Sin Culto a Los Muertos

Cavador

30/08/2018

Autoproduction

Je sais, vous allez me reprocher de mettre en avant ce que je condamne. Mais s’il est vrai que je pointe du doigt la fâcheuse tendance des groupes à piller le passer pour alimenter les coffres du présent, ça ne m’empêche pas de savoir reconnaître les gentils des méchants, et les bons des mécréants. Oui, la vague vintage commence à nous les briser menu, qu’elle soit Hard, Heavy, Thrash ou AOR, oui, j’aimerais que parfois les musiciens se montrent plus culotés qu’appliqués, mais lorsque l’hommage rendu est à la hauteur du statut, alors j’apprécie, comme tout un chacun. Et c’est bien évidemment le cas des CAVADOR, qui malgré un patronyme et une imagerie classiques s’ingénient depuis plus d’une décade à prouver leur sincérité. Car loin d’être un simple tribute band destiné à flatter l’ego des James, Lars, Dave, Scott, Schmier ou autres Mike, CAVADOR est une entité Thrash prophète en son pays et bien au-delà de ses frontières, par la seule force de sa musique pour le moins particulière. Car si le concept utilise des formules déjà mises au point il y a trente ans, il a le mérite de les détourner de leur fonction primale, pour ne pas se contenter d’un pauvre Thrash déjà éculé avant d’avoir été épluché, et se rapproche même de l’école allemande la plus absconse des années charnières 88/90. En fait, et c’est quasiment un miracle, ils parviennent même à unir dans un même creuset la folie débridée de l’école sud-américaine et la rigueur sombre des enseignements germains, pour finalement nous proposer un nouvel EP aux ambiances travaillées, modulées, qui risque fort de s’imposer dans la production pléthorique.

Fondé en 2003, le groupe n’a pas vraiment chômé, et se trouve aujourd’hui à la tête d’un capital de production assez conséquent. Après avoir entamé les hostilités d’un EP éponyme en 2006, les originaires de Buenos Aires ont ensuite patienté trois ans avant de balancer leur premier LP, …De Tumbas, qui lui-même anticipait sans le savoir, et cinq ans à l’avance le second, Soldado Argentino Solo Conocido Por Dios. Deux EP consécutifs ensuite (A Lesson in Violence - The Conjuring en 2014 et Prohibido Nacer en 2015), un live pour patienter, et ce nouveau longue-durée qui n’en est pas vraiment un, puisqu’il ne franchit pas la barre de la demi-heure. Une sorte de néo Reign In Blood argentin ? Vous avez tout faux, même si les deux travaux partagent un gout prononcé pour l’intensité. Mais si chez SLAYER elle se manifestait par une vitesse et une vilénie constante, chez les CAVADOR, elle s’incarne autour d’une gravité de ton assez prenante, et par des changements de rythme et de direction assez troublants. Sans vraiment changer d’optique, les argentins se rapprochent des valeurs sûres d’un circuit fermé, celui du Techno-Thrash allemand de la fin des années 80, en laissant de côté les ambitions trop démonstratives. On se voit alors opposé une fin de non-recevoir de violence brute pour signer une décharge de brutalité vicieuse, qui met en avant un chant vraiment atypique, des constructions parfois épiques, mais aussi beaucoup d’envie, spécialement celle de sonner autrement qu’un simple old-school band trop scolaire pour se faire remarquer.

Mais plutôt que de groupe, il faudrait presque parler d’individualité, puisqu’on ne retrouve aux commandes de ce Sin Culto a Los Muertos qu’un seul homme, Emanuel Salgado, qui a donc pris en charge la quasi intégralité de l’instrumentation. En s’arrogeant la guitare rythmique, la basse, le chant et la programmation, l’homme signe un tour de force remarquable, et a pu compter sur l’aide de quelques companeros pour distiller quelques soli (Ezequiel Catalano, Horacio Castro, Daniel Lescano, Fer Echegoyen & Nico Hernández), afin de remettre un produit vraiment fini. Et ce troisième LP est une sorte d’épiphanie, et surtout, une façon de décentrer l’action pour la rapprocher d’une époque en demi-teinte, que tous les connaisseurs apprécient depuis trente ans. Pour être franc, je n’avais pas éprouvé telle sensation de satisfaction sadique depuis le séminal et terrifiant Protected From Reality des LIVING DEATH, dont ce Sin Culto a Los Muertos s’inspire en plus d’une occurrence. On y retrouve la même franchise bafouée de riffs qui n’osent pas la vérité, la même envie de souiller toutes les mélodies qu’on approche, la même roublardise qui vous perd dans les dédales d’une imagination malsaine, et surtout, la même fausse efficacité qui exige plusieurs écoutes pour s’imposer. Un travail étrange donc, rendu encore plus bizarre par la voix du maestro, hurlée, vociférée, et qui prend de faux airs des récriminations cacochymes de Thorsten « Toto » Bergmann, qui s’époumonait comme une vieille sorcière enfermée sur le troisième LP de son groupe damné. Mais si vous ajoutez à ce bilan quelques touches du HOLY MOSES période Lichtenstein, et que vous imposez le tout à un VIO-LENCE un peu fatigué d’avoir trimé comme un dératé toutes ces années, vous obtenez le cocktail enivrant qu’est Sin Culto a Los Muertos. Et en étant un poil cultivé, vous pourrez même parfois y associer le souvenir du TOURNIQUET le plus déviant (« Cortejo Funebre »pour peindre un tableau exhaustif.)

Et si vous doutez de mes paroles, et pensez que je me laisse emporter par mon enthousiasme, envoyez-vous à titre préventif le monstrueux « Cadaver sin Tumba » qui sonne plus LIVING DEATH qu’une zone industrielle de la Ruhr. Tout y est, le compte est bon, les riffs nauséeux, les accélérations subites, le chant complètement halluciné, les guitares soudainement ténébreuses, et même cette évolution en crescendo heurté qu’on appréciait tant sur le troisième album des allemands. Non que CAVADOR n’en soit qu’un pâle fac-similé, mais plutôt un digne héritier, qui n’a sans doute pas fait exprès de pousser le mimétisme dans ses derniers retranchements. Mais loin de se contenter du rôle de doublure d’une légende de la série B, le concept argentin pousse les choses plus loin, et semble se poser en synthèse idéale des combos européens de la fin des années 80, ces DEATHROW, HOLY MOSES et autres qui commençaient alors à comprendre (un peu tard…), que Thrash ne rimait pas forcément avec violence qui tâche et vélocité qui fâche. Alors, Emanuel Salgado, des idées accumulées plein sa musette passe en revue le haut du panier d’un style qui se voyait alors obligé de proposer autre chose pour ne pas être oublié. On verse alors dans la quintessence intelligente d’une agression sauvage mais calibrée, et « Intentando la Muerte » d’opposer des guitares mélodiques à des riffs supersoniques, le tout calé sur une rythmique inventive, mettant en exergue des lignes vocales toujours aussi hystériques. Et les morceaux, écoute après écoute s’incrustent en vous, et squattent votre mémoire, sans user d’artifices d’arrangements propices, mais en se basant sur une véritable science de composition, qui accepte les arpèges vénéneux à la Mustaine (« Conversando con el Diablo »), tout en osant le martèlement d’une marche lourde comme le poids des années (« Generación Destruida », glauque, oppressant, mais gluant et attirant dans sa dualité de temps)

Alors, oui, je condamne. Je condamne dorénavant les groupes dit « old-school » à se triturer un peu plus la tête pour nous offrir des albums de cette trempe. Car les CAVADOR avec Sin Culto a Los Muertos viennent de déterrer l’un des cadavres les moins frais du cimetière Thrash, pour le ramener à la vie l’espace d’une petite demi-heure.  

      

Titres de l'album :

                            1.Cadaver sin Tumba

                            2.Intentando la Muerte

                            3.Edad Nuclear

                            4.Generación Destruida

                            5.Conversando con el Diablo

                            6.Cortejo Funebre

Site officiel

Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 23/09/2018 à 14:03
92 %    483

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


LeMoustre
@78.225.219.160
24/09/2018, 18:50:51
C'est CAVADOR pas CADAVOR, la chronique mérite la réparation de l'erreur du texte. Pour info, le second album est un disque purement instrumental en hommage aux soldats argentins tombés aux Malouines.

grinder92
membre enregistré
25/09/2018, 06:24:31
c'est rectifié !

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Killing For Culture - Tome 2

mortne2001 23/02/2021

Livres

Voyage au centre de la scène : MASSACRA

Jus de cadavre 21/02/2021

Vidéos

Killing For Culture - Tome 1

mortne2001 15/02/2021

Livres

Moonspell 2007

RBD 04/02/2021

Live Report

Olivier Verron _ Interview Conviction

Simony 27/01/2021

Interview

Voyage au centre de la scène : ASSHOLE

Jus de cadavre 17/01/2021

Vidéos

Eluveitie + Korpiklaani 2010

RBD 08/01/2021

Live Report

Sélection Metalnews 2020 !

Jus de cadavre 01/01/2021

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Buck Dancer

De savoir que Rutan fait désormais partie du groupe éveil ma curiosité pour l'album, mais le morceau s'écoute et s'oublie une fois terminé. Certainement un résumé de ce que sera l'album a mes oreilles. 

25/02/2021, 15:58

Moshimosher

Intéressant, intéressant...

25/02/2021, 13:59

Arioch91

Le clip est juste insoutenable. Tellement que je trouve la zique de CC en décalage avec les images. Trop propre pour ce qui est montré. Mais je dois reconnaître qu'avec cette vidéo sur du trafic d'organes immonde, Canniboul fait fort, très fort. Pas pr&(...)

25/02/2021, 11:30

Arioch91

La voix est juste horripilante   Next !

25/02/2021, 08:56

Arioch91

Ca dépote ! Mais ça, je le dis souvent, j'écoute l'album et souvent, je finis par dire : next !Donc je vais pas m'emballer et écouter l'album plus en détails avant de me prononcer.

25/02/2021, 08:52

Humungus

Ah là oui !C'est effectivement très cliché dans le genre (ce qui reste quasi obligatoire d'ailleurs dans le style), mais effectivement, c'est largement au dessus de la moyenne pour ce qui est de la "clarté" de l'ensemble.Tr&e(...)

25/02/2021, 08:14

Humungus

Mouuuais...Au vu de vos avis dithyrambiques, je me suis donc penché sur ce bazar que je ne connaissais pas du tout :Je n'y ai absolument rien trouvé de ce que vous a fait frissonner les gars.Cela m'a fait penser à du Deathcore.J'avai(...)

25/02/2021, 08:10

Jefflonger

Très sympa à regarder cette vidéo, merci. De mon côté j'ai vu plusieurs fois le groupe en concert sans posséder les albums. L'erreur est réparée  et je les écoute maintenant régulièrement sauf sign of the d(...)

24/02/2021, 17:41

POMAH

C'est pas mal du tout. Cela manque un poil d'agressivité, mais y'a du bon la dedans.Cela me rappel Betray my secrets - Shamanic dreams. 

24/02/2021, 17:15

Gargan

Vraiment hâte d'écouter, en espérant un mix entre nostalgie et des riffs de qualité de l'époque plus récente.

24/02/2021, 13:02

RBD

En voilà qui ont mangé du Slayer quand ils étaient petits. On dirait du The Haunted.

24/02/2021, 12:10

Gargan

Vidéo sympa, bien que j'ai du mal avec le rythme et la lecture de notes. ça viendra.Scène découverte sur le tard, avec comme favoris le contamination rises de No return et le sublime dementia des Louds, symposium d'Agressor et signs of the decline vena(...)

23/02/2021, 18:42

Buck Dancer

Une petite mise en bouche avant la sortie d'un EP de nouvelles compos.... dans 4 ou 5 ans ? 

23/02/2021, 13:41

Arioch91

Massacra, un pote de bahut achetait des CD par palettes entières tous les mois.Il m'en passait quelques uns. J'en copiais certains sur K7 mais j'avais trop d'un coup. Aussi le premier Massacra fut vite passé aux oubliettes, comme malheureusement plein d&a(...)

23/02/2021, 09:17

Humungus

Je ne connais pas le groupe mais il est toujours triste que des fans de BLACK FLAG et de Suze se sépare...

23/02/2021, 09:10

Humungus

AAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHH !!! !!! !!!J'en rêvais !!! Ils l'ont fait !!!En souhaitant effectivement que la légende perdure putain !

23/02/2021, 08:58

POMAH

Si c,est aussi bon qu'Iron Man, achat direct.

23/02/2021, 08:50

Solo Necrozis

Hâte d'entendre ça... Iron Man, c'était quelque chose.

23/02/2021, 08:06

Bones

Exact, encore du Thrash vendu au mètre. Maîtrise, codes bien présents... mais la magie n'opère pas non plus chez moi.

23/02/2021, 07:47

Bones

Ah merdum, dommage qu'ils cèdent à cette facilité là.  J'y jetterai forcément une oreille mais ça fera forcément moins tripper que des compos personnelles.   Manque d'inspiration ? Paresse ?Je suis en plein retour no(...)

23/02/2021, 07:44