Je serais tenté de dire ce soir, « ça tombe bien, puisque j’avais envie d’écouter quelque chose de différent ».

Oui, après tout, le Metal, c’est bien, très bien même, et la raison d’être de ce site. Mais un peu d’ouverture d’esprit n’ayant jamais fait de mal à personne, il n’est pas interdit non plus de légèrement franchir les limites et de s’écarter du plus-si-droit chemin. Le Grind, le Sludge, le old-school, le Thrash, le vintage, l’AOR, le Heavy, oui, mais le plus nuancé, le plus coloré, le plus rythmé et volontiers engageant, c’est aussi alléchant. Et pour ce faire, quoi de mieux que de se diriger vers l’un des labels étrangers les plus audacieux de l’underground, et d’aller faire un tour chez les norvégiens d’Indie Recordings, jamais avares de trouvailles un peu excentrées. En cette rentrée, la maison de disques indépendante nous propose donc le premier album des nationaux de VÖÖDÖÖ, presque prophètes en leur pays, puisqu’ils peuvent se targuer d’avoir vu leurs trois premiers single honorés d’un matraquage sur la station Radio Rock. Généralement, et dans ces pays à la culture aussi ouverte que la Norvège, ce genre de petit détail est plutôt bon signe, et l’écoute d’Ashes confirme ce sentiment assez rapidement, puisqu’on y découvre des morceaux faussement simples mais réellement riches, et surtout, utilisant la distorsion et le Rock pour arriver à des fins autres qu’un simple Hard bas du front ou un vulgaire Rock au bourbon. De la délicatesse donc, mais aussi beaucoup d’énergie pour un disque qui s’écoute autant qu’il ne se chante, et qui se danse autant qu’il ne se ressent. Pas mal de modernité donc, dans le traitement, mais aussi le rendu, et une petite demi-heure en très bonne compagnie. Laquelle ?

Celle de Giuliano Antonio Lomonaco, Gøran Stavang Skage, Sveinung Fossan Bukve et Stian Brungot. A eux quatre, ils forment donc l’entité VÖÖDÖÖ, et loin d’utiliser des recettes un peu occultes venant d’Haïti se contentent de jouer leur va-tout, à base d’alternatif, d’électronique, d’électrique, et d’exubérance instrumentale, le tout mis au service de compositions qui tiennent méchamment la route, et qui mélangent tellement d’influences qu’on en vient à perdre les essentielles en route. Le néophyte pensera reconnaître au détour des sillons du MUSE, pour cette théâtralité de chant et cette ambition d’arrangements, alors qu’un autre jurera son RADIOHEAD qu’on l’y prendra encore, tandis que certains, plus pointus évoqueront de loin le spectre des DIABLO SWING ORCHESTRA croisant le fer avec les THE HARDKISS, en version moins endiablée et moins fardée. Autrement dit, un concept pas forcément facile à situer, qui navigue entre Rock, Pop, culture junk et instincts mélodiques, pour un résultat qui s’il reste encore perfectible, donne parfois lieu à des épiphanies de mystère et de questionnements à venir. A l’écoute d’un morceau au dramatisme aussi prononcé que « King And Clown », on pense évidemment à Matthew James Bellamy, à cause évidemment du chant de Gøran, mais on se dit finalement que les impayables TOKYO TABOO n’ont pas dû non plus tomber dans l’oreille de sourds. Evidemment, les deux groupes partagent la même liberté de ton, mais si la joie suinte parfois des parois numériques d’Ashes, la tonalité globale est beaucoup moins potache, et beaucoup plus concentrée sur des thèmes plus sombres, comme le démontre le final presque introspectif « The Rope ».

D’ailleurs, la façon qu’à Sveinung Fossan Bukve de triturer sa guitare en truffant ses interventions d’effets est tout à fait personnelle. Désireux, à l’instar des BEATLES de 66 de faire sonner son instrument de toutes les façons possibles, sauf l’initiale, l’impétueux et créatif instrumentiste confère donc aux chansons une aura toute particulière, à mi-chemin entre la guitare synthé des années 80 et le clavier midi qui se prend pour une Stratocaster. On peut ne pas apprécier la roublardise de cette technique, mais force est de reconnaître qu’elle est parfaitement adaptée à la musique pratiquée, qui dès le morceau d’intro éponyme nous saisit de son décalage, alors même que la mélodie se traduit d’une manière totalement classique. Le chant aux délicats accents féminins est tout aussi surprenant, acidulant le propos sans atténuer sa gravité de fond, et le mélange produit, sucré-salé, doux-acide est délicieux et savoureux, et nous permet de détacher ce premier LP d’une production pléthorique un peu trop standardisée. D’autant plus que les quelques soli qui parsèment les titres sont tout à fait honorables, et rattachent de fait le projet à la locomotive Rock, sans l’alourdir de ses travers les plus clichés. Les pistes s’enchaînent donc avec variété, en gardant la cohérence sous le pied, et le travail rythmique accompli sur « Lay Me To Rest » est profond, et met admirablement bien en valeur les astuces sonores de Sveinung qui s’en donne à cœur joie, passant sans transition d’un lick mutin et ludique à un énorme riff sombre digne d’un Doom macabre ou d’un Sludge surpuissant.

Cette trajectoire sinusoïdale est constante sur Ashes, et se travestit parfois en fausse ligne droite, qui permet à « The Secret » de sonner aussi Pop sexy qu’un hybride entre BLONDIE et Britney SPEARS, ou à « Dots » de tirer en pointillé la ligne invisible séparant Pink des THE KILLS. Sensuel mais abrupt, stratégique mais lucide, ce LP est un piège à hits qui pourra contenter tout le monde, même lorsque le formalisme cède aux sirènes d’un tube taillé sur mesure pour les radios (« Shine On », le plus volontiers Hard sur les couplets, mais le plus souplement Pop sur le refrain). S’il est évident que les « vrais » metalleux se perdront en conjectures et resteront dubitatifs, ne se sentant pas concernés, les fans de Blues pourront apprécier la moiteur de « Broken Cage », qui juxtapose des lignes de chant vénéneuses et plaintives à un rythme lourd et une guitare en lamentations. L’ombre de MUSE est évident toujours présente, mais sans assombrir la lumière des VÖÖDÖÖ, qui ne perdent jamais leur personnalité en route. D’ailleurs « Let It Burn », le prouve immédiatement, de son beat sautillant et de sa teen attitude, pétillant comme une pyjama party, mais solide comme une entrée dans l’âge adulte qu’on ne refuse pas, même dans la Californie hédoniste des années 90. Alors, comme vous le constatez, à boire, à manger, à savourer, mais surtout, une envie de faire autre chose sans faire n’importe quoi. Avec encore quelques interrogations qui planent quant à  leur avenir, les VÖÖDÖÖ intriguent méchamment, et donnent vraiment envie de lever le voile sur un futur qu’on pressent terriblement créatif et affranchi. Une histoire norvégienne, mais qui peut marcher dans tous les pays où les fans de musique se moquent des étiquettes.  

      

Titres de l'album :

                             1.Ashes

                             2.Lay Me To Rest

                             3.The Secret

                             4.Dots

                             5.Shine On

                             6.Broken Cage

                             7.Let It Burn

                             8.King And Clown

                             9.The Rope

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par mortne2001 le 18/09/2018 à 16:31
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Pas mal du tout en effet ! Old-school, brutal, bas du front. Combo !


chro séduisante, bon morceau également, merci pour la découverte


Franchement meilleur que les dernières prod de Death Fr...


Humungus : +1
Ben oui, normal. Déjà assimiler "vegan" et "antifa" est hors sujet.
Soutenons UADA !


KaneIsBack + 1.


Nefarious + 1.


Non.


Cet album est absolument fantastique !!!


Ravi de lire un report sur Aura Noir


J'ai jamais vraiment écouté Cancer, pourtant je fais partie de cette génération des 90's qui a découvert( le death metal avec ces sorties majeures. Très efficace ce titre , va falloir que je rattrape quelques lacunes.


commandé


Le metal selon les Grammys... Vaste blague.


Candlemass c'est pourris depuis la première séparation des années 90...Avant c'était génial et sombre.


Rien d'autre a faire que d'aller au Botswana ?


Donc Ici on ne peut pas être anti-fa, et vegan sans être aussi une cible...


Les antifas sont effectivement aussi fascistes que ceux qu'ils dénoncent. Pitoyable histoire...


Si Jeff est aussi insipide dans MDB qu'il ne le fut dans Paradise Lost, ça promet de sombres catastrophes. Je me souviens encore de la manière dont il détruisait "As I die" sur scène...


Très très curieux d'entendre ça, surtout avec le retour de Langqvist.


Faut voir le résultat, je suis très méfiant avec CANDLEMASS qui n'a rien proposé de bandant depuis fort longtemps ! Mais sur le papier... oui c'est la classe ultime !


C'est exactement ce que je me disais... La classe !