20/20

Smackbound

12/06/2020

Frontiers Records

Et pendant ce temps-là, la saga italienne Frontiers continue d’écrire les plus belles pages du Hard-Rock. Le vivier du label semble inépuisable, tant chaque mois charrie son torrent de nouvelles sorties, souvent constituées de supergroupes assemblés par Serafino, d’anciennes gloires revenant sur le devant de la scène, mais ce qui est souvent intéressant chez cette maison de disques, ce sont les nouveaux venus qui tentent de casser le schéma mélodique bien établi. Ainsi, le projet finlandais SMACKBOUND est l’un des plus intéressants sortis récemment, et pas uniquement à cause de ses membres bien connus de la scène. Fondé par la chanteuse/actrice Netta Laurenne il y a cinq ans, bien connue pour avoir prêté sa voix à AMORPHIS, LORDI, BLACK SUN, ELVENKING et une poignée d’autres, SMACKBOUND est en quelque sorte un concept unissant le Hard Rock le plus affranchi, le Rock le plus dynamique et la Pop la plus séduisante, le tout boosté par une énergie alternative des années 2000 et un son énorme. On retrouve autour de la chanteuse un cheptel de musiciens tout sauf débutants, avec Teemu Mäntysaari (WINTERSUN) à la guitare, Rolf Pilve (STRATOVARIUS, THE DARK ELEMENT) à la batterie, Vili Itäpelto aux claviers et Tuomas Yli-Jaskari à la basse, tous deux de TRACEDAWN. Un genre de all-star cast pour un groupe qui ne se repose pas sur ses acquis de CV, et une musique simple d’approche, complexe dans ses arrangements, résolument moderne, mais qui ne se perd pas dans le dédale des modes musicales trop éphémères pour vraiment convaincre. Frontiers, flairant là la bonne opération s’est empressé de signer le quintet pour que ce premier album puisse voir le jour dans des conditions optimales. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que 20/20, sans mériter la note de son titre, propose son lot de chansons accrocheuses, terriblement bien arrangées, et sublimées par la voix unique de Netta.

Beaucoup à la lecture de ces informations se diront que SMACKBOUND est encore un combo tablant sur la gloire et la réputation de ses membres. Une sorte d’IN THIS MOMENT avec des pedigrees dignes de compétitions internationales, et pourtant, il n’en est rien. D’une parce que les deux groupes sont assez différents malgré quelques similitudes, et d’autre part parce que la théâtralité est beaucoup moins prononcée chez les finlandais. On sent que Netta, loin de chercher un écrin fabuleux pour son talent reconnu a souhaité se faire plaisir avec des musiciens partageant son point de vue, et l’osmose est palpable. Mais autant vous prévenir, malgré une guitare aiguisée et des riffs pointus, 20/20 fait la part belle aux mélodies Pop qu’il incruste dans des structures violentes et agressives. Inutile donc de chercher l’héritage Hard-Rock classique dans cet album qui préfère les impératifs de son époque à la tradition usée, et dès « Wall Of Silence », la messe est dite : l’aspect contemporain de l’entreprise est palpable et sera le moteur de cette réalisation. « Wall Of Silence » met donc immédiatement les choses au point avec son up-tempo diabolique et presque Punk, tandis que Netta crache ses tripes pour bien montrer qu’elle n’est pas là pour faire la belle et parader. Certes, après des couplets dynamiques et hystériques en diable, la machine se stabilise et les moteurs ralentissent pour un refrain assez consensuel, mais on sent tout de suite que l’énergie est sincère et que l’implication des musiciens est totale. On est convaincu immédiatement du côté « party time » de l’album, qui n’affiche pas des ambitions démesurées, si ce n’est celle de vous faire plaisir par l’entremise de chansons simples, directes, finement ciselées, mais assez brutes pour vous faire décoller. Inutile donc de vous attendre à un album de Metal alternatif stérile et déjà faisandé, puisque 20/20 sonne frais, évidemment pro, carré aux entournures, mais sauvage et affranchi de toute étiquette.

Le groupe n’hésite pas à prouver sa singularité via quelques percussions intéressantes et décalées, et « Run » de lier le modernisme au classicisme d’une musique basée sur les rythmiques excentrées, et si les refrains sont systématiquement convaincants, la puissance de l’ensemble saura presque convaincre les plus puristes d’entre vous. Ici, pas de gaspillage, pas de plans qui alourdissent l’ensemble, l’essentiel, et surtout, des mélodies persuasives, et une interprétation au-dessus de tout soupçon. Si Netta reste le point de focalisation avec sa superbe voix versatile, ses comparses ne se contentent pas du rôle de sidekicks de luxe. Vili Itäpelto fait preuve de flair au clavier, tandis que Teemu Mäntysaari n’a pas l’intention de museler sa guitare pour sonner plus accessible et commercial, et même si « Close To Sober » sonne très formel et radio friendly, « Drive It Like You Stole It » arrache les rideaux pour laisser filtrer la lumière d’un soleil chauffant méchamment Hard-Rock. Netta résume d’ailleurs la philosophie du groupe avec des mots très choisis :

« Nous voulions mélanger le Metal avec tout ce que nous aimons dans la musique. Juste jouer. Certains aiment le Blues, d’autres Ludovico Einaudi, mais vous ne pouvez pas nier la force et l’énergie du Metal. C’est pour ça qu’on y a injecté tout ce qu’on a pu ».

Toutefois, SMACKBOUND n’est ni melting-pot ultime, ni Fusion osée. Il reste un groupe de Hard contemporain, avec ses qualités et ses défauts. Si l’ensemble se montre terriblement efficace, on sent que les musiciens auraient pu accoucher d’une œuvre plus novatrice, au regard de ce qu’ils insufflent à certains morceaux. Si on apprécie les syncopes de « Hey Motherfuckers », on aurait aimé que le quintet aille encore plus loin dans la folie et la bonne humeur. Avec cette production signée Tuomas Yli-Jaskari, et ce mixage impeccable de Jesse Vainio (SUNRISE AVENUE, APOCALYPTICA, POETS OF THE FALL), 20/20 sonne carré, mais aurait pu sonner plus fou, à l’image du débridé « Troublemaker », burner absolu comme on en entend peu depuis quelques temps. Rythmique Speed pour phrasé démoniaque, ce titre est la preuve que les finlandais peuvent apporter un petit quelque chose de plus à la cause, autre chose qu’une ballade comme « The Game », certes pure et cristalline, mais assez convenue. L’album se termine d’ailleurs dans la délicatesse, choix osé pour un disque privilégiant des théories juvéniles, et « Wind And Water » de mettre en relief la voix de Netta qui n’en avait pas forcément besoin. On espère qu’à l’avenir, SMACKBOUND accentuera plus sa singularité pour ne pas rentrer dans le rang, mais pour un premier album, 20/20 mérite un bon 15,5/20, rien que pour la puissance ébouriffante qu’il dégage.           

                                      

Titres de l’album :

01. Wall Of Silence

02. Drive It Like You Stole It

03. Close To Sober

04. Run

05. The Game

06. Those Who Burn

07. Hey Motherfuckers

08. Troublemaker

09. Date With The Devil

10. Wind And Water


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par mortne2001 le 20/06/2020 à 18:28
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