Dans la série, « je suis méga bourrin, et je vomis sur ton chien, mais en costume », je vous présente les américains de HANDSOME PRICK, qui ne sont certes pas les premiers à foutre le bordel en faisant preuve de bonne éducation, mais qui font partie des plus convaincants dans le domaine de l’intrusion bruitiste. On connaît déjà la propension des pratiquants du Technical Death à faire étalage de leurs connaissances en solfège tout en nous écrasant les tympans, mais leurs divagations stériles oublient souvent l’essentiel. Tout boucan organisé qui soit se doit justement d’être un minimum créatif, et surtout, d’insuffler la folie nécessaire à toute fiesta d’enfer qui se respecte. Alors, entre les plans biseautés au millimètre, les partie de batterie si compressées qu’on les pense produites par une machine bien réglée, et les hurlements vocodés qui donnent envie de régurgiter, l’amateur d’immondices pas frais n’y retrouve pas ses propres déjections, et fait souvent la gueule face au désir d’intellectualisation d’un style qui à l’origine, n’est là que pour foutre le bocson. OK, mais avec un minimum de finesse alors, sinon, la porte est à côté de la poubelle. Et de ce côté-là, ces originaires de l’Indiana en connaissent un rayon, et pas seulement ceux du vélo qu’ils ont braqué à la décharge d’à côté. De Dyer nous en vient donc une horde de barbares qui ont trempé leur plume Death dans une grosse marmite de Grind, mais qui n’ont pas oublié d’y ajouter une grosse pincée de démence Metal et un soupçon de déraison Rock, histoire de transformer leurs tranches de vie en planche de cartoon aussi plaisant à lire qu’à écouter. Et de fait, Anonymityville pourrait bien être le sauveur Death/Grind de cette rentrée 2018, avec toute l’exubérance qui le caractérise et l’emprise dont il fait preuve en nous glissant les doigts dans la prise.

Fondé en 2014, ce duo/trio/quatuor (selon les sources) s’articule visiblement autour du noyau Brad Vanderzee (batterie/chant/basse) et Zach Chentnik (guitare), auquel s’adjoignent quelques compères, histoire de réunir des membres ou ex de combo aussi illustres que DECRYPT, MOISTENED DISCIPLES, PINK MACHINES, P.O.O.R. ou DIRTY DEAD, pour aboutir à une gentille déflagration apte à décoiffer toutes les institutions Metal de leur région. Signés et distribués par les vénérables bouchers de Horror Pain Gore Death productions, les HANDSOME PRICK se sont visiblement senti pousser des ailes et ont amplifié leur barouf de façon à ce que la vieille Europe puisse en sentir les diaboliques émanations, ce qui fait de ce second pamphlet (un an après le très justement intitulé Enlarged to Show Texture) Anonymityville, un postulat définitif à cheval entre Death fortement technique mais concrètement lubrique, Grind critique, et Crust typique, pour une grosse demi-heure de battements de bras dans tous les sens qui filent la pêche mais laissent en état prononcé de démence. Il faut dire que les gus ne nous prennent pas en traître, et commencent leur effort en conjuguant la complexité technique du Mathcore et l’intensité du Grind le moins Gore, pour nous aplatir d’un coup de semonce initial, via un « Fearless Sector » impitoyable. En tentant d’imaginer un BRUTAL TRUTH sous l’emprise de fumées hautement toxiques, on parvient à visualiser le tableau proposé, qui prend des atours aussi brutaux que finement ciselés, et qui transforme de fait nos héros du jour en amateurs de brutalité éclairés. Cette dernière se fond dans des structures vraiment folles, qui rebondissent de plans furieusement Grind en errances presque Heavy Jazz, avec sifflantes persistantes, coups de folie en instance, et dualité vocale vraiment effrayante. En gros, ça fait peur, mais ça fait rire, pour le meilleur évitant le pire, et proposant une débauche de bestialité restant dans le domaine contrôlé.

Le tout est servi en petites saynètes plus ou moins développées, qui la plupart du temps se contentent d’une minute ou deux pour imposer leurs idées. Et celles-ci sont nombreuses, d’arrangements vocaux en totale schizophrénie en accélérations honnies, en passant par une multitude de riffs qui s’entrechoquent en plein délire, mais qui parfois, marquent le tempo pour se faire plus entraînants que brutaux. Ce qui confère à cette seconde œuvre un groove imparable, évitant au projet de sombrer dans le trop plein de cruauté sonore débordée. Ainsi, de petits chefs d’œuvres comme « Alopecia Support Group »  ou « Hold On To The Nightstalker » développent de petites thématiques purement Rock, débauchées par un environnement lubrique de Grind apoplectique, et le tout est aménagé de telle façon que même Stevie Wonder n’y retrouverait pas ses meubles dans sa maison. Ce qui n’empêche nullement notre couple de poissons pilotes de se dévoyer dans des interludes vraiment allumés (« Pro Shot Couple Pictures », « Melons Rising »), de nous narrer des aventures Grind chamarrées (« He’s My Ex »), ou d’avouer un sérieux penchant pour la misanthropie la plus assumée (« I Don’t Like Anyone », et son délicat parfum Post-Grunge de traviole). Et s’ils se définissent gaiment comme de jeunes imbéciles (« Young and Dumb »), ils le font au son d’un Thrashcore propulsé par des réacteurs Death au rendement sidérant, tout en s’excusant de jouer avec autant de dextérité de petits hymnes troussés à la gloire d’un Grind qui n’a pas oublié son Hardcore au placard (« So Sorry »). Titre éponyme qui ose le plan incongru au milieu d’un torrent de haine (« Anonymityville », avec toujours en exergue cette basse ludique et brillante comme du Pantène), déviances pas forcément recommandables, mais difficilement comparables (« Halomasochism », ou comment reléguer la concurrence à un état larvé de jeunes pousses bridées), et final en fausse délicatesse Ambient qui dégénère vite en orgie de stupre saignant (« Edging With Disaster »), pour un bilan largement positif, qui présente les HANDSOME PRICK comme les tarés congénitaux à l’intelligence supérieure qu’ils sont.

Mais je le répète, rien ne vaut une bonne claque dans la gueule de la maitresse de maison en queue de pie, avec à la main un beau bouquet en floraison. Ces américains ont trouvé la bonne recette redorant le blason de l’étiquette d’un Death technique tout sauf démonstratif, et salement enthousiasmant. Des musiciens au niveau hallucinant qui s’amusent à détourner les codes bien-pensants, pour se livrer à une joute bruitiste qui risque fort de faire école bien au-delà des frontières de l’Indiana.


Titres de l'album:

  1. Fearless Secretor
  2. Return of the Barfly
  3. Alopecia Support Group
  4. Hold on to the Nightstalker
  5. Pro Shot Couple Pictures
  6. Anonymityville
  7. Halomasochism
  8. Melons Rising
  9. Sex by Misadventure
  10. He's My Ex
  11. I Don't Like Anyone
  12. Young and Dumb
  13. Seduce and Abandon
  14. So Sorry
  15. Edging with Disaster

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 21/01/2018 à 17:55
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joli