintient la cadence à un tempo élevé, pour évoquer les souvenirs de « I’m Alive », « Freedom » ou « Thundersteel », le tout avec une intelligence mélodique assez fine, nous épargnant les atermoiements harmoniques les plus niais. Du costaud sensible ? Oui, et une vision old-school assez fascinante, même si le groupe parvient à en éviter les tics les plus irritants et les emprunts les plus marqués.

Disons-le tout net, il n’y a pas grand-chose à jeter ici. Que l’ambiance soit volontairement plombée ou consciemment aérée, tout fonctionne, malgré un formalisme de riffs incontestable. Et là réside donc le plus gros du talent de ces musiciens, capables de chiper à droite à gauche, mais dans un champ d’inspiration suffisamment vaste pour qu’on ne repère pas la supercherie, qui n’existe d’ailleurs pas. Faites en l’expérience, et tentez de résister au groove incroyable de « Pulse Of The Swarm », qui parvient à combiner le lyrisme des premiers QUEENSRYCHE avec les réflexes southern de PANTERA, le tout sans pomper l’un ou l’autre. Et contrairement à bien des albums du cru, Vice World bénéficie toujours d’une idée accrocheuse pour éviter la redite, qu’elle consiste à jouer avec les limites entre Hard et Heavy (« Global Monkey Show », méchante attaque du consumérisme moderne, à la manière du « Buy or Die » de SCANNER), ou avec celle séparant la politesse Heavy de la rudesse Thrash (« Turbokill », l’hymne de l’album, sans conteste possible, et le genre de truc qui rend complètement fou en concert). Beaucoup de solidité donc, de lucidité dans la variété, et un LP qui passe donc très vite malgré sa durée homologuée, et qui réserve toujours des surprises, comme le riff ultra redondant à la MORTAL SIN de « Kill The Lie » sur fond d’envolées dramatiques de Stephan Dietrich. Le chanteur au timbre versatile et étendu assure donc la liaison entre deux guitares qui restent solides et inventives, et une section rythmique plus qu’efficace. Quelques arrangements épars pour lier la sauce, des breaks très mélodiques, des instants d’accalmie bienvenus (« Don't Deal With The Devil », qui rappelle METAL CHURCH sur ses premières mesures avant de dégénérer en pur Heavy saccadé à la MAIDEN), et des titres plus volontiers posés, mais pas moins créatifs pour autant (« Track N' Spy », les téléphones portables, c’est le mal), et le bilan est clair, définitif et sans appel, ce premier album de TURBOKILL est définitivement turbo, et kill à mort.

Pas facile pourtant de mélanger QUEENSRYCHE, STRATOVARIUS, ACCEPT, JUDAS PRIEST et HELLOWEEN sans passer pour de vilains faiseurs, et c’est pourtant la gageure que le groupe a brillamment relevée. La (très bonne) surprise du mois, et un groupe à suivre de très, très près. Mais pas trop, parce que ça peut gicler.  

 

Titres de l’album :

01. The Grand Delusion

02. Vice World

03. War Thunder

04. Pulse Of The Swarm

05. Global Monkey Show

06. Sail With Pirates

07. Turbokill

08. Kill The Lie

09. Don't Deal With The Devil

10. Track N' Spy

11. End Of Days

 12. Fortress Of The Universe

Site officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 29/01/2020 à 17:58
85 %    419

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Harmony Corruption

mortne2001 03/07/2020

Little Monsters

mortne2001 30/06/2020

Complicated Mind

mortne2001 15/06/2020

Dossier spécial Bretagne / LA CAVE #5

Jus de cadavre 15/06/2020

Screams and Whispers

mortne2001 12/06/2020

Cosmogony

mortne2001 09/06/2020

Concerts à 7 jours
Pendrak + Insane Order + Nervous Impulse + Unsu 04/07 : La Brat Cave, Lille (59)
Trepan Dead + Nervous Impulse + Unsu 05/07 : Mcp Apache, Fontaine L'evêque ()
Demonical + Mystifier 08/07 : Le Klub, Paris (75)
Demonical + Mystifier 09/07 : L'usine A Musique, Toulouse (31)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Kairos

Haha ce nom sorti du fond des ages... comme osmose d'ailleurs

03/07/2020, 20:05

Humungus

Tu m'étonnes !
Toute ma jeunesse...

03/07/2020, 17:06

Chemikill

Whaou ! Bien malsain le hosanna bizarre ! Souvenirs souvenirs...

03/07/2020, 12:43

Kolka

Un bouquin qui fait parler les idiots incultes.

03/07/2020, 08:48

loka

Pas terrible. Ultra polissé et des parties mélodiques inutiles et embarrassantes....

03/07/2020, 08:45

Simony

Pour en revenir au bouquin, je pense que les photos doivent dégager une certaine atmosphère bien plaisante. Je me laisserai peut-être tenté... on verra

02/07/2020, 22:15

Saddam Mustaine

Si j'ai trouvé ça.

"Je te le dis franchement, j’ai voulu tuer cet enfoiré à la fin. Imagine que quelqu’un que tu penses être ton ami rentre chez lui et trouve un autre ami qui s’est suicidé, et décide de prendre des photos de son cadavre. Qui de sensé aurait pu faire une c(...)

02/07/2020, 20:00

Saddam Mustaine

Ou vous avez les infos sur "le personnage" Necrobutcher ?
Moi je trouve rien sur lui sur le net...

02/07/2020, 19:48

Saddam Mustaine

Ou vous avez les infos sur "le personnage" Necrobutcher ?
Moi je trouve rien sur lui sur le net...

02/07/2020, 19:48

Saddam Mustaine

J'ai pas le film sous la main donc je sais pas perso.

02/07/2020, 19:46

Humungus

"Based on truth and lies"... ... ...

02/07/2020, 14:25

youpimatin

"When the Moment of Death Arrives" est une reprise de Sentenced, le tout 1er titre de "Shadows of the Past" sorti en 1992.

02/07/2020, 10:32

Pomah

Marrant tout de même, il est indiqué sur plusieurs sites que c'est le prod. de Tormentor qui est vendu un fragment du crane de Dead, pour 3.500 boules. Je ne trouve rien sur le fait que ce soit Necrobutcher qui confirme t'es dires. Cela dit les preuves sur net parfois ...

02/07/2020, 03:55

Pomah

Hahahaa "mon ptit gars", un peu de respect tout de même, Je suis surement pas ton petit gars ;). j'en ai rien a foutre que le gars revende des bout d'os de poulet. "Renseigne toi", je viens de te dire que c'est ce que je vais faire, MON propre opinion, y'a de quoi que tu comprends pas dans ce que j(...)

02/07/2020, 03:13

Satan

@ : Un jugement de valeur arbitraire? Ce sont des faits mon petit gars, pas une invention de mon esprit farfelu. Je récidive : renseigne-toi. Qui plus est, ce Mr a dit et répété pendant des années qu'il avait été outré par le collier collectant les os de Dead, alors que l'année passée il f(...)

01/07/2020, 21:57

Pomah

Maybe, mais je préfère me faire mon opinion moi même que de suivre bêtement un jugement de valeur très arbitraire.

01/07/2020, 00:01

Satan

L'indice est : "Helvete".

30/06/2020, 22:17

Satan

@ Pomah : Si tu te renseignais un peu, tu trouveras exactement ce que je mentionne dans des interviews récentes du Mr.

30/06/2020, 22:16

RBD

Vu en 2012, bon souvenir, le report a été exhumé il y a quelque temps si vous suivez...

30/06/2020, 20:14

Saddam Mustaine

Les mecs de Darkthrone qui rencontrent Euronymous ?

C'est là qu'ils laissent le Death pour faire du Black.

30/06/2020, 18:53