Rust

Crashdiet

13/09/2019

Frontiers Records

S’il est une chose qu’on ne peut dire au sujet des CRASHDIET, c’est que leur vie n’a été qu’un long fleuve tranquille, et leur carrière, une route pavée d’or et de diamants sans nid de poule. D’ailleurs, un simple coup d’œil à leur bio suffit à piger que dès le départ, leur histoire était placée sous le signe d’une étoile bizarre, capricieuse, qui n’allait pas forcément leur offrir la protection et la bienveillance dont ils avaient besoin. En exagérant un peu, ses membres affirment même que leur biographie rendrait celle de MÖTLEY bien fade à côté, mais comment leur donner tort au vu des changements de line-up, des décès, des accidents de parcours dont ils ont été les victimes. Entre une formation en 2000 pour un split en 2002 et un remaniement complet des troupes, la mort d’un leader incontestable quelques années plus tard, la difficulté de lui trouver un remplaçant, des années de disette et une production erratique, CRASHDIET a tout d’une assemblée de losers magnifiques qui s’accrochent à leur destin comme un morpion à des poils frisés. Ceux sur la tête de ces musiciens suédois sont plutôt raides, en pétard, comme leur caractère d’ailleurs, qui les pousse depuis le début à mélanger la séduction du Glam avec la puissance du Punk et du Heavy Metal, les transformant en sorte de clone hybride entre PRETTY BOY FLOYD et ROGUE MALE, le genre de gus qu’on n’aimerait pas croiser au zinc d’un bar louche de peur qu’ils ne vous mettent la main au cul pour vous taper cent balles. Pourtant, ce sens de la revanche, cette façon de croire votre vie redevable eue égard à tous les malheurs les a poussés à enregistrer des albums toujours plus convaincants et durs/rentre-dedans, ce qui a eu le mérite d’en faire le groupe Sleaze le plus en vue de Suède depuis bien longtemps. Et ce statut, toujours discutable dans le fond, ne l’est pas dans les faits. Les CRASHDIET sont bien les meilleurs des plus mauvais garçons de la scène.

Nous étions sans leurs nouvelles depuis six ans maintenant, et l’excellent The Savage Playground qui nous avait laissé sur une note une fois encore festive, mais qui n’avertissait pas vraiment des larges points de suspension qui ont suivi. D’ordinaire, le groupe nous trompait deux ou trois ans avec le silence et les fêtes, mais jamais plus. On commençait d’ailleurs à croire le quatuor perdu pour le compte, mais Rust vient heureusement briser la malédiction, et introniser une fois de plus un nouveau frontman, une habitude chez les scandinaves. Bienvenu donc à Gabriel Keyes, couineur de micro depuis 2017, dont c’est le premier témoignage discographique avec les trois autres loustics, et sa voix, parfaitement adaptée au genre permet à la bande instrumentale de facilement passer la rampe. Et c’est avec un grand plaisir que nous constatons que le groupe n’a pas du tout rouillé, et qu’il se présente sous ses atours les plus provocants pour annoncer son retour avec lipstick et hairfix, un peu comme si les anglais de WRATHCHILD leur avaient prêté une bombe de laque et un manuel de mauvais goût pour être certain de ne pas planter le rendez-vous. Dans les faits, ce nouvel album ne dévie pas vraiment de la trajectoire des quatre premiers, en reprend les grandes lignes, mais fait preuve d’une énergie de tous les diables qui en dit long sur l’appétit de nos amis. Produit en interne par le guitariste Martin Sweet, Rust ne vient en rien contredire les influences depuis longtemps avouées par le quatuor (Martin Sweet - guitare, Peter London - basse, Eric Young - batterie et Gabriel Keyes - chant), et l’ambiance ressemble parfois à s’y méprendre à une répétition de SKIDROW entre les deux eaux Skidrow et Slave to the Grind (« We Are The Legion », sorte de « Youth Gone Wild » un peu désabusé pour la génération millenium). Mais la touche scandinave est toujours bien présente, cette façon de détourner les codes pour les faire siens et transformer la nostalgie en énergie du présent, pour de petites bombes Sleaze qui vous explosent à la gueule de confettis (« Crazy »).

Traitant de la seule nouveauté de cet album, et de l’intégration de Gabriel en tant que frontman, autant dire que le glissement s’est opéré en douceur, et que le vocaliste donne le sentiment d’avoir passé sa vie avec les trois autres. Sa voix, légèrement gouailleuse et aigue quand il le faut fait merveille sur les nouvelles compositions du groupe, toujours aussi Glam‘n’Punk, à la manière d’un BACKYARD BABIES après lecture de la bio des TIGERTAILZ et autres CRAZY LIXX. On trouve de tout une fois encore dans l’auberge suédoise, de l’hymne teen par excellence en passant par la crise de colère Heavy, et cette façon de combiner des riffs vraiment durs avec une ambiance légère comme un cotillon nous rappelle que les CRASHDIET ont toujours été prophètes en leur pays, et surtout, les plus doués de leur génération. Impossible à l’heure actuelle de dire si ce cinquième LP fait partie des meilleurs, puisqu’ils le sont tous quelque part, mais avec une intro comme celle de « Rust », aussi syncopée et addictive que celle de « Dr Feelgood » du CRÜE, ce nouveau chapitre de la saga mouvementée marque les esprits, et nous entraîne dans une transe de fête, comme une party de tous les diables donnée en plein cœur de Stockholm. Les chœurs occupent toujours une place aussi prépondérante, qu’ils allègent des compositions vraiment dures et agressives (« Into The Wild », au boogie tenace), ou qu’ils transcendent des classiques Hard Rock instantanés et survitaminés (« Idiots », clippé par Jimmy Johansson, une fois de plus), mais ce qui frappe, c’est cette cohésion d’ensemble, ce qui finalement n’est pas étonnant considérant les années passées ensemble par Martin, Peter et Eric. De la cohésion certes, mais dans la diversité, car à contrario de bien des groupes du cru, le quatuor suédois n’hésite pas à varier les climats, pour les adoucir (« In The Maze »), ou au contraire prôner une exubérance qui leur va toujours aussi bien qu’un spandex enfilé le matin (« Crazy »).

Et alors que le dernier BLACKRAIN vient tout juste de heurter les bacs virtuels, le Sleaze peut donc se frotter les mains fardées de satisfaction, les deux groupes œuvrant plus ou moins dans la même direction. Mais l’avantage indéniable des suédois est d’oser des choses un peu hors-contexte, comme celle ballade au parfum électronique « Waiting For Your Love », réminiscence des eighties qui décidément ne se feront jamais discrètes, ou au contraire de sublimer le classicisme en signant des hits immédiats qui donnent envie de s’encrer les bras (« Stop Weirding Me Out »). Et encore une fois, le culte du Glam et du Sleaze connaîtra un regain de fidèles, puisque Rust fait honneur à la réputation des CRASHDIET, qui rompent ainsi avec six longues années de silence pour nous revenir chauffés à blanc et remontés à bloc, armés d’une bordée de chansons toutes plus solides les unes que les autres. Le régime sec n’est donc pas pour demain.    

   

Titres de l’album :

                          01. Rust

                          02. Into The Wild

                          03. Idiots

                          04. In The Maze

                          05. We Are The Legion

                          06. Crazy

                          07. Parasite

                          08. Waiting For Your Love

                          09. Reptile

                         10. Stop Weirding Me Out

                         11. Filth & Flowers

Site officiel

Facebook officiel


par mortne2001 le 23/09/2019 à 17:39
80 %    402

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Xtreme Fest 2016

RBD 08/07/2020

38'48 Regeneration

mortne2001 07/07/2020

Harmony Corruption

mortne2001 03/07/2020

Little Monsters

mortne2001 30/06/2020

Complicated Mind

mortne2001 15/06/2020

Dossier spécial Bretagne / LA CAVE #5

Jus de cadavre 15/06/2020

Screams and Whispers

mortne2001 12/06/2020

Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Saddam Mustaine

Amorphis cet album est sensationnel.

12/07/2020, 14:20

Pomah

Y'a clairement un côté synthwave pas dégeu, à creuser.

11/07/2020, 14:36

RBD

Voilà un groupe et un homme qui m'ont marqué à une époque où je commençais à être blasé. Ce n'est pas toujours facile à suivre d'un album sur l'autre, c'est un vrai fêlé. Mais comme dit le proverbe, ce sont des esprits comme ça qui font entrer la lumière.

10/07/2020, 23:41

aeas

Seul le batteur a encore un semblant d'intégrité à travers ses activités.

10/07/2020, 20:35

Jus de cadavre

Idem, découverte pour moi grâce à cette chronique. La prod est excellente pour l'époque !
Un bien bel hommage en tout cas Mortne...

10/07/2020, 17:38

JTDP

@jus : +9986457 !
@gerard : fais péter le "name dropping" on n'attend que ça de faire de nouvelles découvertes ! ;-)

10/07/2020, 17:10

JTDP

Purée c'est vrai qu'il est excellent cet album !!! Et malgré Youtube et le poids des ans, le son est franchement bon ! Une réédition s'impose, c'est indéniable.

10/07/2020, 17:08

Oliv

Ah bon

10/07/2020, 12:51

y'a pus d'jus

faut dire à BEBERT de pousser son camion ,il bloque la porte du garage et j'peux pas sortir la dépanneuse !

10/07/2020, 12:29

Gargan

Haha la ref à Hanson ! Belle découverte, merci.

10/07/2020, 11:59

Thrashing Metropolity

Super anecdote, Goughy ! Merci pour le partage !
Ca ne fait que confirmer tout le bien que nous sommes nombreux à penser de ce groupe culte.

Vraiment, si ces albums pouvaient être réédités, ce ne serait que justice !
Quelqu'un a évoqué plus haut l'accent franglais du (...)

10/07/2020, 11:07

goughy

Bon allez je me lance, juste histoire d'en rajouter sur les sentiments positifs qui émanent ce très beau papier (je savais pas l'histoire du début des Bérus...)
Ca devait être en 94 ou 95, on avait 14 ans, on écoutait MST et, avec deux autres potes, Mickey était une star du niveau de Br(...)

10/07/2020, 10:42

Gargan

...Quand tu découvres les effets lumineux de ton logiciel de montage.

10/07/2020, 10:37

steelvore666

Bien d'accord avec vous messieurs.
J'écoute encore les "vieux" albums, ceux qui montrait un groupe sur de lui et assez puissant pour convaincre sans en faire des tonnes et devenir pathétique.
Un constat : la qualité de ses albums est inversement proportionnelle à son implication dans(...)

10/07/2020, 09:41

Speeding Velocity

Eh ben.... vraiment pas bandante cette affiche.
Je suis quand même curieux de voir le prix des places pour "ça".
(et le taux de remplissage, mouarf !)

10/07/2020, 09:00

NecroKosmos

Même opinion. Groupe de clowns. Après, cette polémique montre bien l'ouverture d'esprit du gouvernement polonais.

10/07/2020, 06:40

NecroKosmos

Je ne connaissais que de nom. Voilà qui me plaît beaucoup !!

10/07/2020, 06:28

aeas

Guignol à la tête d'un groupe de guignols. Sacré Nergal et son cirque...

09/07/2020, 22:13

Jus de cadavre

@gerard : petite phrase importante dans l'article que tu as peut-être zappée "N'oubliez pas que ces sélections sont totalement personnelles et subjectives et n'ont pas pour but de présenter tout ce que la Bretagne a pu produire (on n'en aurait pour des journées entières !)"

Sans c(...)

09/07/2020, 22:02

gerard menvuça

Et les groupes de Speed metal / heavy metal / hard rock / Glam rock ?, apparemment il n'y en a pas en BRETAGNE dans l'article ! C'est pas mon impression ! je tombe sur des video sur you tube de groupes Bretons ( Nantes inclus)

09/07/2020, 20:07