The Passing of Time

Glacier

30/10/2020

No Remorse Records

Quand j’étais petit, je l’attendais, fébrilement, derrière la fenêtre de ma chambre. La première chose que j’entendais, c’était la musique joyeuse qui s’échappait de son estafette aux couleurs pastel, puis je le voyais rouler tout doucement dans ma rue, avant de descendre les marches quatre à quatre. Il s’appelait Luigi, et pour une somme modique, il me laissait lécher ses deux boules, aux divers parfums. Luigi adorait qu’on lèche ses boules avec cette lumière dans les yeux, il se disait que finalement, les enfants l’aimaient beaucoup. Luigi, c’était mon glacier. Et je n’ai trouvé que cette anecdote narrée de façon navrante pour saluer l’un des comebacks les plus improbables de notre (pas si) chère année 2020. Nonobstant la teneur borderline de cette entame, il est incroyable de constater qu’après trente-cinq ans de silence, l’un des plus grands espoirs de la scène Heavy Metal américaine remette le couvert, alors qu’on le pensait perdu corps et âme dans les marécages de l’oubli. Sauf que les spécialistes, les esthètes, les maniaques, les complétistes n’ont jamais pu vraiment oublier ce petit EP lâché en 1985, et qui présentait cinq titres de Metal incorruptible, agressif mais mélodique, assez proche de ce que la scène de Seattle des années 80 pouvait proposer de mieux. Et GLACIER, ancienne entrée de site historique recensant tous les acteurs de la scène, est donc redevenu un groupe à part entière, mené par son leader inamovible qui a quand même lâché la barre pendant quelques années. Vu d’ici, et avec ces décennies de recul, on peut se questionner sur la pertinence d’un retour qui à lui enthousiasmé les grecs nostalgiques de No Remorse, toujours à l’affût d’une tranche de passé tendre. Mais en écoutant ce premier véritable album des américains, on comprend parfaitement les raisons de cette recherche de lumière, tant The Passing of Time se hisse sans peine au niveau de Glacier, ce fameux EP qui contenait le tube imparable “Vendetta”, que les hard-rockeurs des eighties ont tous repris en chœur. 

 

GLACIER revient donc par la grande porte, toujours porté par les solides épaules de son chanteur Michael Podrybau. Formé en 1979, le collectif aura attendu jusqu’en 1984 pour publier sa première démo, Ready for Battle, avant d’enfin graver un produit professionnel l’année suivant avec ce premier EP éponyme qui est depuis devenu un incontournable de la production US de l’époque. De retour avec un line-up frais (Marco Martell - guitare depuis 2017, Adam Kopecky - batterie et Michael Maselbas - guitare, tous deux depuis 2018 et le petit dernier Chucho - basse depuis 2019), Michael s’est donc senti pousser des ailes, pour pouvoir voler aux côtés de tous ces petits jeunes surfant sur l’attrait de la nostalgie, et disons les choses comme elles le sont, ce premier LP de la bande est largement plus compétitif que bien des tentatives plus juvéniles. Avec ce sang neuf insufflé à son ancien projet, Michael Podrybau a pu nous offrir l’album lyrique et emphatique dont il rêvait depuis les mid eighties, et défier IRON MAIDEN sur son propre terrain, lui qui aurait pu faire de GLACIER son pendant américain. A l’origine de cette reformation un peu surprise, DEVIL IN DISGUISE, un groupe de covers monté uniquement pour participer au Keep It True Festival et reprendre le matériel d’origine du groupe. Et de fil en aiguille, de joie en cohésion et de plaisir en qualité, ce projet éphémère est devenu une entité viable, même si les ambitions d’origine étaient plus modeste. En effet, Michael n’avait prévu de n’enregistrer qu’un nouveau EP pour prendre la température, avant d’éventuellement se lancer dans une entreprise plus ambitieuse, Mais lorsqu’il comprit que cette entreprise allait mener à la reformation du véritable GLACIER, un longue-durée lui apparut plus judicieux. Et c’est ainsi que The Passing of Time - au titre très judicieux - vit le jour, trouvant d’ailleurs une connexion intéressante avec le passé du groupe, puisqu’on retrouve au casting deux anciens membres venus prêter main forte, Tim Proctor (basse) et Loren Bates (batterie), venus poser leurs parties sur « Live for the Whip” et « Sands of Time ». De même, Phil Ell Ross (ex-MANILLA ROAD) a accepté de prêter ses cordes graves à deux autres morceaux, ce qui confère à cet album des allures de réunion de famille assez attendrissante.

Mais la nostalgie est une chose, et l’efficacité et la pertinence en sont deux autres. Se retrouver pour une accolade est attendrissant, encore faut-il que la musique suive. Et pour être franc - même si mon enthousiasme me pousse certainement à enjoliver la situation - j’affirmerai que The Passing of Time est le genre d’album qu’IRON MAIDEN cherche à composer depuis des années, sans jamais y arriver. Les similitudes entre les deux groupes sont flagrantes, et pourtant, il est impossible de taxer le quintet US d’opportunisme, puisque ses origines remontent aux mêmes années que la création du MAIDEN moderne. Mais on retrouve évidemment cet équilibre entre férocité et mélodie, entre accessibilité et rébellion musicale, à la différence près que les américains supportent très bien l’utilisation de chœurs intervenant toujours au bon moment. Mais comment ne pas dresser un parallèle entre les bandes de Steve Harris et Michael Podrybau en écoutant un morceau aussi phénoménal et fédérateur que « Infidel » qui utilise les mêmes tierces empruntées à THIN LIZZY, qui cavale sur un tempo que Nicko aurait pu nous pondre de ses baguettes, et que la voix haut-perchée de Podrybau sublime de ses inflexions ? Impossible en effet, mais tout l’album est de cette catégorie de faux best-of déguisé en inédit, et chacun des morceaux de The Passing of Time est un hit Metal incontestable, et se pose en suite digne de ce premier EP qui avait secoué les rédactions du monde entier.   

Prenez « Live for the Whip » par exemple, et son refrain « Live for the whip, die by the sword ». Il souligne toutes les qualités que l’on est en droit d’attendre d’un véritable hymne Heavy, de même que l’épique « Valor » qui réconcilie DIO, MANILLA ROAD et QUEENSYCHE. D’un autre côté, « Into the Night » de sa cadence, trahit l’origine américaine du quintet, et joue avec les limites de vitesse pour lorgner vers la Porsche de RIOT. Produit par Lasse Lammert au LSD Tonstudio et enregistré aux Swift Road Studios par Vincent Ippolito, cet album est donc plus qu’une réussite et presque un miracle, sonne nostalgique mais up in time en même temps, et dispose d’un artwork vintage de toute beauté qui donne envie de le voler sur un étal, ou plutôt de l’acheter. On rêve en le voyant à ces vinyles de notre jeunesse, sauf que cette pochette ne sert pas à détourner l’attention d’un contenu prévisible et réchauffé, bien au contraire. Et GLACIER malgré son nom risque de réchauffer encore plus l’atmosphère et de faire fondre la calotte polaire encore plus vite. Mais avec une musique pareille, pas de quoi avoir les boules.       

                                                                                                                     

Titres de l’album:

01. Eldest and Truest

02. Live for the Whip

03. Ride Out

04. Sands of Time

05. Valor

06. Into the Night

07. Infidel

08. The Temple and the Tomb


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par mortne2001 le 10/11/2020 à 15:51
88 %    366

Commentaires (3) | Ajouter un commentaire


Gargan
@86.233.96.236
10/11/2020, 16:56:05

Rhââpuutain ça fait plaisir de voir Glacier de retour ! Il y avait eu les rééditions heureuses de l'ep mais là c'était inespéré.


L'Apache
membre enregistré
11/11/2020, 11:29:15

Putain c'est mega cool ! Je connaissais pas ce groupe !! Je vais squatter !


LeMoustre
@93.4.16.166
12/11/2020, 07:46:35

En commande depuis un petit moment. Je refuse la moindre écoute sur YT pour avoir l'extase de l'écoute veritable une fois reçu. L'album devrait le mériter si j'en crois ce texte. 

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