Revenons un peu sur cette seconde division US qui a agité les clubs américains durant les années 80. Ces éternels espoirs, pas forcément plus mauvais que les autres, mais aux capacités de composition soi-disant un peu moins prononcées…Les sempiternels FLOTSAM & JETSAM, VICIOUS RUMORS, ARMORED SAINT, LAAZ ROCKIT, PARADOX, qui de leurs albums de Metal mordant ont animé bien des soirées à apprécier leurs œuvres pour ce qu’elles étaient. Des témoignages assez fidèles de la transposition d’un Heavy européen dans un contexte Thrash d’outre-Atlantique, les maîtres du genre…On se rappelle avec tendresse de ces LP qui n’avaient pas de quoi rivaliser avec les pierres angulaires, qui ont parfois mal vieilli, mais sur lesquels nous posons toujours une oreille attendrie…

Certains sont tombés dans l’oubli, d’autres ne l’ont jamais quitté, mais certains se sont battus contre le destin pour essayer de le faire tourner en leur faveur, et à celle d’une réunion censée corriger certaines erreurs de jugement. Pour autant, faut-il tout accepter au nom de la nostalgie et des souvenirs enfouis ? Pas forcément, puisque si ces dits groupes n’ont jamais émergé comme les leaders qu’ils n’étaient pas, c’est qu’il y avait parfois d’excellentes raisons à cela. Une banalité un peu trop flagrante, un refus de se conformer aux us de l’époque, et surtout, une certaine complaisance, et une foi un peu trop aveugle en des thèmes usés et pas forcément fédérateurs qui les confinaient dans un semi anonymat que seul l’underground pouvait contester.

Prenons le cas concret des sympathiques HERETIC. Formé en 1985, ce quintette (Julian Mendez – chant, Bobby Marquez et Brian Korban – guitares, Dennis O’Hara – basse et Rick Merrick – batterie) roda d’abord son répertoire, avant de proposer son premier EP, Torture Knows No Boundary, suffisamment éclairé pour allumer la veilleuse de Metal Blade. L’indépendant fut assez impressionné pour cautionner l’enregistrement d’un LP complet, qui fut finalement lâché sur le marché en 1988, sous la forme d’un Breaking Point à la pochette pas vraiment inspirée, mais au Metal affirmé. Trois ans après leur premier EP, les originaires de L.A, ville assez imperméable à la cause Heavy/Thrash (pas assez Glam ma chère…) expérimentaient un premier changement de line-up en confiant le micro à Mike Howe, futur METAL CHURCH le temps de trois albums pas forcément mauvais. D’ailleurs, ce départ inopiné déclencha la fin des hostilités, le combo préférant splitter plutôt que de s’adapter, certainement confronté à pas mal de problèmes d’adhésion d’un public déjà passé à autre chose…

La suite, on la connaît, les survivants se regroupant pour fonder REVEREND, avec…David Wayne de METAL CHURCH au chant, laissant leur créature d’origine mourant dans l’indifférence la plus totale. Difficile à l’époque de penser qu’un jour elle renaîtrait de ses cendres pour tenter de revenir sur un devant de scène qu’elle n’avait jamais vraiment occupée…Et pourtant, en 2012, un nouvel album entérina le comeback, A Time of Crisis, via une formation légèrement remaniée, mais toujours menée par Julian Mendez, le vocaliste des débuts, et l’infatigable Brian Korban, toujours solidement sanglé à sa guitare. Et puis, une fois encore, le silence…Cinq années d’absence, pour une nouvelle nécrologie en gestation, avant qu’HERETIC ne prenne les devants pour ne pas se faire enterrer prématurément.

Pas de larmes ni de soupirs, les californiens sont donc de retour une fois encore pour le meilleur et pour le pire, les riffs affutés et le chant lyrique enflammé. La configuration a encore évolué, et le quintette se présente aujourd’hui avec dans les rôles principaux les immanquables Julian Mendez et Brian Korban, secondés par Stuart Fujinami à la seconde guitare, Angelo Espino à la basse et Ignazio Iggy Coppola à la batterie. Ce sang neuf leur a-t-il apporté l’énergie nécessaire pour nous faire headbanguer comme de bon gros thrasheurs invétérés ? Oui et non, ce troisième album ayant une fois de plus les défauts de ses qualités, mais se présente quand même comme l’une des meilleures réalisations d’un groupe salement entêté. On y retrouve ce Crossover magique entre Power, Thrash et Heavy, pour un ballet de violence somme toute assez modérée, qui n’empêche toutefois pas de se déhancher au rythme de petites pépites Heavy Thrash bien troussées. Les ingrédients sont toujours les mêmes, et la confrontation entre puissance et mélodie est toujours aussi bien équilibrée, et il est même fort possible que ce troisième chapitre convertisse quelques brebis égarées qui n’auraient pas vu le train passer il y a trente années. Difficile toutefois de ne pas comparer les natifs de L.A à d’autres acteurs de l’époque, tant leur musique singe les meilleures grimaces d’OVERKILL ou d’ARMORED SAINT, tout en se montrant un poil plus convaincant que d’ordinaire. C’est un peu lourd quand on veut que ça décolle, un peu trop bordé d’harmonies quand la férocité devrait se mettre à la colle, mais le ratio entre subtilité et violence est souvent probant, à l’image de ce féroce et Heavy « Before The Fall », qui retrouve avec flair l’esprit Thrash N’Heavy de la Californie des 80’s à l’agonie, soli à l’appui, et rythmique bien féroce toisant le destin ennemi. Efficaces, les HERETIC le sont toujours, à défaut d’être vraiment créatifs, et on se laisse convaincre par une grosse poignée de compos qui ont le vent dans le dos.

Las, une fois encore, quelques petits détails viennent atténuer l’euphorie qui aurait pu être générale. D’abord, le chant de Julian, un peu trop forcé dans les tics dramatiques, et qui rappelle les démangeaisons les plus critiques de Joey Belladonna, plutôt que les cris hystériquement virils de David Wayne. D’autre part, la longueur excessive d’un album qui aurait gagné à être condensé, pour nous épargner quelques longues minutes de redite, pas forcément nécessaires. Avec cinquante-deux minutes au compteur, A Game You Cannot Win ressemble en effet à une mise que le quintette ne peut pas remporter, tant les idées se répètent pour parfois franchement agacer, lorsque les motifs proposés ne sont pas plus accrocheurs qu’un inédit de LAAZ ROCKIT très justement occulté (« Never Added Up »). Mais avec une jolie doublette d’intro, qui ne ménage ni les syncopes ni les poses de guitar-hero (« This World Called Hell »/ « A Game You Cannot Win »), ce troisième LP ménage quand même des surprises qu’on ouvre avec plaisir, même si les thématiques de six-cordes sont réutilisées à intervalles un peu trop réguliers (« Demonized », efficace, mais calqué). Ces surprises émergent souvent d’un tempo un peu plus audacieux (« Master At Her Game », hargneux mais précieux), ou au contraire, d’une linéarité d’apparence qui laisse apparaître la nostalgie en transparence (« Annihilate », simple comme un Heavy Thrash d’antan, mais efficace et rentre-dedans, basse en avant). On se surprend même à penser à un METAL CHURCH subtilement honoré (« Broken Hero », qui n’aurait pas démérité sur un The Dark célébré), même si le final à l’intitulé plein d’ironie vient nous rappeler que rien ne peut vraiment changer, et qu’il vaut mieux l’accepter (« Everything’s About To Change », pas vraiment mais comme l’ombre d’ARMORED SAINT plane dans le noir, on veut bien faire semblant d’y croire…)…

Il est fort peu probable qu’A Game You Cannot Win permette à HERETIC de passer une étape cruciale et de franchir le fossé qui le sépare des artistes les plus respectés. Mais en substance, il est inutile de nier que ce troisième LP est l’un des plus concis de leur carrière en pointillés, et qu’il saura contenter les fans d’un Heavy/Thrash rondement découpé. Pas de quoi transformer un hérétique en croyant, mais largement de quoi festoyer en souvenir des riffs d’antan.


Titres de l'album:

  1. Intro
  2. This World Called Hell
  3. A Game You Cannot Win
  4. Demonized
  5. Broken Hero
  6. Never Added Up
  7. Relentless
  8. Before The Fall
  9. Master At Her Game
  10. Immaculate Deception
  11. Annihilate
  12. Everything's About To Change
  13. Outro

Site officiel


par mortne2001 le 27/10/2017 à 14:45
74 %    261

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Pristine

Road Back To Ruin

Tytus

Rain After Drought

Palehørse

Palehørse

Statement

Force Of Life

Cara Neir

Part III - Part IV

Project For Bastards

Project For Bastards

Aftermath

There Is Something Wrong

Nostromo

Narrenschiff

Charge

Ain’t The One

Herod

Sombre Dessein

(false) Defecation

Killing With Kindness

Rosy Vista

Unbelievable

Gorgon

Elegy

Parad1gm

Parad1gm

Laceration

Remnants

Dragon's Daughters

Tits on Fire

Ad Patres

A Brief Introduction to Human Experiments

SOEN + GHOST IRIS + WHEEL - Backstage By The Mill - Paris

Kamel / 20/04/2019
Backstage By The Mill

Orphaned Land + Subterranean Masquerade

RBD / 18/04/2019
Folk Metal

Crippled Black Phoenix I Villingen-Schwenningen

Simony / 16/04/2019
Cold Wave

EVERGREY - Le Gibus - Paris

Kamel / 15/04/2019
Evergrey

LA CAVE : une sélection d'albums Metal Extreme #1

Jus de cadavre / 02/04/2019
Metal Extrême

Concerts à 7 jours

Photo Stream

Derniers coms

Bonjour, moi aussi j’ai été arnaqué de plus de 178.000 euros, je l’ai rencontré sur Meetic un site de rencontres, il est parti soi-disant en Côte-d’Ivoire à Abidjan pour travailler (photographe), il vit dans un hôtel, et bien sûr il s’est fait agressé en sortant de cet hôtel, plus (...)


Ah oui, quand même...


De la dentisterie au marteau piqueur ! Un bonheur !


RIP grand musicien.


Bah c'est une pochette de Prog quoi...


Cette pochette est comment dire ... ... ...


C'est une histoire de dingue là... Je comprend pas trop le but de ce genre d'arnaque en fait... C'est pas en vendant 3 albums de groupes totalement underground qu'on fait du fric bordel !?


Une plus grande exposition à l'internationale tout simplement. Si ça marche, l'aspect financier suivra mais ce ne sera qu'une conséquence indirecte. La médiatisation prime avant tout. Pour ce qui est de leur revendication comme tu dis, si tu regardes les commentaires de cette new sur leur facebo(...)


Sans compter le fait que les mecs de Metal Bastard Enterprises (Oliver et ralf Schaffelhuber) sont ceux qui ont fait le célèbre label rip off Turbo records/Turbo Music ! mais aussi Braincrusher records, Metal age, sont aussi ceux qui ont fait un label qui sortait des groupes de RAC néo nazi nom(...)


Oui Goughy, ce sont clairement des classiques, c'est indiscutable.
Loin de moi l'idée de descendre les albums qui ont précédé ce Russian.
Je voulais dire que les journalistes avaient un peu eu tendance à les faire passer pour les "seuls" classiques des allemands. Et c'est vrai qu'Ac(...)


Je suis bien content que quelqu'un aie pu y aller. Je suis encore vert que la date dans le Midi ait été annulée deux jours avant, je la guettais depuis des mois, réservation et tout... C'est la deuxième fois que je rate Soft Kill notamment sur annulation.


Quelque chose m'échappe totalement dans la démarche : ils ont toujours revendiqué d'être "à part" et là ils signent sur un label impersonnel. Il va falloir qu'ils m'expliquent ce qui a pu les motiver à quitter un label aussi pointu que Prophecy, hormis de basses considérations financières.


Je n'ai jamais vraiment écouté Accept, à part Balls... et encore, (je ne sais même pas vraiment pourquoi en fait... c'est pas ma génération on va dire...), mais vos coms de passionnés donne envie de s'y pencher un peu plus sérieusement.


Eh ben merci à Metalnews et à toi Monsterman, vous relancez un débat que j'ai avec moi même et quelques amis sur la place de cet album dans la discographie d'Accept (avec Udo hein, restons sérieux).
Pour l'instant il est derrière le quatuor indiscutable (j'ajoute "Breaker" aux trio que t(...)


En me relisant, je me suis mal exprimé : je voulais dire que j'ai fait écouter cet album il y a 4 ou 5 ans à un vieux fan de Heavy qui était totalement passé à côté... eh bien il avait pris SA CLAQUE ! Voilà le souvenir qui revient. :-)
un album qui a sacrément bien vieilli !


Sans doute le meilleur Accept. Le plus mur, le mieux produit...
des textes monstrueux et bien plus affutés que chez la concurrence (lisez attentivement ceux de "Heaven is hell" ou "TV War")...
cet album est un must à écouter à fort volume ! Tuerie de prod !!
Souvenir d'un pote (...)


Jamais accroché à ce groupe... Et ce n'est pas leurs dernières productions qui ont pu me faire changer d'avis. Néanmoins, très chouette live-report ! Bienvenue Kamel ! :-)


Groupe vu sur la tournée d'In Search of Truth, depuis je trouve que le groupe tourne en rond se reposant trop sur la voix exceptionnelle de son chanteur. Mais en live si je peux les revoir... j'hésiterais pas une seconde.
Bienvenue à Kamel !


Bienvenue à Kamel dans l'équipe!


Je pense que ça vient du fait que le groupe "travail" (ils sont payés quoi) et que c'est donc un visa particulier qu'il faut et non un simple visa touristique. En fait si j'ai bien compris il n'y a pas eu de refus de visa mais un retard (c'est très long les délais apparemment) et du coup le grou(...)