Bow down before your master.

En même temps, il y a de quoi s’incliner devant lui. Après tout, ce bon vieux Paul Speckmann fait le même job depuis plus de trente ans, et il y a fort à parier qu’il ne s’arrêtera pas avant d’avoir avalé son dernier poil de barbe, qu’il a conséquente. Quatorze albums studio, un statut d’icône du Metal extrême, et une paternité du style qu’il pourrait revendiquer, lui qui était là avant tout le monde ou presque. Et s’il n’avait pas été si jeune, son premier long éponyme aurait fait la nique à tout le monde, Chuck y compris, sauf que le destin en avait décidé autrement et décidé de repousser la sortie de Master à 1990, alors que tout avait déjà été dit ou presque. D’où un pauvre bougre refoulé aux portes de la gloire, essayant désespérément de convaincre les foules qu’il jouait plus fort et plus vite que tout le monde alors que tout le monde ne rêvait encore que de jouer plus vite et plus fort que lui. Mais on ne va pas refaire l’histoire, et depuis, tout le monde (encore) a oublié cette anecdote un peu triste, transformant notre barde hurlant en gentille figure de l’underground un peu chafouin, mais tellement sincère, et toujours prompt à malmener ses cordes vocales pour nous râper les oreilles. Et dire qu’il les a salement ramonées au travers des années est d’un euphémisme lénifiant. Car Paul Speckmann, c’est un peu le tonton sympa de la famille Metal, celui qui radote et qui vous rebat les esgourdes d’un sempiternel « c’était mieux avant », tout en décapsulant une autre bière avec son briquet. Mais qu’est-ce qu’on l’aime ce tonton qui raconte des histoires glauques d’une voix de baryton épuisé par les tournées en bus rouillé, et c’est toujours dans son giron qu’on revient pour prendre une bonne dose de violence non diluée dans la gueule après s’être échiné à débusquer la nouveauté supposée mettre tout le monde le cul par terre de son innovation et de son culot. Et avec MASTER, sa créature, pas de surprises. Ça fait trente balais qu’elle déblatère les mêmes borborygmes sur fond de Death crasseux, mais ça marche à chaque fois. Un peu comme feu l’une de ses idoles, Lemmy, qui nous refourguait la même partition tous les deux ans mais qui s’imposait comme par enchantement.

Mais la magie n’a rien à voir là-dedans, à moins d’admettre que Paul est une sorte d’Harry Potter des bas-fonds, et que sa baguette a été remplacée par une basse et un micro dans les années 80. Mais Chicago n’est pas Poudlard, pas plus que la République Tchèque n’est le Mordor, et Vindictive Miscreant n’est pas un vieux grimoire de sorts à l’usage de la jeune génération désireuse de retrouver le souffle épique de l’Amérique des 80’s. Il n’est qu’un brûlot de plus à ajouter à la longue discographie du groupe, et la suite logique d’An Epiphany of Hate publié il y a deux ans, lui qui n’était déjà qu’une extension de The Witchhunt paru en 2013, et ainsi de suite. Parce que lorsqu’on écoute un album de MASTER, on sait exactement ce qu’on vient chercher, une grosse dose de riffs non dénaturés, des rythmiques piquées aux DISCHARGE et à MOTORHEAD, des grognements de bucheron à la retraite qui collectionne les peaux de tapir, enfin des sensations basiques qui rappellent que la violence la plus pure est toujours celle des origines. Et ce quatorzième glaviot de ne décevoir personne, bien au contraire, puisqu’il respecte le cahier des charges que Paul et ses deux acolytes depuis 2003 (Zdeněk Pradlovský - batterie et Alex "93" Nejezchleba - guitare) s’imposent depuis une éternité. Production nickel, pochette superbe, et jets de bile intempestifs pour bien cracher à la face des adorateurs du veau d’or de la modernité qui ne supportent pas le passéisme, même lorsqu’il n’est finalement qu’une foi sans faille en une musique foncièrement brutale, mais terriblement honnête dans le fond et les faits. Alors non, ce nouvel LP n’apportera rien à la cause, et ne fera pas avancer la machine plus vite, mais il lui offrira une pause salvatrice à base de sauvagerie primale, et permettra à tous les fans du bonhomme de vénérer sa présence après tant d’années d’errance et de multiplication des pains, d’un projet à l’autre, mais toujours en suivant cette même ligne de conduite en forme de mantra : faire du boucan, jouer comme un néanderthalien, et bourriner dans tous les coins pour être sûr de n’épargner personne.

Alors on y va, et on recense toutes les figures imposées qui nous sont resservies à chaque tournée. Rythmique bloquée sur le tempo du VENOM de 81/82, guitares qui prennent un malin plaisir à travestir des motifs déjà usés par le DISCHARGE de Hear Nothing, mélodies tuées dans l’œuf depuis la sortie d’On the Seventh Day God Created... Master, chant en récrimination sourde d’ermite de la foret ensorcelée, et vogue la galère, d’impulsions Thrash en accélérations Death meurtrières, pour un LP compact comme un bloc de béton vous tombant sur la gueule. L’âge visiblement ne rattrape pas notre ami Speckmann, pas encore décidé à partir à la retraite, et le gigantesque cri en ouverture du morceau éponyme en dit long sur l’énergie dont dispose encore le leader poilu et grisonnant.

You’re nothing but a Vindicative Miscreant!!!  

 

Pris comme tel, ça peut faire peur, mais en tant que coup de semonce, ça remonte les valseuses jusqu’au menton. Et c’est comme ça qu’on l’aime Paul, revanchard, mais pas aigri, conscient, mais pas dupe, lucide mais encore rêveur. Il sait très bien à priori qu’il a déjà tout dit sur ses efforts précédents, mais il continue de nous ramoner les conduits avec son Death/Crust bien senti, largement plus que toutes les tentatives nostalgiques foireuses auxquelles nous avons droit tous les mois. Et avec une triplette de morceaux dépassant les six minutes, on peut même dire qu’il a su faire preuve d’ambition, même si un morceau comme « The Book » aurait pu être condensé en trois tant il s’évertue à plaquer le même riff sur le double. Mais c’est gras, c’est grave, gentiment glauque, et ça pulse, ce qui est l’essentiel pour MASTER. D’autant plus que de temps à autres, le bonhomme se calme un peu et travaille ses ambiances, ce qui nous donne de petites choses un poil plus nuancées comme l’intro de « Engulfed in Paranoia », ou comme le déroulé morbide et pesant de « The Inner Strength of the Demon », sorte de Doom à la Speckmann, poisseux, gluant et finalement, si attachant. Inutile dès lors de formuler le moindre reproche envers un musicien qui reste fidèle à lui-même et qui ne se prend pas pour l’innovateur qu’il n’est pas (il le fut il y a longtemps, ça lui suffit amplement), et autant apprécier ces huit nouvelles claques pour ce qu’elles sont, comme une fausse fontaine de jouvence qui ne rajeunit pas, mais qui permet d’oublier le temps qui passe. Et si on aimerait parfois que les tonalités changent un peu, si l’on souhaiterait que les rythmiques modulent légèrement, on accepte l’offrande, spécialement lorsque la finesse se taille une petite place (« The Impossible of Dreams », plus CELTIC FROST qu’un clou de Tom Warrior). Mais bordel que c’est jouissif de se lâcher au son brut d’un album de brutes, et de renifler à plein naseaux un vieux Death au jus coulant d’un vieil alambic de fortune, planqué dans cette fameuse forêt tchèque qui héberge depuis des années ce vieux truand de Paul Speckmann…Un héros modeste ? Une légende vivante ? Non, juste un musicien qui s’est toujours contenté de faire ce qu’il aime, et de nous en donner pour notre argent. Et si l’honnêteté se payait comptant, Paul serait certainement l’un des hommes les plus riches du monde.                

   

Titres de l’album :

                         1.Vindictive Miscreant

                         2.Actions Speak Louder than Words

                         3.Replaced

                         4.The Inner Strength of the Demon

                         5.The Book

                         6.Engulfed in Paranoia

                         7.The Impossible of Dreams

                         8.Stand Up and Be Counted

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par mortne2001 le 23/12/2018 à 14:43
80 %    134

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


jefflonger
@90.51.98.4
25/12/2018 à 21:21:24
Très bonne chro pour un bel album, encore une fois je ne suis pas déçu par le groupe. Il faut que je tente le précèdent.

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