On le sait, et aussi bizarre que soit ce constat, le Black Metal est sans doute le genre musical extrême qui ose le plus expérimenter, au risque de trahir ses dogmes de bases. Je ne m’amuserai pas à reproduire ici la liste des groupes ayant un jour tenté de repousser les limites du genre, mais il faut admettre que cette excroissance bâtarde qui semblait au départ condamnée à mordre la queue fourchue du malin, fut celle qui au contraire apporta le plus d’eau au moulin de l’avant-garde.

Etrange ?

Pas tant que ça, et finalement, le nihilisme mélodique des racines à fait place à une audace rythmique et instrumentale incroyable qui a permis à des musiciens de s’extirper du bourbier marécageux de l’assaut sonique en forme d’impasse.

En guise de nouvel exemple pour étayer cette théorie toutefois incontestable, le premier album d’un duo étrange qui en une décision assez culottée, a tenté l’un des paris les plus intrigants de l’underground…

WRECHE, duo de l’impossible originaire de Los Angeles, Californie, a en effet tablé sur une hérésie (ce qui, pour le genre n’est pas forcément inconcevable…) pour mettre en avant son premier album. On sait la guitare instrument noble par excellence en matière de Metal, et inamovible pivot de morceaux agressifs construits autour de riffs puissants et distordus. Mais WRECHE n’étant décidément pas un groupe comme les autres, ce vénérable vecteur de sensations électriques est soudainement devenu dispensable, facultatif, voire encombrant.

Et pour le remplacer, les deux associés ont parié sur l’approche d’un piano utilisé de façon rythmique et harmonique, ce qui n’est pas une mince gageure, vous l’admettrez.

John Steven Morgan (piano, chant) et Barret Baumgart (batterie) se connaissent et travaillent ensemble depuis suffisamment longtemps pour savoir exactement ce qu’ils veulent et peuvent accomplir ensemble. Leur association au sein de ce concept a fait grand bruit dans les colonnes des webzines du monde entier depuis son annonce, et sa concrétisation musicale en fait l’un des points d’orgue du premier semestre agonisant de 2017. Idée fumeuse et opaque certes, mais qu’en est-il du résultat ?

On sait que les claviers ont depuis longtemps été adoptés par le BM, mais ils sont toujours utilisés en tant que tel, et souvent comme contrepoint d’une guitare, et non comme charnière centrale. Le piano a parfois sa place sur les bandes instrumentales, mais la plupart du temps comme accompagnement, ou texture pour enrichir les intros.

Sur Wreche, le LP, il est à peu près aussi prédominant qu’il peut l’être dans le Jazz et le Free-Jazz, dont la musique présentée sur ces cinq pistes s’inspire grandement. John Steven a bien travaillé sa partition, et donne à ses ébènes et ivoires le noir et blanc indispensable à toute réalisation BM nihiliste digne de ce nom, et cogne ses touches, frappe ses dièses et maltraite ses chromatismes pour faire oublier l’absence notable de cordes pincées, lui qui maltraite par procuration les siennes du bout des doigts. L’homme accompagne ses mains d’une gorge qu’il racle avec application, s’imprégnant des émanations les plus stridentes du BM nordique des origines pour pousser au paroxysme la douleur auditive et l’absence de coutume.

De son côté, Barret multiplie les figures de style et varie les tempi, pour offrir aux (très) longues compositions l’assise qu’elles méritent, et surtout, pour nous donner un peu de variété histoire de ne pas sombrer dans la monotonie.

Mais en définitive, l’expérience est-elle concluante sur le long terme, ou ne retiendrons nous de ce premier longue durée que la performance qu’il souhaite incarner ?

Un peu des deux serais-je tenté de dire, tant il est évident que le duo cherche encore ses marques pour vous marquer au fer rouge de gammes descendues comme un schizophrénique analyse froidement ses propres personnalités.

Cinq pistes, pour une longue symphonie pas si disharmonique que ça, même si les impulsions Free-Jazz prennent parfois le pas sur les respirations rauques du BM. Le juste milieu entre expérimentation et probation de violence est souvent atteint, même si certains morceaux se contentent de reproduire à l’identique ce qu’on prenait pour des improvisations sur le morceau précédent.

C’est évidemment « Fata Morgana », le long pavé de plus de treize minutes qui saute aux oreilles et aux yeux immédiatement, et c’est sans doute le plus symptomatique de la démarche artistique des deux californiens.

Si sa construction est similaire à celle de la quasi ouverture (le quasi étant employé eut égard à la présence de la jolie intro « Pruning The Spirit », qui plonge dans le bain avec nuances) « Angel City », son long fade out en forme de sample Ambient lui permet de se démarquer, même si beaucoup trouveront ses dernières minutes un peu roboratives.

D’ailleurs, conscient que les divagations de somnambules pouvaient leur coûter cher, John Steven Morgan se permet une incartade en solitaire sur le très beau et nostalgique « Petals », qui suscite la mélancolie et le spleen bien mieux que toutes les litanies regroupés du DSBM.

Piano seul, pour une pièce semi-classique très harmonieuse, qui pourtant se fond dans l’intro dévastatrice du final « Vessel », qui revient dans le giron de la fusion piano/batterie, avec une fois encore des thèmes très proches des titres précédents.

Quelques breaks inopinés et bien enchaînés, des digressions Heavy et une emphase à la EMPEROR permettent de faire passer la pilule finale, qu’on avale juste avant l’overdose, mais qui n’évite cependant pas quelques clignements et autres manifestations de satisfaction de voir le rideau tomber.

Non que j’affirme que ce LP aurait pu ou dû être réduit à un EP, puisqu’il contient pile ce qu’il faut d’idées pour justifier de son timing, mais il est évident qu’à terme, les WRECHE devront faire preuve d’imagination pour renouveler leur spectacle.

Nous sommes toutefois loin d’un cirque de l’étrange nous permettant d’admirer des freaks déguisés en musicien et faisant jongler un ours.

A noter pour les collectionneurs que l’album se décline dans un joli digipack accompagné d’un livret de quatorze pages, disponible pour un prix très modique sur le Bandcamp du groupe. A musique unique, pièce unique, et il convient d’encourager John et Barret à persévérer dans cette voie, car on les sent d’ors et déjà capable d’accomplir des prouesses, pour peu qu’ils parviennent à trouver la bonne tangente au bon moment. Mais en attendant, Wreche reste un exercice de style crédible, et à même de rivaliser en termes de violence avec bien des groupes qui torturent leurs guitares au point de les faire geindre la nuit venue.


Titres de l'album:

  1. Pruning the Spirit
  2. Angel City
  3. Fata Morgana
  4. Petals
  5. Vessel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 30/06/2017 à 17:36
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Les 3 précédents albums ne m'ayant pas laissé des souvenirs impérissables, je passe mon tour pour celui-ci.

Testament restera pour moi le groupe qui a pondu de belles références comme The Legacy, The New Order et Practice what you Preach et ça s'arrêtera là.


La voix me fait penser à Runhild Gammelsæter dans le projet Thorr's Hammer avec les mecs SunnO)))


J'avoue belle découverte, c'est lourd et massif.


Putain c'est chaud quand même là, je sens déjà certains venir vomir leur haine du métal, en criant au loup.


@Simo, jettes une oreille là-dessus si c'est pas déjà fait !


Wow ! c'est massif, j'adore. Merci pour cette découverte !
Achat indispensable.


Sordide...
Bon je pense qu'on peut affirmer sans trop prendre de risque que sa carrière d'illustrateur vient de prendre une belle bastos dans les orteils. :-D

En tout cas, RIP papa Fournier
(et pas celui d'Hibernatus, hein !)