Il devient de plus en plus difficile de chroniquer un excellent album de Hard Rock mélodique. D’une part, parce qu’il y a de plus en plus d’excellents albums de Hard Rock mélodique, et d’autre part parce qu’il est très difficile de dire pourquoi un album de Hard Rock mélodique est excellent. Il faudrait inventer une prose mélodique excellente, qui s’accorderait à chaque cas de figure. Intro en forme de boutade bien sûr, et qui pourtant soulève un problème de taille. Ecrire sur la musique ? Quel intérêt puisque l’essence même de la musique est de susciter des émotions intangibles, et donc, difficilement retranscriptibles en mots…Travail ingrat que celui de chroniqueur qui se retrouve face à des disques qui se ressemblent, et qui partagent le même point commun de qualité indiscutable. Et une fois encore, ce matin, je me vois obligé de manipuler mon clavier pour vous conseiller un excellent album de Hard Rock mélodique qu’il vous faut impérativement écouter sous peine de passer à côté d’une heure de musique…

J’aurais pu la jouer simple, avec un paragraphe de présentation, une description sommaire, et un final « achetez-le, c’est vraiment bien », pour boucler l’affaire en trois minutes chrono, mais j’estime que le onzième album des anglais de NEWMAN mérite un peu plus que ça. Parce qu’après vingt ans de carrière, le groupe sonne toujours aussi frais, et se paie même le luxe de sortir l’un de ses meilleurs efforts. Ce qui n’est pas une mince affaire après avoir passé tout son temps depuis 1997 à servir la cause d’harmonies délicates sur fond de rythmique implacable…

Alors, allons-y pour les présentations, les néophytes apprécieront. NEWMAN, c’est le bébé de Steve Newman, guitariste et chanteur anglais, qui tout au long de sa carrière a toujours privilégié une approche hautement mélodique du Rock, et qui n’a que très rarement dévié de sa trajectoire. Pour en savoir plus sur le parcours de sa créature, je vous enjoins de consulter les pages disponibles sur le Net, officielles ou non. Sachez quand même que l’homme se retrouve aujourd’hui à la barre de deux navires différents, puisque outre son implication dans ce groupe-là, on le retrouve aussi au sein d’une reformation de BURN, qui proposera un nouvel LP en novembre…De quoi occuper ce musicien autodiscipliné, qui ne semble pas se lasser d’une formule à mi-chemin entre Hard et AOR, puisqu’il est parvenu depuis longtemps à trouver un équilibre parfait entre les deux courants. Pour ce onzième chapitre, l’homme s’est à nouveau entouré des pointures habituelles, dont le batteur Rob McEwen (qu’on retrouvait sur les neuf derniers disques), mais aussi l’ami/vocaliste Mark Thompson-Smith, qui pose sa voix sur deux morceaux (« Fear Of Flying » et « Two Sides »). A la production, l’immanquable Harry Hess de HAREM SCAREM, qui a doté les chansons d’un son puissant mais pas envahissant, dans la plus grande tradition du jour. Et Aerial se retrouve donc une fois encore distribué par les bons soins d’AOR Heaven, qui ne sont jamais très loin lorsqu’un bon coup AOR est à jouer…Alors, une crédibilité indéniable, des featuring de luxe, une prod’ qui tient largement la route, pour une carrière qui entame sa troisième décennie sont-ils des arguments suffisants pour augurer d’un nouvel LP de qualité ? Pas forcément, mais dans ce cas précis, oui, et Aerial se paie même le luxe de se hisser au niveau de la propre compilation du groupe, qui par définition contenait les meilleures chansons du combo. Tour de force incroyable d’un ensemble qui n’a jamais déçu, mais qui cette fois-ci a vraiment mis les petits plats AOR dans les grands Hard Rock, pour nous séduire une fois encore de mélodies accrocheuses, de beats élastiques et de refrains fantastiques, de ceux qu’on reprend sans s’en rendre compte, au volant de sa voiture ou sous la douche.

De là, je suis censé à la base vous aiguiller vers les titres les plus recommandables du lot, et c’est bien cette tâche qui me pose problème. Parce que finalement, tous les chapitres du onzième roman Aerial sont de qualité égale, et passent en revue le catalogue de figures imposées du style abordé. Et comme les NEWMAN sont aussi à l’aise dans le médium qui effleure que dans le up qui fait pousser les fleurs, je suis bien ennuyé au moment de vous influencer dans votre choix…Il est certain que l’ouverture tonitruante de « Fear Of Flying » fait partie des hauts faits de l’album, avec son intro emphatique et son départ des starting-blocks pile au coup de pistolet, mais après-tout, chaque piste est elle-même la pièce indispensable d’un puzzle général qui se permet de toiser quatre-vingt-dix pour cent de la production actuelle, sans chercher l’effet facile ou l’esbroufe futile…On pense évidemment aux cadors de JOURNEY, à Jami JAMISON, SURVIVOR, mais aussi à la propre carrière immaculée du groupe qui peut aussi servir de point de comparaison, et finalement, on se contente d’écouter avec admiration le travail de musiciens qui sont pourtant là depuis un bout de temps, mais qui continuent d’y croire, avec raison, et de s’investir à fond, au point de proposer de véritables tubes qui auraient fait fondre des eighties de passion (« Don’t Wake The Lion »).

C’est agressif, pas contemplatif, et toujours sur le qui-vive, pour ne jamais sombrer dans la facilité d’harmonies usées, et même lorsque les guitares jouent la sécurité, ce sont les arrangements synthétiques qui évitent d’y glisser (« Can’t Stop Loving You »).

Pas de ballade inutile et bouche-trou, mais une envie d’aller à l’essentiel tout en gardant l’énergie à bout, et les rythmiques plombées s’enchaînent, en gardant du coin de la baguette et des doigts cette légèreté qui empêche l’AOR de plonger dans un Hard Rock trop surfait (« Life To Remember », quatrième titre et toujours pas de baisse de régime…). On s’essaie même à l’exercice difficile du Boogie Poppy, sans paraître incongru ou trop opportuniste (« High Tonight », le genre de tube que les stars Sleaze des années 80 auraient rêvé de pondre sans forcer), ou à celui Ô combien dangereux de la fausse BO de film de héros (« Vertigo », qu’on imagine fort bien animer la bravoure d’un Tom Cruise sur fond de soleil couchant). Nappes veloutées pour ne jamais oublier qu’il y a plus de trente ans, c’était la mélodie qui primait (« Two Sides », archétype AOR juste parfait), en bref, un passage en revue des meilleures façons d’aborder le genre sans le dénaturer, mais sans non plus tomber dans la parodie facile ou le pastiche involontaire. Production qui n’en fait jamais trop, et qui laisse de la place pour tout le monde, y compris des chœurs vraiment léchés (« I Am Your Man »), clavier qui se fait une petite place avant de laisser la guitare et la batterie sautiller de concert sous la pluie (« Always Strangers »), et la liste est longue, et le résultat tout simplement ébouriffant et époustouflant. Il semblerait que les anglais aient décidé de renvoyer toute la concurrence dans les cordes, sans se départir de ce naturel bluffant, même vingt ans après s’être fait les dents pour la première fois…

En douze titres tous aussi parfaits les uns que les autres, Aerial prouve que si NEWMAN est une référence depuis longtemps dans une Angleterre pourtant pas avare de phénomènes, le hasard n’a rien à y voir. On reste bouche bée devant un tel étalage de capacités, et face à un disque qui a su arrondir tous les angles sans les épointer. C’est dur, mais sensuel, harmonieux mais essentiel, et surtout, hargneux, mais rebelle. Et comme il est très difficile de dire pourquoi un disque de Hard Rock mélodique est excellent, je me contenterai de dire que cet album- de Hard Rock mélodique est essentiel. Juste ça. Parce qu’il l’est vraiment.


Titres de l'album:

  1. Fear of Flying
  2. Don't Wake the Lion
  3. Can't Stop Loving You
  4. Life To Remember
  5. High Tonight (Aerial)
  6. Vertigo (Leap of Faith)
  7. Two Sides
  8. I Am Your Man
  9. Always Strangers
  10. Nothing Left
  11. Still Bleeding
  12. You Don't Know Me

Site officiel


par mortne2001 le 11/10/2017 à 18:17
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