Je vous ai déjà dit que j’étais adepte du tape-trading dans les nineties ? Non, pas ce procédé qui consiste à s’échanger des démos audio de par le monde avec des passionnés, celui qui consiste à s’échanger des films en VHS de par le monde avec des passionnés. La nuance est de taille, puisque l’époque est à la dématérialisation, et qu’aujourd’hui, les flims se regardent avec des fans de cyclimse sur l’écran d’un ordinateur, ou dans le meilleur des cas sur un joli bluray à l’image immaculée. Sauf que les images immaculées s’accordent très mal des débordements fauchés de séries B dont l’objectif est de couper des têtes, de montrer des nichons, et de dissimuler un script écrit avec les pieds derrière le paravent du mauvais goût. Mais ça, les VHS n’en sont pas dupes, et continuent de prôner des valeurs anciennes, à base de bandes fatiguées, de soirées du samedi passées vautré dans un canapé avec des bières et des pelloches bien pourraves. Mais je connais bien les lascars, puisque 2019 je suis toujours au rendez-vous de leurs plans foireux, depuis le séminal mais vaginal Screaming Mad Gore, en passant par la case roublarde de The New Batch l’année dernière. Et c’est sans attendre plus qu’un an que les canadiens nous en reviennent sans hache ni tronçonneuse, mais avec quelques histoires de jolies baigneuses girondes dévorées par des créatures des grands-fonds. Ainsi, le rigolard We're Gonna Need Some Bigger Riffs incarne donc ce fameux tournant du troisième album, tournant dont le trio (Andy - batterie, Jimmy - basse et Mike - chant/guitare) n’a absolument rien à foutre, puisqu’il poursuit sa carrière comme un vieux requin en plastique ses victimes dans un nanar italien des années 80. Mais on peut se la jouer dilettante dans le fond et très appliqué dans les faits, et si ce nouvel effort se focalise sur le grand large, les trois lascars ne comptent pas imiter Achab et pister la baleine pendant des heures, ni le chef Brody et flotter sur un mat pour tirer dans la tête d’un grand blanc.

Leur unique but ? Jouer du Death/Grind sur fond d’histoires un peu cheap, mais d’une façon toujours aussi efficace et sincère. Distribué digitalement par les esthètes de l’abomination de Horror Pain Gore Death Productions et physiquement par Rotten Roll Rex, We're Gonna Need Some Bigger Riffs est un foutage de gueule en bonne et due forme, et ce pour une simple raison. Les VHS n’ont pas besoin de plus gros riffs, puisqu’ils les ont déjà, et leur sens de l’humour potache à toute épreuve aura raison des vôtres, se vautrant dans la luxure d’un extrême paillard mais pointilleux, avec toujours en exergue ces plans qui font mouche, et ces couches de vocaux qui sentent bon les hurlements poussés dudit canapé. Mais les trois salopiauds, en sus de se marrer comme des veaux, n’en ont pas perdu leur art consommé pour trousser des hymnes au plaisir pas solitaire et coupable, et se jouent du monolithisme d’un style qui d’ordinaire ne supporte pas les variations, pour nous offrir sur un plateau de snacks quatorze nouveaux morceaux jouissifs et différents. Ils se répandent même parfois en jouissance incroyablement catchy, titillant le souvenir de B.O bien grasses mais médiums dans les sévices (« Death and Carnage Coming in Waves », qui bénéficie d’un petit coucou de Matt Harvey d’EXHUMED venu leur prêter main forte), ce qui laisse éclater la triste vérité à la face d’un monde médusé : oui, les VHS savent jouer, et composer, et ne sont pas que de simples barbares que les excès font marrer à condition qu’ils soient les plus graveleux possibles.

Bêtes non, méchants mais plus pour rire, les trois originaires de Thunder Bay continuent donc leur fulgurant parcours de Comic Death/Grind, et nous amusent à détourner les codes du Crust, du Heavy, pour mieux corser leurs interventions qui en sus, bénéficient d’un excellent son. Difficile en effet de ne pas craquer pour les assauts multiples de « Zombie Vs. Shark », qui rappelle le meilleur du Death/Grind le plus imperfectible, avec ses nombreux breaks, à cent miles au nord d’un simple exutoire pour crétins en manque de sexe et de violence. Pourtant, violent, cet album l’est, immanquablement, mais violent dans le bon sens, et intelligible, plus technique qu’il n’y parait (mention spéciale encore une fois à l’axe basse/batterie, hallucinant de précision analogique). Morceaux oscillant entre la grosse pièce de viande sortant de la gueule d’un requin et attaque éclair au petit matin, riffs qui s’accumulent et s’empilent comme des victimes au fond de l’océan, voix graveleuses et vicieuses, modulations, changements de cap et intensité de saison (« Voracious and Violent »), pour des accalmies passagères qui ne laissent rien augurer de bon (« Rooting for the Villain », avec en cadeau Trevor Strnad de THE BLACK DAHLIA MURDER pour rendre le tout plus lourd et crado), et de soudaines bourrasques qui mettent le frêle esquif sur le flanc (« Savage Streets », admirable d’être aussi catchy et bourrin en même temps…). En vingt-huit minutes les VHS font preuve de plus de créativité et de maturité que bon nombre de leurs collègues encore coincés au stade anal de La Mort au Large, et nous offrent le soundtrack indispensable pour apprécier Jaws comme des adolescents dégénérés. Sorte de mélange entre M.O.D et DEATHBOUND, ce We're Gonna Need Some Bigger Riffs incarne l’apogée de la brutalité bon enfant et s’articule autour de blagues Death instantanées (« Bringer of Death »), et lourdeur adulte compressée (« From the Murky Depths », qui pue les marais de la Louisiane), pour se poser en ultra brutalité souple mais densifiée, ne lasse jamais, et donne envie d’aller se baigner à minuit alors qu’un vilain requin n’attend que ça pour calmer sa faim.

Et pour mieux persuader ceux qui seraient encore dubitatifs (les inconscients…), le trio termine sur une dernière tranche de barbaque bien épaisse, qui résume leur philosophie (« Marine Monstrosity »), et nous laissent hagard, engoncé dans notre vieux canapé, nous demandant encore comment cette blonde en bikini peut être aussi conne. Que ça fait plaisir de retrouver des vieux potes pour une soirée télé, à essayer de dénicher le nanar le plus foutraque du vidéoclub imaginaire. Allez avouez-le, ça vous manque aussi non ? Alors les VHS sont les amis dont vous avez besoin pour retrouver ce bonheur innocent tout en foutant un peu le boucan.     

   

Titres de l’album :

                       1. Full Scream Ahead (Intro)

                       2. Zombie Vs. Shark

                       3. Let’s Get Gruesome

                       4. Voracious and Violent

                       5. Rooting for the Villain (Ft. Trevor Strnad)

                       6. An Old Lady and Her Crocodile

                       7. Oozing, Bubbling Black Mass

                       8. Death and Carnage Coming in Waves (Ft. Matt Harvey)

                       9. Savage Streets

                       10. Face Full of Worms

                       11. Bringer of Death

                       12. From the Murky Depths

                       13. Cruise Ship Carnage

                       14. Marine Monstrosity

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par mortne2001 le 13/10/2019 à 14:59
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L'artwork est l’œuvre d'un certain Jibus