Apostasia

Memorial

23/03/2017

Autoproduction

Apostasie (nf, du latin apostasia, abandon) :

  • Abandon volontaire et public d'une religion, en particulier de la foi chrétienne.
  • Renonciation publique à une doctrine, à un parti

Le tout est donc affaire de renoncement, qu’il soit philosophique, éthique ou religieux. C’est donc ainsi que les MEMORIAL ont choisi d’intituler ce qui semble être leur premier longue durée, et qui en dit long sur leur philosophie et leurs intentions.

Ce qui est certain par contre, c’est qu’ils n’ont pas renoncé à pratiquer une forme très crue de Hardcore, à la lisière du Blackened Core, et qui empiète d’ailleurs en plus d’une occasion sur ses plates-bandes carbonisées.

Mais glissons donc sur le continent Américain pour nous rendre au Chili, à Santiago plus précisément pour y faire la rencontre d’un groupe vraiment noir et véhément, qui expose ses vues brutales au travers d’un médium impitoyable.

Les MEMORIAL évoluent donc sous la forme d’un quintette (Nicolas Arcos, Jorsh Vasquez, Diego Romero, Francisco Millan G et Guillermo Belmar), avouent pratiquer une forme très extrême de Punk Hardcore qui en effet ne se contente pas de rythmiques lapidaires sur fond de riffs éclairs, mais qui le teintent d’inflexions sombres pour se rapprocher d’une version très personnelle et subtilement allégée de RAMLORD, YOUNG AND THE WAY et autres HEXIS, tout en gardant une approche décalée leur permettant quelques incartades en terrain Doom, Sludge ou même Hardcore pur sans craindre la comparaison.

De fait, Apostasia, s’il renonce de son titre à toute appartenance et se veut agnostique de style et de ligne de conduite, se pose quand même sur plusieurs branches de l’arbre du Metal extrême, puisque le Hardcore sait s’y transformer en Post Metal vraiment noir et désespéré (« Teoría de la Memoria », lourd, glauque, impénétrable, et lancinant comme une litanie funèbre, avant d’exploser d’une rage à la NEUROSIS/WORLD NARCOSIS).

De la variété de ton donc, mais aussi une belle cohésion tout sauf nihiliste, puisque le quintette y prête allégeance à une forme très poussée d’agression sonore à laquelle il s’accroche comme un condamné à sa corde.

Pas vraiment gai, ni dans le fond, ni dans la forme, hautement abrasif, ce LP est une sorte de longue procession qui oblige l’homme à faire face à ses démons, et à affronter son individualité pour la confronter à un concept de globalité humaniste qui part à la dérive.

Pour ce faire, le groupe peut s’appuyer sur un instrumental très travaillé, mouvant de concert les arpèges acides et les riffs solides, le tout cimenté par une rythmique évolutive et à l’écho caverneux, et par un chant vraiment troublant de rugosité. Pesanteurs, dissonances, accélérations subites, toutes les formes de déstabilisation sont éprouvées pour vous rendre la situation encore plus inconfortable, sans céder un pouce de terrain à une trop grande liberté de composition.

Certains morceaux osent quand même l’évolution dans la logique, à l’instar de ce terrifiant « Bastardos Bajo un Cielo en Llamas » qui tente même la syncope de guitare qu’il prend un malin plaisir à exploser d’un Crust/D-beat vraiment terrassant, tout en lâchant quelques pirouettes de guitares concentriques qui donnent le vertige, avant de tomber dans un crevasse de percussions tribales lourdes et à la diffusion caverneuse.

Morceaux longs, qui prennent leur temps pour instaurer une ambiance en chape de plomb, et qui parfois se veulent jeu de question/réponse à quelques minutes d’intervalle (« Antagonistas I » et « Antagonistas II », le premier se la jouant Post Black hardcorisé aux blasts tétanisés, le second jouant le jeu d’un Loudcore vraiment exhorté d’une voix écorchée qui semble expirer d’un dernier soupir ensanglanté).

Rester accrocheur tout en suggérant la terreur d’une musique poisseuse et souffreteuse, tel est l’art consommé des Chiliens qui ne reculent devant rien pour choquer, provoquer, avec une intelligence nuancée.

Nous nous voyons même gratifiés d’une bordée de cordes acoustiques à l’empreinte fantomatique (« Espejismos », sorte d’apaisement en trompe l’œil reposant sur une mélodie hantée, comme émanant d’une vieille église condamnée), avant que le Néo Crust ne reprenne ses droits sur l’uppercut « Desatar, Derribar,  Contemplar », digne des meilleures estocades scandinaves du style.

En tant que conclusion tout sauf définitive, « Cautivos » se propose de reprendre tous les arguments déjà énoncés pour les pousser à une sorte de paroxysme, accélérant le tempo pour mieux le briser tout de go, laissant même une basse au dos rond nous faire glisser sur des riffs catchy et propulsés.

Une forme très aboutie de Crossover multiple, qui ose mélanger la rudesse du Hardcore/D-beat à la fronde d’un Post Black tout sauf expérimental, en associant des guitares recentrées et empaquetées à des mélodies amères et tétanisées.

Un cocktail pas vraiment rafraichissant, mais totalement adapté au besoin d’enivrement que ce monde en perdition impose.

De la brutalité, du désespoir mais aussi du rationalisme étudié pour un album qui propose beaucoup de choses, et qui les agence d’une façon très futée, sans perdre de sa puissance ou de sa spontanéité.

MEMORIAL propose donc via Apostasia un condensé de ce le Hardcore moderne peut proposer de plus opacifié, sans sacrifier la puissance à la nuance trop poussée.

Une façon d’admettre l’adversité tout en continuant de s’y opposer. Finalement, ils n’ont rien abandonné, sauf les solutions faciles et éculées.

Mais leur Hardcore assombri est sans doute la meilleure preuve que leur philosophie est encore active et s’apparente même à une doctrine à laquelle on adhère d’une voix vive.

Une dichotomie en somme…


Titres de l'album:  

  1. Antagonistas I
  2. Condenados
  3. Antagonistas II
  4. Apostasía
  5. Teoría de la Memoria
  6. Bastardos Bajo un Cielo en Llamas
  7. Espejismos
  8. Desatar_ Derribar_ Contemplar
  9. Cautivos

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 12/04/2017 à 15:10
78 %    694

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Open Bar Vol2 : Antoine Perron

Baxter 20/04/2021

Interview

Dirge + Spinning Heads 2005

RBD 05/04/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : Frank Arnaud

Jus de cadavre 21/03/2021

Vidéos

Nile + Krisiun + Grave + Ulcerate 2009

RBD 03/03/2021

Live Report

Killing For Culture - Tome 2

mortne2001 23/02/2021

Livres

Voyage au centre de la scène : MASSACRA

Jus de cadavre 21/02/2021

Vidéos

Killing For Culture - Tome 1

mortne2001 15/02/2021

Livres
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Pomah

Pas mal putain

21/04/2021, 19:54

Humungus

"Pire que GUNS N' ROSES" ?!?!Tu pousses là Hoover hé hé hé...

21/04/2021, 10:10

Humungus

Oh mais je ne sais que trop bien que les premiers DIMMU sont typés "vrai"...(Une fois de plus, mon intervention précédente n'était en réalité que boutade chers amis)Mais même à l'époque de leurs sortie(...)

21/04/2021, 10:07

Humungus

Putain...Après la box "Paranoid" et "Vol 4", encore une qu'il va me falloir acheter...Font chier à en sortir autant bordel ! J'suis pas Crésus moi merde !PS : Par contre, j'comprends pas trop leur façon(...)

21/04/2021, 10:02

Hoover

Je ne comprendrai jamais l'intérêt pour ce groupe. Pour moi tout l'apport de Fear Factory tient en deux ou trois morceaux sur Demanufacture plutôt sympathiques en dépit d'une durée de vie très faible (vraiment le genre dont je me désin(...)

21/04/2021, 08:29

Arioch91

Bien plus convainquant sur album que sur l'EP partagé avec Vektor.Ca donne envie de s'y pencher !Merci pour la chro :)

21/04/2021, 08:25

Hoover

Le black n'est certainement pas mort car il y a énormément de gens qui y sont extrêmement attachés et continuent à le faire vivre, et j'ai énormément de respect pour eux. Par contre pour quelqu'un comme moi dont les goûts dans l(...)

21/04/2021, 08:23

Hoover

L'album que j'aime le moins des 7 premiers Sabbath: c'est vraiment pas fait pour moi!

21/04/2021, 08:15

Rotten Tooth

Y sont sacrément bons ces gars là ! Et ils ont le don de faire dans la surprise ! Nu Black sous le papier cadeau cette fois ! Je passe mon tour sur ce coup mais je serai là au prochain tirage !

20/04/2021, 20:06

Saddam Mustaine

Les premiers albums de Dimmu sont du "true black".Comme Behemoth si l'on veut, j'aurais du aller plus loin.Le Black type année 80 mi-90 quoi (meme si Dimmu est arrivé plus tard mais les premiers sonnes dans le genre).

20/04/2021, 19:47

Seb

C'est vraiment mauvais ...

20/04/2021, 15:05

JTDP

En tout point d'accord avec cette (belle) chronique ! Cet album fut une vraie belle surprise de l'année passée. 

19/04/2021, 21:28

Buck Dancer

J'ai jamais vraiment accroché a Pestilence, mais ce morceau est loin d'être degueu. Comme dit Simony, bien meilleur que les précédentes sorties récentes du groupe. 

19/04/2021, 10:49

Arioch91

+1Je n'ai pas aimé Resurrection Macabre, à tel point que je n'ai pas posé une oreille sur Doctrine et Obsideo.Hadeon, je l'ai écouté uniquement parce qu'une interview de Mamelick disait qu'il revenait sur le passé d(...)

19/04/2021, 10:24

Simony

Ca me semble quand même bien plus intéressant que ce qu'ils ont produit depuis leur retour aux affaires.

19/04/2021, 09:59

Arioch91

Oups ! J'étais totalement passé à côté de cette chronique ! Merci @mortne2001 pour l'avoir rédigée !

19/04/2021, 08:48

Arioch91

OK, on reprend les bonnes vieilles recettes visibles sur Hadeon : on prend Testimony, on mélange avec Spheres et ça donne Hadeon et semble-t-il Exitivm.A voir.

19/04/2021, 08:44

metalrunner

Une sacrée bonne surprise de l énergie de l innovation le futur quoi ..Dommage que la tournée de juin soit annulée

18/04/2021, 19:48

RBD

Je réagis plutôt comme Buck Dancer. Mes attentes envers FF sont basses depuis longtemps. Je n'espère plus de grands titres comparables à ceux qui remontent aux années 90 (formulé comme ça, c'est encore plus dur). Si tout est à l&apo(...)

18/04/2021, 12:39

yul

Rien de bien intéressant ici.

18/04/2021, 11:57