Metalnews.fr - Bonjour Grace, je vous laisse vous présenter à nos lecteurs et évoquer votre parcours artistique depuis vos débuts afin que l’on vous connaisse mieux.

Grace Meer: Bonjour à tous,

mon nom est Grace MEER je suis une nouvelle artiste, auteure, compositrice, interprète d’origine Franco-Italienne. Mon tout premier EP Your King est sorti fin septembre, c’est un EP Electro-Rock aux influences cinématographiques.

Pour évoquer en filigrane mon parcours, je dirais que l’artistique a toujours eu une place prépondérante dans mon existence, et ce depuis mon plus jeune âge: la musique, l’écriture, la littérature, le dessin, en somme la créativité sous toutes ses formes me fonde. Mon parcours est quelque peu singulier, j’ai suivi un cursus littéraire orienté vers les arts plastiques.

Il y a 3 ans environ, j’ai fait le choix de me lancer dans cette merveilleuse aventure qu’est l’établissement de mon projet artistique. Aussi je suis très heureuse de vous le présenter aujourd’hui.

Votre premier EP, « Your King » est sorti le 29 septembre, pouvez-vous nous en dire un peu plus sur le processus de création et d’enregistrement ? Studio, ingénieur, producteur … Période de conception, et tout ce que vous jugerez utile de nous dire ?

Grace Meer: La naissance de ce projet est avant tout le fruit d’une longue et lente gestation. Comme je l’ai précédemment évoqué, cela fait un peu plus de 3 ans que je me suis lancée dans le monde de la musique, mon incursion est de ce fait très récente. Toutefois, la conception globale de ce premier opus a été minutieusement et mûrement réfléchie. Ainsi c’est tout un monde que j’ai enfanté, en silence, des années durant, avant de prendre LA décision de structurer et développer mon concept artistique.

Lorsque l’élève est prêt, le maître arrive, je suis l’apprenti-sage de la vie, sans doute avais-je la maturité nécessaire pour mener à bien ce projet. Un projet que je souhaitais novateur, ambitieux et total quant à son approche.

En ce qui a trait à la production musicale de l’EP, J’ai fait le choix de travailler avec Jean-Philippe Martinez, un talentueux arrangeur musical, créateur de musique de films, aux influences Indus bien marquées. Son univers musical a été un véritable coup de cœur. Étant moi-même passionnée de cinéma, cette rencontre était juste évidente et faisait sens. Son univers sensitif, ciselé, donnait l’assise et le décor à mes propres émotions.

Nous avons fourni un travail énorme sur les 4 chansons afin de donner une direction artistique nouvelle et aboutie pour chaque morceau, ainsi ce ne sont pas moins de 60 pistes musicales qui ont été créées pour chaque titre.

En outre j’ai souhaité totalement autoproduire mon projet, de fait j’avais la volonté de mener les choses avec pugnacité sans entrave aucune. Il était important que ce premier opus me ressemble en tout point.

Quels sont les thèmes abordés dans cet album ? Y’a-t-il une trame de fond ou bien ne sont ce que des chansons aux tonalités/images différentes ?

Grace Meer: Il y a effectivement un fil conducteur, une trame d’ensemble. L’EP est une sorte de cheminement intérieur, il reprend la thématique de gestation intérieure qui m’est chère.

« Heal », « Farewell » sont la symbolique d’une solitude intérieure, d’un deuil, d’une crise à laquelle il convient de faire face dans le but de se transformer, de transcender ses idéaux déçus afin de renaître à soi. Elles peuvent être perçues comme LE point de départ.

Pour ce qui est de la chanson « Vortex », elle constitue la reconnexion à soi, à notre essence, elle nous invite à pleinement nous réaliser, à prendre conscience de ce que nous sommes et désirons véritablement. Quant à « Your King », elle est l’aboutissement et la célébration de la femme nouvellement accomplie, une femme en quête de plaisir et sens.

Ainsi les thèmes abordés sont multiples: notamment la dualité en soi, la mise en abime de nos forces et fragilités, ainsi que la notion de gestation et de temps qui lui sont inhérents. Ce temps qui nous permet de traverser nos peurs intérieures, nos doutes et failles dans cette symbolique de résilience qui est, à mon sens, l’axe fondateur de mon propos.

Tout ce processus de transformation nous mène au sentiment de notre force et puissance, il nous permet d’être pleinement accompli et acteur de notre existence. 

Je crois que vous vous intéressez beaucoup aux notions de genre, d’individualité et de personnalité. Cet EP de quatre morceaux reflète t’il quatre facettes d’une même artiste? Quelle part de vous avez-vous insufflé à votre art, niveau musique et textes ? Trouve-t-on trace de la femme derrière l’artiste en écoutant ces compositions ? 

Grace Meer: Oui assurément, la notion de déterminisme et de libre-arbitre me passionnent. Nous sommes les maitres de notre destinée, nous sommes créateurs de notre vie par nos choix en conscience et l’écoute de nos besoins. D’ailleurs, j’aime les gens qui se battent pour leurs idéaux, qui forgent leur propre histoire, et ce malgré bien des obstacles. Obstacles qui au final ne constitueront qu’un apprentissage, une force supplémentaire pour orienter un chemin de vie.

Ainsi je dirais que les quatre morceaux révèlent 4 facettes de ce que je suis : une femme libre, forte et fragile à la fois, consciente de son existence et actrice de sa vie dans l’infinie possibilité de ses choix.

J’ai ce besoin d’insuffler ce que je suis et ressens, le verbaliser et donner vie aux mots, les mettre en scène musicalement et visuellement.

Aussi de manière à la fois totalement différente et complémentaire, ces modes d’expression que sont le chant, l’écriture, la musique et le monde du graphisme, se rejoignent et me permettent de trouver ma voix/voie et mon expression dans la vie. 

Les influences musicales sont très variées sur votre EP. Des traces d’Electro-pop, d’Electro-rock, de Chamber Pop, et même pourquoi pas de musique subtilement symphonique… Pensez-vous qu’un artiste se doit d’être le plus ouvert possible pour proposer quelque-chose de novateur ou bien cette diversité n’est-elle que le propre reflet de votre propre personnalité?

Grace Meer: J’aime être à contrecourant, non pas dans une volonté contestataire post-adolescente, mais j’aime partir du principe que nulle voie n’est tracée. Il faut innover, penser les choses différemment, la bien-pensance, les pensées étriquées m’ennuient. J’aime la notion d’ouverture et ce que cela requiert: la prise de risque et l’affirmation de sa personnalité dans sa vision particulière au monde. J’aime être libre dans ma façon d’orienter mes idées. À mon sens, il est de mise d’avoir un regard neuf et de prendre ses chemins de traverse.

D’autre part, comme je l’ai précédemment évoqué, j’ai un grand intérêt pour les différents domaines artistiques, ils sont un merveilleux champ d’inspiration et d’expression. Ils nous permettent d’ouvrir notre conscience et d’insuffler à notre création une richesse supplémentaire.

Néanmoins proposer quelque-chose de novateur est assez subjectif, puisque directement lié à la perception et aux références de chacun.

Etre novateur, à mon sens, c’est savoir cultiver et défendre son monde intérieur en s’affranchissant de ce qui est communément fait, admis. Par conséquent, c’est aussi prendre le risque de ne pas trouver sa place, d’être incompris, de susciter le rejet. Au final tenter d’innover est un acte courageux. D’ailleurs j’aime beaucoup cette citation du sage Indien Osho sur la notion créativité qui résume très bien les choses:

 « La créativité est la plus grande rébellion qui soit. Si vous voulez créer, vous devez vous débarrasser de tout conditionnement, sinon votre créativité ne sera que la reproduction, de la copie. Vous ne pouvez être créatif que si vous êtes un individu; en tant qu’élément de la psychologie de masse, vous ne pouvez pas créer. La psychologie de masse n’est pas créativité, elle vit la vie comme un boulet, elle ne connait ni la danse, ni le chant, ni la joie; elle est mécanique. »

Est-ce difficile de se faire une place dans les mouvements musicaux lorsque son style est trop versatile pour être rattaché à une fragrance particulière? Quels sont les retours des médias en général, n’ont-ils pas trop de mal à traiter votre cas sans trop s’éloigner de leur propre univers?

Grace Meer: Pour l’instant la promotion a seulement été faite en France, il m’est donc difficile d’avoir un avis objectif quant aux médias en général, surtout que je tends à développer le projet à l’étranger, il a d’ailleurs été pensé en ce sens.

En effet, je ne pense pas que le projet puisse véritablement trouver sa place ici: l’esthétique et l’univers sont trop marqués et trop singuliers.

Concernant les médias Français, il y a eu d’excellents retours comme Tracks d’Arte qui est La référence musicale et culturelle ultime, Tracks est à mon sens le média indépendant et qualitatif à la pointe de ce qui se fait artistiquement. Néanmoins, il y a aussi eu des retours plus frileux. Toutefois, n’oublions pas que nous sommes en France et que nul n’est prophète en son pays. 

Quelles sont vos influences vocales et musicales ? J’ai cru déceler quelques accointances avec les univers de Tori Amos, de Charlotte Martin, mais aussi TRUE MOON, Kate Bush, LACUNA COIL. Sont-ce des artistes que vous appréciez ? Jusqu’à quel point selon vous un artiste peut-il puiser dans les ressources de ses influences pour créer sans tomber dans l’hommage trop forcé ou le plagiat ? 

Grace Meer: Ah vaste question !

Mes influences sont multiples, je suis avant tout sensible aux artistes dotés d’une identité forte et marquée, d’une personnalité à fleur de peau. J’aime l’engagement du propos, de la démarche artistique, j’ai besoin de ressentir l’âme, d’être émotionnellement touchée. Aussi les artistes qui m’inspirent vocalement sont : 

Edith PIAF, elle a bercé mon enfance, elle semblait retranscrire, rejouer sa vie sur scène, et ce dans chaque chanson, sur chaque mot, dans une entièreté et une résonance sublime. Je pourrais ajouter, l’immense Freddy Mercury avec sa personnalité flamboyante, son talent hors-norme et ses magistrales interprétations ! Tim et Jeff Buckley, respectivement père et fils, pour des raisons bien différentes: en effet, Tim avait une prodigieuse étendue vocale de 5 octaves, sa technique était remarquable, il utilisait sa voix comme un instrument de musique avec diverses inflexions, fluctuations et tonalités, j’aime cette idée.

Jeff quant à lui, c’était la pureté, l’idée d’un absolu vocal doté d’une très belle maitrise et tessiture. Cependant, c’est avant tout l’émotion qu’il génère qui me touche, celle d’un écorché vif dont l’âme transcendait les maux par le chant.

Pour conclure sur l’idée de jusqu’au-boutisme vocal, je citerai aussi Robert Plant. Il possède une connexion quasi-mystique et spirituelle avec son chant.

D’ ailleurs pour l’anecdote, mon nom d’artiste est un hommage à ces deux derniers: Grace pour le magnifique album de Jeff, et Meer en référence à l’interprétation magistrale de Robert Plant sur « Kashmir » de LED ZEPPELIN. J’ai gardé la terminologie du nom en y modifiant l’orthographe.

Concernant mes influences musicales, elles vont de David BOWIE à Craig ARMSTRONG en passant par RADIOHEAD, PJ HARVEY, MARYLIN MANSON, WOODKID, Anna CALVI, et tout naturellement BJORK. BJORK constituant à mes yeux l’artiste totale maîtresse de son œuvre artistique, c’elle est une visionnaire, une artiste vraiment brillante pour laquelle j’ai un immense respect. Quant à votre question initiale sur les différentes accointances perçues, Kate Bush fait effectivement partie de mes influences musicales et vocales. Elle est si subtile, profonde, novatrice dans un monde qui n’appartient qu’à elle. Nous touchons ici les hautes sphères musicales avec une artiste intemporelle. Pour en revenir aux autres artistes évoqués, je ne les connais malheureusement pas suffisamment pour avoir un avis objectif quant à leur univers.

Votre question ayant trait aux ressources de nos influences est pertinente, aussi quelle est la part d’acquis et d’inné dans ce que nous retranscrivons de notre création? Est-ce une volonté propre, un hommage à ce que nous aimons, ou plus précisément une difficulté à trouver sa propre voie ?

Au 16ème siècle, un courant littéraire appelé L’innutrition, avait pour but d’imiter les anciens afin de les retranscrire dans une langue nouvelle. À mon sens, ce fait résume qu’il y aurait autant d’artistes que de visions artistiques, tout est une question de point de vue et de juste équilibre.

Nous sommes fondamentalement modelés, structurés par notre culture et nos références, elles constituent un socle, une base qu’inconsciemment nous retranscrivons. Cependant, il convient effectivement de trouver son mode d’expression, d’aller à la source de ce qui nous fonde, de puiser en soi afin de créer son axe créatif.

 Je pense qu’il est nécessaire de ne jamais rester sur ses acquis, de découvrir sans cesse de nouveaux horizons, de développer sa pensée, de perpétuellement se remettre en question. C’est en ce sens que l’on peut évoluer et créer sa propre voie, bien que celle-ci puisse être matinée de quelques références culturelles fondatrices.

Vous avez tourné un splendide clip pour illustrer « Your King ». Vous avez travaillé pour l’occasion avec deux vainqueurs d’un concours lancé par Lady Gaga. Êtes-vous satisfaite de cette collaboration ? Comment cette rencontre est-elle arrivée ? Envisagez-vous d’autres vidéos pour bientôt ?  

Grace Meer: La rencontre avec Clément Legrand (Réalisateur graphiste) et Damien Laturaze (Plasticien-styliste) a été fondamentale. Je la perçois comme un cadeau de la vie! Il n’y pas de hasard, simplement des rendez-vous avec soi-même! Il faut néanmoins être à l’écoute des signes de la vie, être intérieurement aligné.

J’ai, dans un premier temps, rencontré Damien par l’entremise de Claudius Pan (comédien et danseur du clip), j’ai aussitôt été subjuguée par la beauté de ses créations. J’aime profondément les artistes avec lesquels je collabore, je m’intéresse par conséquent à tout leur univers. Aussi je me suis penchée sur le travail réalisé avec Clément et là… ce fut le coup de foudre, l’évidence totale. Leur production était exactement ce que je désirais en termes de graphisme et d’esthétique. D’ailleurs cette rencontre allait même plus loin, puisque tout ce que j’avais conscientisé des années durant se matérialisait sous mes yeux. Ce fut magique.

 Je suis forcément très heureuse et satisfaite de ce qui a été créé, « Your King » marque le début de cette magnifique et fructueuse collaboration. Quant au fait d’envisager de nouvelles vidéos, c’est effectivement en gestation, toujours dans cette volonté de développer, transcender la notion de graphisme. À ce propos, nous en avons déjà parlé avec Clément. Il me faut désormais trouver le bon producteur, ainsi que le budget nécessaire afin d’avoir les moyens de mes ambitions.

L’aspect visuel semble une partie importante de votre travail. Pensez-vous que depuis l’avènement de MTV les artistes soient obligés de proposer une image léchée et soignée pour offrir un packaging complet au public ? À quoi peut-on s’attendre lorsque nous aurons la chance de vous voir sur scène ? À propos de scène, comment allez-vous défendre « Your King » ? Une tournée est-elle prévue, des concerts plus épars ? Et si vous en aviez la possibilité, avec quel autre artiste ou groupe aimeriez-vous tourner ? 

Grace Meer: Nous sommes dans une société de l’image, par conséquent je ne pense pas que la notion de visuel soit totalement liée à l’avènement de MTV. Je perçois plus ce fait comme étant une dynamique Américaine, en effet les productions Américaines conçoivent de façon magistrale des projets musicaux aux visuels puissants et léchés. Ils misent énormément sur la notion d’image, ce qui me semble être une excellente chose quand cela constitue un axe sur le fond et la forme. Par ailleurs avec les avancées technologiques actuelles, chaque artiste a désormais la possibilité de créer sa propre charte graphique et de construire son propre univers.

À propos de la scène, elle sera l’Acmé du projet, en effet tout le projet est basé sur une intime imbrication entre la musique et la notion de graphisme global. Ainsi je veux développer et conceptualiser une scénographie novatrice, expérimentale et synesthète. Le visuel scénique doit être en parfaite osmose avec la forte identité graphique proposée.

Je souhaite penser mes concerts comme une expérience sensorielle où l’auditeur-spectateur sera placé au centre de la création, et toujours dans cette volonté de collaboration artistique, je désire ardemment travailler avec plusieurs artistes visuels dont les œuvres graphiques me fascinent.

Il me reste désormais un enjeu de taille: trouver le label avec lequel je pourrai travailler main dans la main afin de développer le paradigme que je tends à structurer. C’est un ambitieux projet ! Ayant tout dirigé et autoproduit, je désire aujourd’hui développer le projet avec une véritable structure professionnelle. Par conséquent il n’y a pas de concert prévu à court terme, je souhaite au préalable établir le concept musico-visuel qui sera entièrement dédié à la scène. 

L’industrie du disque a beaucoup changé en quinze ans. Les ventes de cd sont catastrophiques, les groupes reviennent à des formats vintage (vinyle, cassette), et surtout, privilégient le DIY et le crowdfunding. Quel est votre avis sur la question, et quel regard portez-vous sur ce marché ? Pensez-vous que la débrouille et les formats dématérialisés sont l’avenir ? En outre, quel est votre avis sur les web radios et plateformes comme Deezer ou Spotify ?  

Grace Meer: Les ventes de cd sont effectivement en berne, néanmoins après quelques années d’errance et d’adaptation face à l’évolution du net, l’industrie musicale se porte désormais à merveille.

Le regard que je pose sur le marché de la musique reste toutefois nuancé, en effet grâce aux technologiques actuelles, nous sommes continuellement sollicités et abreuvés par différentes informations, tout semble soumis au diktat de la productivité et du rendement. Ainsi la musique est devenue un bien de consommation comme un autre.

La diffusion musicale est de partout, nous avons par conséquent une accessibilité plus directe à celle-ci, cependant en plus d’assister à une dématérialisation musicale et une baisse notable de la qualité sonore, nous développons un rapport de consommateur pur. De fait, il suffit d’écouter, de cliquer, d’acheter un single à la carte, en occultant bien souvent l’œuvre dans son ensemble.

En outre internet évolue très rapidement et ce, au détriment des droits d’auteur. Je m’explique: les énormes bénéfices générés par les plateformes musicales sont unilatéraux, en effet une écoute rapporte à un artiste: 0,0037 euros sur Spotify, 0,0045 euros sur Deezer et 0,0082 euros sur Itunes. Pour être validée, l’écoute doit être égale au minimum à 40% du temps du titre. Le constat est sans appel, ce nouveau système ne permet plus aux artistes de vivre de leur musique.

En ce qui concerne le phénomène de « Crowdfunding », le terme s’est démocratisé toutefois la démarche n’est pas nouvelle. En effet le recours à des souscriptions afin d’aider les artistes dans leur production, a toujours existé. Par ailleurs je pense que ce système dédouane énormément les maisons de disques.

À propos de la notion de Do It Yourself, avec les technologies actuelles, je pense notamment au Home Studio, tout peut être envisagé et produit de manière optimale. Par ce biais, il est effectivement possible d’être remarqué, de générer un éventuel buzz, toutefois je reste prudente quant à la notion de buzz, effectivement un buzz n’est que très rarement le fruit du « hasard », mais bien la conséquence d’une stratégie marketing appuyée par une promotion musicale pourvue d’un budget en conséquence. En amont, tout aura été minutieusement et silencieusement orchestré et ce, des mois durant.

Aussi, pour construire et établir une carrière sur du moyen ou long terme, il faut posséder une véritable structure professionnelle qui disposera de moyens adaptés au développement de l’artiste.

En conclusion, je pense que la débrouille est un excellent préalable aux choses, cependant à terme les artistes sont limités dans leur perspective de carrière, en effet, comme précédemment évoqué, les artistes ne peuvent plus vivre de leur art.

Pour en revenir au sujet des webradios, actuellement ce que je déplore le plus concernant les radios dites « mainstream », c’est le peu de qualité proposée, la musique et les styles musicaux sont très formatés. On donne aux gens ce qu’ils veulent entendre ou ce qu’ils doivent écouter. Ainsi nous assistons à une musique schématisée, par voie de conséquence, tout le monde écoute la même chose, à moins bien entendu de faire preuve d’une réelle curiosité artistique. En ce sens, les webradios sont une excellente alternative quant à la découverte de nouveaux horizons musicaux qualitatifs, et ce dans un état esprit de totale indépendance.

 En finalité, je pense qu’une analogie peut être faite avec la société dans laquelle nous évoluons, tout est catégorisé, lissé, il n’y a aucune prise de risque, aucune volonté de sortir de cet état normé. Aussi continuons de nous assoupir, on pense pour nous…

Pouvez-vous me citer 5 artistes/albums/morceaux qui ont changé votre perception de la musique et pourquoi ? Des auteurs qui ont pu influencer votre notion de l’art ou vos textes ?

Grace Meer: Choix ô combien difficile… (sourire).

Je dirais que QUEEN a eu une influence considérable quant à ma perception musicale, notamment avec Queen I leur premier album sorti en 1974. Cet album n’est pas forcément le plus accessible, ceci est en partie dû à la mauvaise qualité du mix et du mastering. Néanmoins les bases étaient déjà posées, la voix de Mercury, le son de la Red Special de Brian May, et ce style Barroco décadent qui leur est propre !

Des chansons comme « My Fairy King », « Liar », « Great King Rat» font partie de mes références, dans le sens où il n’y a pas de structure formelle au niveau de la composition, elles sont complètement iconoclastes, une sorte d’opéra « Buffa » dotée d’harmoniques vocales qui déjà posaient la genèse du groupe. Ce sont à mes yeux de superbes débuts, totalement inventifs, avec un style, une marque de fabrique et une patte hors-norme.

MARYLIN MANSON a aussi son importance quant à ma vision artistique, plus particulièrement avec l’album Holy Wood. Brian Warner est un artiste extrêmement brillant, intelligent. Au-delà de l’aspect visuel donné à son œuvre, il pose une véritable satire sociale à l’encontre de la société américaine. Il conceptualise tout un univers, une sorte de pamphlet, de diatribe visant les valeurs de l’Amérique, il matérialise sa pensée, l’intellectualise à travers les matériaux musicaux et graphiques. Le discours est profond, étayé, dérangeant, porté par une réalisation artistique et visuelle sans concession.

L’album Holy Wood m’a toujours séduite par la qualité de sa production musicale, je ne parle pas de l’aspect technique des compositions mais des arrangements, le travail des sons est tellement riche. Holy Wood est un album concept où tout l’aspect graphique est pensé en détail et ce, jusqu’à la fameuse affiche qui met en scène chaque arcane du tarot, dépeignant ainsi chaque instance Américaine. Bluffant.

D’ailleurs, Brian Warner va loin dans son système de pensée, en effet les albums Antichrist Superstar, l’excellent Mechanical Animals et Holy Wood, sont conçus comme un triptyque incarnant la déshumanisation d’un être, ses luttes, sa mort et renaissance.

La musique de MANSON est riche, puissante, crasse, libidineuse. À ce propos, j’ai rarement entendu des chansons générant une telle sensualité et tension sexuelle avec des titres tels que « Spade », « Para-Noir », ou encore  « Fundamentally Loathsome ».

En somme rentrer dans l’univers Mansonnien, c’est pénétrer dans les sphères de la perdition afin de retrouver un état de conscience éclairé, brillant !

David BOWIE est un artiste qui m’est cher, son album concept Ziggy Stardust est une référence. Ce que j’apprécie chez cet artiste, ce fut sa capacité de renouvellement, il s’est perpétuellement et brillamment réinventé à chaque album et ce, à travers le nombre des années. C’est très fort mais n’est pas BOWIE qui veut.

BJORK pour son concept artistique global tant sur le plan visuel que sonore. Où quand l’art contemporain rencontre le monde de la musique dans une volonté de performance et d’avancée artistique. Ainsi BJORK développe une certaine vision de l’art sous différentes perspectives, souvent inattendues.

Jeff Buckley et son unique album Grace. Un album intemporel. À chaque écoute, je découvre des détails et arrangements nouveaux. La pureté de sa voix, ses interprétations à fleur de peau sont bouleversantes. L’âme tourmentée de Jeff est d’une profondeur inouïe. Il vit son art, son chant, sa musique sans concession aucune, aussi le chuchotement et la douceur de son âme me transpercent.

En ce qui a trait à l’écriture, Charles Baudelaire et ses Fleurs Du Mal sont une influence majeure. Les élucubrations de son « Spleen et Idéal » et la profonde résonance de ses mots-maux teintés d’ombre et de lumière, me touchent.

Cette œuvre est Une invitation au voyage, une invitation au pays du corps et de la synesthésie des sens, l’auteur convie son lecteur à l’élévation de son âme. Un recueil de poèmes tantôt solaires, tantôt sublimes de noirceur, que je définis comme une quête, une célébration des sens et de la chair. 

Quelles relations entretenez-vous avec l’Underground local et international, les artistes et webzines ? Que pensez-vous d’ailleurs de ces derniers, jouent-ils un rôle important en tant que lien entre vous et le public ?  

Grace Meer: Il m’est difficile de répondre à cette question, en effet je suis dans une démarche singulière, je travaille en louve solitaire et ce de manière totalement autodidacte, en outre j’établis mes projets en silence. J’aime l’indépendance d’esprit et du propos.

Comme précédemment évoqué, mon incursion dans le monde de la musique est très récente, j’évolue hors du système. C’est un choix, ma vision étant singulière.

Qui plus est, n’étant pas toujours en adéquation avec ce qui est édicté dans le milieu musical, j’ai préféré suivre mon intuition et prendre mon chemin de traverse, non pas par arrogance ou prétention, mais par esprit de protection et de préservation. En effet, je ne tiens pas à être parasitée par les invectives et prédictions toutes puissantes et les dogmatiques visions Old-school de ce qui est communément admis ou fait.

Rien n’est simple, néanmoins l’aventure est enrichissante et magnifique, je reste maitresse de ce que je compose et j’en assume l’entière responsabilité.

Par ailleurs, je ne me définis pas comme une Tabula rasa, mais comme une bâtisseuse qui développe et établit son univers de manière méthodique, méticuleuse et déterminée, je suis totalement habitée par ce qui me passionne. En outre le projet dans sa finalité ayant récemment éclos, je suis par conséquent une parfaite inconnue, d’ailleurs j’aime l’idée de sortir de nulle part, mais pas sans rien …

Aussi j’espère pouvoir répondre à cette question dans les mois et années à venir, puisque je compte développer le projet, notamment à l’étranger.

À propos des webzines, je porte un regard bienveillant et un avis des plus positifs les concernant, ils ont fait un très bon accueil au projet et en cela je les remercie vraiment! Par ailleurs, j’entretiens avec eux d’excellents rapports, j’ai noué de très jolies relations professionnelles, de plus certains d’entre eux suivent et soutiennent le projet, c’est vraiment très chouette et appréciable.

À mon sens, les webzines (tout comme les webradios) sont des médias alternatifs conçus par des passionnées pourvus d’une véritable et vaste culture musicale, ils jouissent au demeurant d’une belle crédibilité et audience.

Je trouve leur ligne éditoriale différente, qualitative, avec une liberté de ton et de pensée, s’opposant directement aux médias institutionnels dotés d’un discours hégémonique. Une indépendance d’esprit, sans enjeu particulier latent.

 Aussi je pense qu’ils sont des médias alternatifs importants, modernes, un moyen d’expression parallèle qui permet de sortir de l’état passif dans lequel nous confine le média de masse. J’aime cette prise de risque, cette notion d’engagement, ainsi que cette volonté de révéler au grand jour des artistes aux démarches artistiques atypiques. C’est tout en leur honneur…

Quelques mots aux lecteurs de Metalnews.fr ? Tentez de les convaincre d’acheter Your King par tous les moyens possibles ?  

Grace Meer: Par tous les moyens possibles ? D’ accord je me lance …

Ode à Toi l’adoré

À l’écoute de cet EP

Tous tes sens seront flattés

De ta générosité 

Tu seras sanctifié !

Et le royaume des cieux,

Nous sera, à tous, accordés.

Nota Bene:

Que par « la Grace », vous soyez touchés !

Amène. (rires) 

Le dernier mot est pour vous, je vous laisse conclure à votre guise. 

Grace Meer: Merci à vous pour cette belle interview et merci aux lecteurs de Metalnews de m’avoir lue. Le meilleur reste à venir …Je vous dis à très bientôt.

Site officiel

Chronique Your King

par mortne2001 le 21/11/2017 à 18:09
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c'est rectifié !


C'est CAVADOR pas CADAVOR, la chronique mérite la réparation de l'erreur du texte. Pour info, le second album est un disque purement instrumental en hommage aux soldats argentins tombés aux Malouines.


Un groupe énorme, sur album comme sur scène. L’Italie nous gâte dans ce style très sombre !


Merci pour cette vidéo d'Anthrax, je m'en vais aller dépoussiérer State of Euphoria, du coup !


Merci pour la diffusion de cette neWs ;-)


Très jolies les photos Livor ! Bienvenue ici mec !


Hiatus discographique, pardon !


Après un hiatus de 5 ans ? Je les ai vu au Chaulnes Metalfest en 2016... et d''après leur site ils ont tourné jusque mars 2017.


Ah je reconnais cette scène du MCP Apache !


la voix ecrase tout dans le mix ..dommage..


Y'a de l'ambition, c'est bon ça ! Non, non c'est pas un gros mots ! C'est selon moi ce manque d'ambition (tellement français et pas seulement en musique !) qui fait que la scène Metal hexagonal n'a pas explosée comme certaines autres scène en Europe...


Félicitations!


Rien à voir avec feu les Provençaux de Kabbal non plus ? Stylistiquement, c'est assez différent comme Death Metal il faut dire.


Toujours aussi original.


Excellente interview ! Ça transpire la passion tout ça !


Le titre en écoute laisse effectivement présager de quelque chose de vraiment pas mal !


Je confirme, ce skeud est excellent, le "mélange" des genres fonctionne à merveille.
La base death est bel et bien présente et parsemée de plans thrash ou black. La prod est nickel (ni trop, ni trop peu), et l'ensemble laisse un gout de reviens-y, ce qui est toujours bon signe. Je suivrai (...)


C'est bon ça !
Torture Throne était déjà excellent, alors affaire à suivre !!!!


"Un peu comme la dernière fille libre de la soirée, vous vous dites, je me la tape, on ne sait jamais, ça peut être surprenant..."

:D tu m'as tué !


Ah merde, la bad news !!!
En plus, un groupe de chez nous.
RIP man...