Alors là, forcément, la gaieté va se faire la belle, et nous laisser entre amateurs de violence et de thématiques plus sombres que l’anus de G.G Allin avant un lavement. Pardonnez cette comparaison un peu douteuse, mais l’univers de ces lyonnais n’a rien d’exaltant, bien au contraire. Ils semblent même se complaire dans un magma de brutalité glauque et de petits matins qui sentent la mort, et finalement, restent assez fréquentables en l’état. Il faut dire qu’ici, la joie de vivre, on s’assoit dessus, comme un éléphant sur son cornac quand il en a marre d’avancer comme un con. Alors, nous parlons tous le même vocabulaire, à quelques nuances près. Celui des B.T.K est du genre direct, et sans nuances, pourtant on sent les individus friands de variété dans la mise à mort, et ce, depuis leurs débuts en 2007. Il faut dire que malgré leur caractère foncièrement sociopathe, ils ne nous ont jamais menti. Faire un maximum de bruit, finement mais grassement a toujours été leur devise, et Condamné l’avait prouvé en version longue-durée dès 2016. Deux ans plus tard, le trio (Benji - batterie, Olivier - chant et Yann - guitare) est power par intuition, mais provocateur par vocation. Et ce Viscères ne fait pas exception à leur absence de règles, et je ne parle pas de celles qui coulent le long des cuisses de leurs victimes. On parle souvent de New-York, de la violence urbaine de Chicago, des errances dangereuses des nuits de Santiago ou de Brasilia, mais Lyon n’a pas l’air plus engageante le soir, lorsque les trottoirs se vident de leur faune diurne pour laisser marcher leurs fauves nocturnes…Et ces fauves-là ont le goût du sang, de celui qui gicle des artères et qui justifie un patronyme tout sauf austère, inspiré de ce cher Dennis Lynn Rader, qui une fois ses dix meurtres commis, fut fort marri de devoir ranger son leitmotiv au placard.

Bind. Torture. Kill. Simple comme vautour.

Trois musiciens qui font le boucan de cinq, et qui se placent dans la plus droite lignée d’un Hardcore US saboté, électrifié, rendant les UNSANE sympathiques et faisant la nique aux CONVERGE, aux TRAP THEM, aux NAILS, et à tous les amateurs d’orifices sans artifices. Un Hardcore aux teintes sombres, glauques, aux murs de l’âme qui recrachent leur surplus de salpêtre, et aux plafonds qui témoignent encore des cris de belette de pauvrettes attachées à leur chaise attendant l’extrême onction. Il y a du plaisir sadique dans cette haine de la mélodie et de la routine brutalière,  pour qui sait saisir la poésie dans l’arrière-cour. Cette poésie-là ne rime pas, mais s’accorde très bien d’un français qui résonne de sa vilénie, et qui oublie le siècle des lumières pour favoriser celui des meurtriers. Ils auraient pu payer leur tribut à Guy Georges, à Thierry Paulin, mais non, ils ont choisi de loucher du côté ricain où leur album a été mixé par Nick Zampiello aux New Alliance East Mastering de Boston. Mais pas de soucis, puisqu’ils ont le respect de production de leur pays, qui des Warmaudio de Lyon a permis à Kris Banel de leur donner le son. Et sous un artwork signé Tyron's Gearing, au noir et blanc mythique et menaçant, se cache donc l’un des LP les plus essentiels de cette nouvelle année, un album qui pue les tripes à terre et les crachats de sang en l’air, la peur, le malaise, et la déconstruction rythmique si chère à Kurt Ballou et aux défunts DILLINGER ESCAPE PLAN. La relève est assurée ? Disons qu’après avoir encaissé les derniers UNSANE et CONVERGE, le choc est encore rude et l’estomac un peu fragilisé. Et avec le pain que Viscères va encore lui coller en plein, il ne risque pas de se sentir mieux. Ou même bien. Car tout ceci est à vomir de plaisir…

Et si Condamné nous avait prouvé que les lyonnais savaient respecter les codes, Viscères nous démontre en une demi-heure qu’ils sont aussi capable de les briser, pour s’éloigner des sentiers battus. De fait, il devient aussi difficile à les profiler que ce fameux « patient zéro », censé arpenter les routes des USA pour tuer qui de droit, le sien, et échappant à toute enquête trop rapprochée de par sa gratuité de brutalité, et son absence de format type. Les B.T.K suivent aujourd’hui peu ou prou le même portrait-robot, anonyme dans la forme, mais schizophrène dans le fond. On sent évidemment une énorme base Hardcore, de par cette rugosité d’une guitare qui rugit comme deux, qui utilise le feedback avec parcimonie pour soudainement nous bousculer de riffs murement pensés, on renifle la sale odeur du Powerviolence, eut égard à la cadence d’abattage, et on ose aussi préciser le parfum d’un Darkcore méchamment caviste puisque le chant d’Olivier est toujours aussi barré, et semble émaner de la gorge d’une pauvre proie lambda tombée dans le mauvais filet. Mais la perche tendue par la progression de cette album est solide, et suit une ligne de conduite qui nous même du pédiluve au grand bassin, sans bouée ni maître-nageur, histoire de nous noyer dans nos propres frayeurs et nous forcer à affronter nos pires démons. Et c’est ainsi qu’après une entame faussement rassurante comme « Fléau », et ses arpèges acides placides, nous tombons en plein dans le traquenard planifié « Au Fond du trou », qui décrit assez fidèlement notre situation. Une apnée musicale, une asphyxie artistique, pour éviter le naufrage stylistique qui emprunte le foulard aux TRAP THEM pour bander des yeux effrayées par les CONVERGE. « Nourrir le Singe » ne nous rend pas la monnaie, mais multiplie les grimaces rythmiques, tandis que « Perte et Fracas » solde le compte d’un Mathcore à peine dissimulé dans les poches. DILLINGER is dead ? Mais qu’elle importance quand on a ces tarés ?

Et puis, on finit par se dire que le dessein de la grande faucheuse s’aligne sur les dessins de ces trois fauchés, avant que « Sanguinaire » ne nous transperce du caractère psychotique de sa guitare hypnotique, et nous traîne sur le sol bétonné pendant quatre minutes bien frappées. La douleur devient sourde, comme nos oreilles, et la puanteur commence à nous étourdir, d’un « Pestilence » qui en effet, schlingue le cadavre largué dans les marais, en train de pourrir de sa propre suffisance de n’être qu’un numéro de plus d’anonyme en partance…L’au-delà n’est pas plus séduisant une fois passé entre les mains de ces mécréants, et la lumière bénite est remplacé par un chaos inique, via « Maelstrom » et ses dissonances irritantes. Et si la bête se réveille sur un « Chacal » brutalement sans pareil, le constat est le même, « Abject », et symptomatique des dérives assassines d’une zone urbaine ou le meurtre est si facile qu’on y cède comme à l’appel d’une sirène. Et celle des voitures de police ne résonnera que trop tard, une fois ce putain de trottoir nocturne maculé de sang diurne, et les rapports remplis à la hâte, en espérant que la traque jouisse d’une bonne fortune. Mais on ne coffre pas les B.T.K aussi facilement, et ils sont déjà loin, dans l’espace et le temps. Celui qui nous sépare de l’admission de nos pêchés, et de la réalisation que cette sale vie n’est que bestialité. Alors là, forcément, la gaieté se fait la belle, et les amateurs de violence s’émerveillent. Les charognards de la nuit ont joui, et le corps sous les néons luit. Mais ses reflets sont autant d’images de nous-mêmes que notre nature cache au fond de nos cauchemars. Comme cette musique au teint blafard, et cet album en corridor mouroir.


Titres de l'album:

  1. Fléau
  2. Au Fond du Trou
  3. Nourrir le Singe
  4. Perte et Fracas
  5. Sanguinaire
  6. Pestilence
  7. Maelstrom
  8. Chacal
  9. Abject

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 10/02/2018 à 14:11
88 %    380

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Cet artwork très "old-school death metal" !


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L'intro de "Hell Awaits" sur Decade... M. A marqué à vie !


Gros respect pour Slayer même si j'ai seulement 2 mauvais souvenirs de concert (sur plus d'une quinzaine) Pour moi aussi decade reste le meilleur live , ne serait ce que pour l'intro de hell awaits qui plante le décor pour tout le reste de l'album.